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« La mort est le commencement de l'immortalité . »

Photo de Incomprehensi0n Incomprehensi0n

Description :

Bienvenue à tous,
Twilighters :)

Avatar : Ellen Page
as Kim Cullen.

~



Fiction sur la série Twilight
de Stephenie Meyer .



~



195 Fans ; Merci.


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Décembre : 2102
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Novembre : 3 083
Décembre : 2 870

THANKS !





« J'aurais aimé pouvoir te raccompagner chez toi, comme le font tous les petits amis normaux. Sauf que contre tout attente, nous ne le sommes pas et jamais je ne pourrais dire que nous sommes des gens normaux. Tu es trop exeptionnelle pour ça. »

Seth Clearwater.






Bonne Lecture ;D

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Introduction .

Introduction .
Bienvenue sur Incomprehensi0n ;
__________


« Si vous tenez un tant soit peu à la vie, du moins à votre liberté,
ne passez pas sur le blog à Lise ! Depuis quelques mois déjà, j'y suis
allé, j'ai lu, et j'ai développé un dépendance aigüe à sa fiction ! Alors, si vous
voulez rester en bonne santé , n'y allez surtout pas ! Le blog de Lise, c'est pire que la nicotine... »
Berverley-Story_____________


« Et ça fait mal, crois moi, une lame enfoncée loin dans mon âme ; Regarde en toi, même pas l'ombre d'une larme . »
« Je sais que ce qui ne tue pas nous rend plus fort ; Mais moi, mais moi je suis déjà mort »

___________________________________________________________________________________________Kyo - Je saigne encore .


Résumé :

Ne vous êtes vous imaginé de vivre des aventures dignes des héros de livres fantastiques ? Moi si. Jusqu'au jour où ça m'est arrivé. Je n'ai qu'une vision floue de ma mort mais je sais qui en est l'auteur. Un soir, je suis allée dans un pub avec mon petit ami et ma meilleure amie. C'était bien, j'ai chanté, j'ai été applaudie. Et puis je me suis lêvée et, inconsiencieusement, j'ai bousculé un homme. Sous l'effet de l'alcool, il s'est énervé... J'ai supporté cette douleur jusqu'à la fin. On m'a transporté jusqu'à l'hôpital après avoir été miraculeusement sauvée par une jeune fille. J'étais condamnée. Enfin, pas tout à fait. Mon médecin, aidé de ma mystérieuse sauveuse, m'a fait devenir l'une des leurs... pour le meilleur et pour le pire.
Mon nom est Kim Cullen et je suis morte... enfin, pas tout à fait.

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Notes de l'auteur ; __

______________Incomprehension est une fiction sur la saga twilight qui se déroule lors du deuxième tome, tentation . Bien sûr,
______j'écrirais une suite avec hésitation et révélation . Il y des spoilers dans cette fiction donc à ne pas lire tant que vous n'avez pas
______terminé la saga ! Après vous faîtes comme vous voulez, c'est juste un petit conseil de ma part pour pouvoir bien comprendre et
______pour ne pas vous gâcher le plaisir :) . Sachez également que l'histoire se déroule normalement en 2005-2006 et comme il y a
______beaucoup de musique dans cette histoire, j'ai mis des chansons qui peuvent dater d'hier. J'essaye de respecter au maximum la
______date mais je vous avoue que parfois c'est dûr :P
________________________________________________________________________________________________Sur ce : Bonne lecture !


Présentation de l'auteur : __ Sachez déjà que je ne ressemble pas du tout à Kim et que j'essaye de lui donner un caractère bien à elle
Présentation de l'auteur : __ car je ne me compare pas à elle. Déjà, j'ai une voix de casserole ( oui je l'avoue :P ) .
Présentation de l'auteur : __ J'aime lire, comme elle, mais j'aime aussi ma vie et je n'ai nullement envie d'en changer ( même si
Présentation de l'auteur : __ ça fait rêver d'être un vampire ). Je n'ai jamais mis les pieds en Amérique donc Ithaca est décrit comme
Présentation de l'auteur : __ mon esprit l'imagine. Je ne connais strictement rien aux voitures et je cherche toutes ces infos sur
Présentation de l'auteur : __ internet :) . Voilà. Sinon en vérité j'ai 14 ans et je vis à Paris. Pour en savoir plus, je vous invite à regarder
Présentation de l'auteur : __ mon blog perso :) .



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_____[ 1000 ] : * Se frotte les yeux, n'en revient pas * Euh.. Déjà ? Enfin, je veux dire, je ne m'y attendais pas ! Pas si vite et même pas
_____du tout. C'est la première fois que l'une de mes fictions ( pas nombreuses du tout, mais bon >< ) atteint ce chiffre. J'imagine que
_____je dois en être fière. Ca prouve que vous prennez le temps de lire, de passer. Bref, ça fait plaisir. Et je suis hyper émue là :P Je ne
_____trouve plus mes mots. Que dire d'autres à part : MERCI ? Je sais. Non, je ne t'oublie pas, Pauline. C'est toi la coupable x) Je
_____voudrais juste te remercier particulièrement. Parce que tu as toujours manifesté une très grande gentillesse à mon égard, on a
_____toujours bien ris ensemble. Je t'adore :) Pour tous tes encouragements, tes commentaires hilarants, tes conseils.. Je n'aurais jamais
_____cru rencontrer quelqu'un comme toi en commençant ma fiction. Mais je suis assez proche de toutes mes fans, je leur parle, je les
_____remercies de leur passage, de leur commentaire, de leur ajout aux favoris.. Pour montrer que je ne me fiche pas de toutes vos
_____intentions et que j'y porte de l'interêt. Vos critiques, vos avis me permettent d'avancer alors continuez :) Enfin bref, je m'étale.
_____Juste Merci à vous toutes :D
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# Posté le vendredi 07 novembre 2008 12:14

Modifié le mardi 06 octobre 2009 12:05

Chapitre 1 # Concert cauchemard.

Chapitre 1 # Concert cauchemard.
Chapitre I


J'avançai dans le noir, sans aucun repaire. Chacun de mes pas étaient dus à mon instinct. Chose miraculeuse, je n'avais pas encore trébuché. J'agitai mes mains devant moi, cherchant quelque chose auquel je pourrais m'appuyer, me rassurer. Je ne savais pas où j'étais ni comment j'étais arrivée là. Je continuai à marcher, attentive.
Une bourrasque de vent me fouetta le visage, telle une gifle. Je frissonnai. Soudain, je sentis sous mes pieds une surface moins plane qu'avant. Je m'arrêtai, baissant la tête. Évidemment, ce geste ne servit à rien, je me remis à avancer à l'aveuglette. Je trébuchai sur quelque chose, me sentis tomber. J'avais quitté le sol. Mes jambes se tortillèrent dans l'espace invisible. J'échappai un cri qui parvint à mes oreilles comme un écho.

J'ouvris les yeux. Le soleil me les referma aussitôt. Ce n'était qu'un rêve - un cauchemar. J'inspirai profondément, soulagée. En me relevant, je m'aperçus que j'étais étendue au sol. La chute avait sûrement dû être liée à ma dégringolade - je remarquai que ma tête me lancinait légèrement - et la bourrasque de vent, à la fenêtre ouverte. Je me hâtai d'ailleurs de la refermer, m'attardant quelques secondes sur le beau temps. Il y avait du soleil, mais il faisait froid. Ce n'était pas un soleil timide comme Ithaca avait l'habitude d'avoir, c'était un soleil éblouissant. Je me réjouissais intérieurement.
Je sautillai jusqu'à la salle de bain, coiffant avec rage ma tignasse noire désordonnée. Lassée, je décidai de la relever en queue-de-cheval. Après une rapide mise au point, je dévalai les marches de l'escalier. Toute la famille m'attendait dans la cuisine bien qu'ils ne remarquèrent presque pas mon arrivée. Je pris place au côté de Daniel, mon frère ainé. Je jaugeai rapidement tous les visages. Celui de ma mère, aux traits fatigués mais heureux; de ma grande s½ur, Jessica, qui était absorbée par son magazine et enfin celui de Jamie, le petit dernier. Je m'attardai quelques secondes sur celui-là, souriant et les yeux pétillant de malice. Jamie avait eu cinq ans le mois dernier, mais avec son mètre quarante, il en faisait beaucoup plus. Mon père, lui, était déjà parti au travail. Il était professeur de philosophie à l'Université Cornell. Il avait souvent tendance à se vanter de son métier, mais c'était un bon prof. Tous les soirs, il nous parlait de ses élèves, de leurs capacités, leurs points faibles malgré que cela n'intéressait sincèrement personne à part lui. Ma mère l'écoutait toujours avec un grand sourire, l'encourageant à continuer. Celle-ci me fit d'ailleurs interrompre mes réflexions.
- Alors, Kim. Comment ça va aujourd'hui ? Tu as vu, il fait beau ! me dit-elle avec un grand sourire.
J'acquiesçai d'un signe de tête. Ma mère me parlait toujours comme si j'étais une enfant, et ça finissait par devenir agaçant. Pour elle j'étais toujours la petite fille d'avant. Malheureusement, j'avais grandi, j'avais seize ans. Enfin, presque. Dans deux semaines.
J'attrapai une tartine que je beurrai hâtivement, pressée d'en avoir fini.
- Je pense que je vais aller traîner dehors, à la fin des cours. Histoire de profiter du beau temps. Ca ne te dérange pas ? demanda Jessica, sans lever les yeux de son magazine.
- Bien sûr que non, Jess ! s'exclama ma mère. Tu iras faire un truc toi aussi, Kim ?
- Bof, je ne sais pas...
- Dis, maman ! On peut aller au parc ? Hein, dis, maman ! s'écria Jamie en sautillant sur sa chaise.
Ma mère le regarda en souriant tristement.
- Peut-être. J'ai beaucoup de travail en ce moment, tu sais. C'était la rentrée il y a encore à peine deux mois et tous les étudiants du coin passent acheter leur livre à la librairie. Je risque d'être surchargée.
Daniel soupira.
- J'irai avec toi, proposa-t-il.
Jamie hurla de joie avant de disparaître derrière la porte de la cuisine. Je me levai à mon tour, débarrassant mon couvert.
Je remontai les escaliers et m'engouffrai dans ma chambre. J'installai mon Ipod sur mes enceintes et montai le volume. Je troquai ma chemise de nuit - qui était en vérité un maillot trop large d'une équipe de baseball - contre une chemise blanche à carreaux et un jeans slim. J'improvisai quelques pas de danse avant de vérifier mon allure dans le miroir. Ca pouvait aller. Je décidai alors de ranger un peu ma chambre, ramassant des livres ça et là et ma tenue de la veille enlevée à la va-vite, puis, fit mon lit.
Prête à partir, je lançai mon Eastpak sur mes épaules et descendis. Jessica m'attendait, impatiemment. Cela m'étonnait qu'elle ait hâte d'arriver en cours, la connaissant.
- Allez, grouille-toi ! Je n'ai pas tout mon temps, moi ! fit-elle en ouvrant la porte.
J'enfilai mes Converses, ne prenant même pas la peine d'attacher mes lacets. Elle sortit et je lui emboîtai le pas jusqu'à sa voiture. C'était une Golf VR6 de couleur noire, passe partout. Elle n'était pas très rapide et moi, j'aimais la vitesse. Pour ma première voiture, je n'hériterais pas d'elle. Enfin, je l'espérais.

Je pris place à l'arrière de la Volkswagen, posant mon sac sur le siège voisin. Durant tout le trajet, ni Jessica ni moi ne prononcèrent un seul mot. J'aurais dû m'inquiéter de la relation -si j'en avais une- que j'entretenais avec ma s½ur, mais je m'en fichais. Elle était tout l'opposé de moi, nous n'étions pas faites pour nous entendre. J'avais hâte -elle aussi- qu'elle parte dans quelques mois, quand elle serait majeure. J'aurais dû également m'inquiéter du fait qu'elle s'enfuirait avec son petit copain, Chase, qui était âgé de cinq ans de plus qu'elle. Mais ça aussi, ça me passait par dessus la tête. C'était sa vie, pas la mienne.
Jessica se gara sur le parking du lycée. Une bande de filles -superficielles- se forma à l'arrière de la voiture, hélant ma s½ur. Je sortis discrètement; j'avais quelques règles à respecter si je tenais à ce que Jessica continue à m'amener en voiture ici. Comme ne jamais venir lui parler au lycée, faire comme si je ne la connaissais pas. Personnellement, ça m'allait. C'était d'autant plus honteux d'avoir une s½ur comme moi pour Jessica et elle pour moi. Je me demandais l'effet que ça faisait d'avoir une grande s½ur à l'écoute.
J'avançai rapidement vers les portes du lycée. Quelqu'un m'attrapa par la taille, me couvrant les yeux d'une main. Je souris en me retournant.
- Jack ! murmurai-je en dégageant sa main de mon visage.
Il me regardait en souriant, ses yeux vert émeraude rivés sur les miens. Il passa une main dans ma frange -transformée en mèche depuis le temps que je n'étais pas allée chez le coiffeur- avant de se pencher pour m'embrasser. Ce n'était pas le genre de choses que j'aimais faire en public alors je le repoussai gentiment. Cependant, il me prit la main et m'escorta jusqu'à ma salle de classe. Il me jeta un rapide coup d'½il avant de se repartir. Je frissonnai de plaisir. Jack était vraiment un garçon bien. J'avais de la chance qu'il soit là pour moi. A regret, je m'arrachai de la contemplation de son dos et pénétrai dans la salle.
Je rejoignis Grace, ma voisine de ce cours d'anglais et mon amie d'enfance. Elle m'adressa un sourire avant de me glisser à l'oreille :
- Je t'ai vu avec Jack.
Je lui jetai un coup d'½il que j'aurais voulu indifférent, malheureusement, je ne savais pas mentir et elle remarqua mes joues s'enflammer. Grace était quelqu'un d'adorable. Elle posait beaucoup de questions -trop- mais j'appréciais sa compagnie. Ses cheveux étaient d'un blond virant au blanc, légèrement ondulés, lui tombant en cascade dans le milieu du dos. Ses yeux gris étaient remplis de malice et elle souriait presque toujours. Sa bonne humeur était contagieuse et j'oubliai ma famille, mes ennuis.
Je reportai mon attention sur Monsieur Fleaching qui avait déjà commencé son cours. Je soupirais quand je compris qu'il parlait, encore une fois, de Roméo et Juliette. Cette histoire ne m'avait jamais plu, trouvant Juliette trop insignifiante et Roméo, trop naïf. Au lieu de pleurer quand Roméo s'était suicidé, croyant Juliette morte, j'avais éclaté de rire.
J'aimais lire, j'aimais les classiques mais celui-là n'était pas fait pour moi. Je ne supportais pas de n'avoir rien à lire et j'étais très heureuse que ma mère tienne une librairie où je pouvais me servir à volonté. Les histoires fantastiques avec une héroïne qui était au début de l'histoire qu'une simple adolescente banale étaient mes préférées. J'aimais m'imaginer qu'à moi aussi, ça m'arriverait un jour...
- Mademoiselle Dickson ! Voulez vous bien nous faire partager vos impressions sur le personnage de Roméo ? demanda Fleaching.
J'aurais voulu lui dire ce que m'inspirait réellement Roméo, me ravisai. Je réfléchis quelques secondes.
- Roméo est un personnage... indescriptible. Il aime passionnément Rosaline jusqu'à ce qu'il rencontre Juliette. Du jour au lendemain, il abandonne Rosaline et décide de se marier avec Juliette. Après s'être marié avec elle, il tue son cousin. Puis, il est exilé. Il croit Juliette morte, met fin à ses jours alors que celle-ci est toujours vivante. Pour moi, il ne sait pas ce qu'il veut, agit sans réfléchir, est aveuglé par l'amour, déclarai-je.
Le professeur laissa quelques secondes s'écouler avant d'acquiescer.
- Très bien.
Il se retourna et continua à épier un par un les élèves. Je soupirai.
- Bien joué, murmura Grace.
- Merci. Ca va être ton tour, prépare ton discourt sur Juliette, fis-je.
Elle sourit.
- Tu sais quoi ? Je l'ai même pas lu ce livre !
- Ca ne m'étonne pas. Mais t'as vu le film ?
- Celui avec Léonardo DiCaprio ? Bien sûr ! Il est tellement beau dedans...
- Mesdemoiselles ! s'exclama Monsieur Fleaching.
Nous nous redressâmes aussitôt. Grace croisa les bras sur sa poitrine en s'enfonçant dans le dossier de sa chaise.
- Auriez-vous l'obligeance de nous faire part de votre conversation, visiblement passionnante? fit-il en s'approchant.
- Bien sûr, monsieur. Kim me disait qu'elle avait mal au ventre et me demandait si je pouvais l'accompagner à l'infirmerie. D'ailleurs, pourrions-nous y aller, s'il vous plaît ? Demanda Grace, impassible.
Je la regardais, hébétée. Grace savait très bien mentir, même moi je la croyais. Réagissant au quart de tour, j'acquiesçais d'un signe de tête avant de porter ma main sur mon ventre, me penchant légèrement vers l'avant. Je devais être ridicule, vu mes aptitudes à mentir. Pourtant, monsieur Fleaching ne releva pas.
- Bien. Allez-y.
Je me levai, Grace me tendit son bras. Je m'y appuyais en trottinant jusqu'à la porte. Une fois hors de la salle, j'éclatai de rire. Mon amie sourit légèrement en me lâchant.
- Faut que je te parle, fit-elle.
Je la scrutai un moment. Grace pouvait avoir de sacrées idées farfelues parfois. Je croisai les bras sur mon torse, attendis.
- Alors, voilà. Ce soir, il y a une soirée au pub. Tu sais, celui dans ma rue? Il est bien fréquenté, et tout. Le club organise une soirée chant, ce soir. Je me demandais si tu ne pouvais pas... disons...
- En gros, tu voudrais que je vienne ce soir avec ma guitare et mes partitions, histoire de chanter un morceau devant...
Elle se mordit la lèvre inférieure.
- Cent personnes à peu près.
Je levai les yeux au ciel.
- Je sais que tu n'accepteras jamais. Je connais ton trac. Ta timidité. C'est bête de ma part, désolée. Oublie.
Grace me connaissais mieux que personne sur cette terre. Elle savait que j'avais des aptitudes pour la musique. Elle aimait ma voix, la manière dont je jouais du piano et de la guitare. Elle m'avait toujours encouragé à rentrer dans une chorale ou quelque chose du genre. Malheureusement, ma timidité me collait aux basques. Je chantais juste devant elle ou dans ma douche. C'était une attitude puérile de ma part, je le savais.
- Je... OK, déclarai-je, vaincue.
Elle me regarda avec de grands yeux ronds.
- Tu... tu acceptes ? s'écria-t-elle, un peu trop fort.
Un surveillant l'entendit et nous fûmes obligées de déguerpir dans le couloir voisin.
- Je ne sais pas. Il y a déjà cette fête dans deux semaines où je dois chanter...
- C'est différent, ce sera ta fête dans deux semaines. C'est toi qui voulais absolument célébrer tes seize ans. Je sais que tu n'aimes pas les choses grandioses et tout. Mais là, c'est juste en petit comité, avec des amis.
- C'est toi qui veux que je chante à ma fête ! D'accord, j'étais O.K pour organiser une grosse partie mais je n'ai jamais demandé à chanter, moi.
- Pourquoi tu t'inquiètes ? Tu sais que tu as une voix superbe ! Mais tu te bornes à chanter pour toi. Quelle égoïste, tu fais !
Je la regardais, prête à éclater de rire.
- C'est ça que tu appelles être égoïste? m'insurgeai-je.
- Parfaitement !
Je serrai les poings. Je n'avais réellement pas envie de me fâcher contre Grace. Je me détendis.
- Écoute, je verrai avec mon père.
- Fais vite, c'est ce soir !
- Je me débrouillerai.
Sur ce, nous retournâmes en cours, elle, toute excitée, moi, un peu moins. J'avais peur. J'allais être ridicule, si j'y allais ce soir. Une fois retournée à ma table -Grace avait expliqué que l'infirmière n'était pas là- je me pris le visage entre les mains, laissant divaguer mes pensées jusqu'à la fin du cours.
Le reste de la journée, je continuai de me lamenter, me disant que je ne serais pas à la hauteur. Je n'avais rien appris de la journée, mais je m'en fichais. J'avais mangé avec Jack mais j'avais été absente pendant tout le repas, lui, me rappelant à l'ordre parfois.
Il me tardait d'aider ma mère à la librairie et ce fut en courant que je pénétrai dans la boutique. J'étais rentrée en bus, car Jessica était partie traîner avec ses pseudos-amies. J'inspirai un grand coup. J'adorais l'odeur des livres. Ma mère était cachée derrière une montagne de cartons posés sur le comptoir, je la distinguais à peine. Je m'approchai, posant mon sac sur le sol.
- Ah, Kim ! Ca va ? demanda-t-elle en se levant de sa chaise.
- Et toi ? éludai-je.
Elle me scruta une seconde.
- Rien d'intéressant. Ca tombe bien que tu sois là, il faut que j'aille faire une course. Tu pourrais garder la boutique en attendant ? Tu serais un amour, fit-elle en souriant.
Je lui rendis son sourire, heureuse d'échapper à ma tonne de devoir ce soir. Je m'y mettrais demain, après tout, le week-end se devait d'être une pause dans la routine du lycée. Je rattrapai ma mère juste avant qu'elle ne passe la porte.
- Dis, maman. Ce soir, il y a une soirée au pub White skirt, celui qui est dans la rue de Grace. Il y aura des groupes qui vont venir chanter. Je me demandais si tu accepterais de laisser y aller. Pour que je chante...
Ma mère sourit.
- Bien sûr ! Je t'ai toujours dis que tu avais une voix magnifique, ma puce ! Dis, je pourrais venir ?
Déjà ma mère ne m'avait jamais dit que j'avais une belle voix, elle m'avait toujours dit de la fermer pour éviter que les voisins rappliquent. Et puis, je m'affolai. Ma mère ne pouvait pas venir, cela serait... la honte! Je me rendis compte que je commençais à ressembler de plus à plus à Jessica. Il fallait vraiment que j'arrête de la fréquenter, pour ma survie.
- Maman ! C'est que... c'est pour les... ados.
J'avais faillit dire "jeunes". L'ennui, c'est que je pensais qu'elle l'aurait prit comme "ma-fille-me-considère-comme-une-vieille !".
Elle acquiesça, tout sourire, avant de disparaître derrière la porte.
Je tirai mon portable de ma poche, composant en toute hâte le numéro de Grace. Elle répondit à la troisième sonnerie.
- Salut, Grace, c'est moi.
- Alors, ils ont dit quoi ?
- C'est bon.
- Cool ! Je passe te chercher à huit heures. Habilles-toi rock. Jack est invité !
Je flanchais. Pas lui !
- Euh... D'accord. A ce soir, alors.
Elle raccrocha. J'allais me ridiculiser ! Je savais que je perdrais tous mes moyens devant lui. Quelle chanson allais-je jouer ? Un classique, allez. Wonderwall de Oasis. Parfait.
Il fallait que je me détende. J'avançai en direction des rayons. J'en choisis un au hasard, regardant avec attention les noms des ouvrages. Un attira mon attention -Dracula. Je l'attrapai et le feuilletai. Je connaissais assez bien ce livre pour l'avoir lu une bonne dizaine de fois. Je ne m'en lassais pourtant jamais.

Soudain, le carillon de la porte retentit. Alertée, je sortis du rayon, le livre dans les mains. Une femme à la chevelure brune ondulée habillée d'une élégante robe en soie rose s'avançait jusqu'au comptoir. De là où j'étais je ne pouvais pas voir son visage.
- Bonjour ! la saluai-je avec entrain.
L'effet désiré se produisit : la femme se retourna. J'en restai bouche bée. Les traits de son visage étaient parfaits, son sourire était doux et elle dégageait une grâce élégante. Elle était magnifique.
- Bonjour ! me dit-elle avec autant -voire plus- d'entrain que moi. Vous êtes la gérante de la boutique ?
- Non, c'est ma mère. Mais elle n'est pas là pour le moment alors je m'occupe de la librairie.
Elle acquiesça en souriant.
- C'est très gentil à toi. Comment t'appelles-tu ?
Je restai muette. Je m'étais déjà occupée plusieurs fois du magasin mais jamais un client ne m'avait demandé quoi que ce soit de personnel. Ils étaient généralement pressés, à la recherche de leur bouquin.
- Kim Dickson. Et si je puis me permettre, et vous ? risquai-je.
La femme laissa échapper un petit rire gentil.
- Bien sûr ! Mon nom est Esmé.
Je remarquai que ce n'était plus un prénom très à la mode. Je regardai attentivement la femme - Esmé. Elle n'avait guère plus de trente ans. Étrange.
- Que lis-tu ? demanda-t-elle à mon côté.
J'échappais un hoquet de fureur. Il y a encore une seconde elle était devant moi, à trois bon mètre de distance entre nous. Elle me sourit.
- Euh... Dracula, répondis-je en me rappelant que j'avais oublié de le reposer.
- Tu aimes les histoires de vampires ? questionna-t-elle en insistant bien sur le dernier mot.
Je frissonnai. Si elle avait cherché à me flanquer la frousse, c'était réussi.
- Oui. Ce sont mes créatures fantastiques préférées.
- Elles te font peur ?
- Pas du tout ! Je trouve que les vampires sont... intrigants. Si je pouvais, j'en serais un volontiers.
Esmé laissa échapper un rire sans joie. Son visage se ferma et elle reprit sur un ton plus froid.
- Tu n'aurais pas un ouvrage sur l'architecture du 17e siècle ? Je restaure actuellement une maison qui est classée monument historique. J'aurais besoin de documents.
J'acquiesçai en silence, la dirigeant vers le rayon architecture. Je l'y laissais pour essayer vainement de dégager un peu le comptoir. Elle revint quelques secondes plus tard avec cinq énormes livres qu'elle déposa sur la petite place que j'avais réussi à obtenir. Je vérifiai les prix des produits puis les tapai à la calculatrice.
Je n'osais pas regarder la dame, Esmé. J'avais dû dire quelque chose qu'il ne fallait pas. Pourtant, quand je lui annonçais le prix -cent dollars- elle me souriait. Je n'aurais pas souris, moi, si j'en avas eu pour une telle somme. Je mis avec attention les livres dans un grand sac en plastique quand elle me tendit sa carte bleue. J'y jetai un coup d'½il. Esmé Cullen. J'avais déjà entendu ce nom quelque part...
Alors que j'essayais de me souvenir, la femme composait son code sur la petite machine que je lui avais tendu.
- Eh bien, au revoir, Kim. Je repasserai sûrement. Passe le bonjour à tes parents. A ton père surtout, fit-elle avant de disparaître.
Elle m'avait mise sur une piste. Elle connaissait mon père. Sa maîtresse ? Non, mon père aimait passionnément ma mère, c'était impossible. Je testai chaque solution qui s'offrait à moi, n'en trouvant aucune réellement compatible.
Ma mère revint une heure plus tard. J'en étais déjà à la moitié de Dracula et je m'y arrachai à regret. Elle ferma le magasin et m'escorta en voiture jusqu'à la maison. Alors que je m'apprêtais à monter dans ma chambre, elle m'arrêta.
- Kim ! Prépare-toi pour ce soir. A quelle heure c'est, ta fête ? demanda ma mère en souriant.
J'avais complètement oublié l'histoire du pub. Ce n'était pas le moment de paniquer.
- A vingt heures.
Je vérifiais l'horloge : dix-huit heures. Je filai dans ma chambre, attrapant ma guitare et m'affalant sur mon lit.
J'inspirais profondément. Je commençai à jouer quelques notes au hasard puis m'attaquai à Wonderwall. Cette chanson était normalement reposante mais là, elle ne fit que m'angoisser.
- Today is gonna be the day...
Ma voix déraillait légèrement. Allez, allez ! Ca ne devait pas être si dur ! Je recommençai.
- Today is gonna be the day, that they're gonna throw it back to you, by now you should have somehow...
Cette fois j'étais calme. C'était bien, à mon goût. J'enchaînai cette chanson pendant près d'une heure. Me rendant compte, qu'il fallait que je me prépare, je sautai de mon lit.
Après une rapide douche, je choisis mes vêtements et hésitai. Qu'es-ce qui était le mieux pour une soirée comme ça ? Je choisis mon T-shirt des Rolling Stones -que j'avais transformé en décolleté en V- et un jeans slim noir. Je m'attaquais à mes cheveux, les laissant tomber sur mes épaules, cette fois. Après une retouche maquillage, je descendis. Tout le monde était dans la cuisine, mon père racontant sa journée. Je m'assis discrètement.
- Kim ! C'est quoi cette tenue ? s'exclama mon père lorsqu'il daigna me remarquer.
Je baissai aussitôt la tête.
- Euh...
- Harry, je t'avais expliqué que Kim allait au pub ce soir.
- Seule ?
- Non, il y aura Grace et... Jack, fis-je.
Jessica releva la tête, me fixa. Elle éclata de rire en reportant son attention sur son assiette de pattes. Daniel me souriait. Depuis que ma s½ur avait avoué toute la famille que j'avais un petit ami -ce terme me faisait frissonner (de plaisir ?)- ils voulaient tout savoir sur lui. C'était très gênant. Comme si ma vie amoureuse les concernait. Tout le monde avait l'air emballé par Jack, bien qu'ils ne l'aient jamais rencontré. Tout le monde sauf mon père, évidement. Il ne pouvait pas se faire à l'idée que sa petite fille puisse avoir une relation avec un garçon. Mais d'un côté, je le comprenais.
Ses traits se crispèrent un moment.
- Bon, lâcha-t-il simplement.
Je soupirai de soulagement. S'il m'avait interdit d'y aller, Grace ne me l'aurait sûrement pas pardonné facilement. Ma mère plaça devant moi une assiette remplie de pattes. Je me rendis alors compte que je n'avais pas faim. Je fourrai quand même une patte dans ma bouche, la mâchant avec difficulté.
- Je ne vous ai pas dit ? J'ai un nouvel élève dans ma classe. C'est un vrai génie en ce qui concerne la philosophie. C'est vraiment très agréable de travailler avec lui ! Ce gars-là fera de grandes choses plus tard. Quel est son nom déjà... Ah oui ! Jasper. Ca fait vieillot, non ? s'exclama mon père, entre deux bouchée de pattes.
Jasper. Je n'avais jamais entendu un nom pareil. Ca devait dater de belle lurette.
- Oui en effet, c'est vieux comme prénom ! Mon arrière-grand-père s'appelait comme ça, je crois. Ou bien c'était mon arrière-arrière-grand-père... fit ma mère, pensive.
- Bref. Jasper Cullen est formidable !
Je restai coite. Je me souvenais maintenant pourquoi le nom d'Esmé ne m'était pas indifférent. Jasper devait être son... fils ? Non, c'était impossible. Les élèves de mon père avaient vingt ans au maximum. Esmé devait en avoir trente. Son frère alors. Son mari ? Bof, non.
- Tu nous avais déjà parlé de ce Jasper, papa, fis-je en réfléchissant aux conclusions auxquelles je pouvais aboutir.
Il se tourna vers moi, l'air songeur. Il était sûrement surpris que je l'écoute, pour une fois.
- Ah bon ? Pourtant, il est tellement impressionnant ! déclara-t-il en se passant la main dans sa barbe invisible.
- Comment ça ? demandai-je, réellement intéressée.
- Je ne suis pas gay ni rien mais je le trouve particulièrement beau, murmura-t-il.
C'était donc son frère. Ou un membre de sa famille.
Le repas s'éternisa et je n'eus que cinq minutes pour vérifier mon état. Quand je sortis dehors, Grace m'attendait déjà depuis dix bonnes minutes. Et elle n'était pas seule, Jack aussi était là. Mon amie sautillait sur place et son excitation me fit sourire. A vrai dire, même si je me contenais, je l'étais autant qu'elle. Mon petit ami -nouveaux frissons- s'avançait vers moi avec un sourire d'encouragement. Il insista pour porter ma guitare et nous partîmes tous les trois.
- Tu vas être géniale, me murmura-t-il à l'oreille.
Je me tournai vers lui en lui donnant une petite tape à l'épaule.
- Je te rappelle que tu ne m'as jamais entendu chanter ! lancai-je.
Il sourit.
- Mais je suis sûr que tu te débrouilles très bien, fit-il en m'embrassant sur la joue.
- C'n'est pas bientôt fini ces ébats amoureux ? se plaignit Grace, légèrement boudeuse. Respectez mon statut de célibataire finie, s'il vous plait !
Jack et moi éclatèrent de rire. Je pris mon amie par les épaules.
- Tu sais très bien que tu pourrais avoir tous les gars que tu veux, fis-je.
Elle jeta un rapide coup d'½il à Jack qui me tenait par la main.
- Je ne pense pas que je pourrais avoir le tien en tout cas ! rigola-t-elle.
- Certainement pas ! Je te tuerais avant que tu ne puisses le toucher. Et toi aussi, si tu es en faute ! le menaçai-je faussement en me tournant vers Jack.
- Je n'aime que toi, murmura-t-il à mon oreille.
Je rougis.
- Si ce n'est pas mignon, ça ! S'exclama Grace en nous devançant, histoire de nous laisser un peu seuls.
Quand elle eut disparu de notre champ de vision, j'appuyai ma tête contre l'épaule de Jack. Celui-ci baisa mon crâne, s'arrêtant quelques secondes pour renifler mes cheveux.
- Hum... Ca sent la cerise, remarqua-t-il.
- Perdu. C'est de la fraise ! rigolai-je.
Il passa une main autour de ma taille et je me blottis contre son torse. Je n'étais pas du genre « câline » avant de rencontrer Jack. Maintenant, j'appréciais ses caresses, ses baisers. Il n'avait jamais rien exigé de moi, il m'avait toujours respecté. J'étais heureuse d'être avec lui. J'étais amoureuse, une première. La pire chose qui pouvait m'arriver à ce moment là était d'être séparée de lui.
Il prit délicatement mon visage entre ses mains, se rapprocha. Il s'arrêta une seconde pour vérifier mon expression -je souriais- puis colla ses lèvres contre les miennes. Nous nous arrêtâmes de marcher et je passais ma main derrière sa nuque, me collant à lui. Je le sentis sourire et ses lèvres glissèrent jusqu'à mon cou. Je frissonnais à leur contact doux contre ma peau. Puis, mettant fin à notre étreinte, il recula. Il me reprit la main et nous continuèrent à marcher, en silence.

Je regardai le soleil se coucher. J'aimais les couchers de soleil, c'était beau, ça signifiait la fin d'une journée, un obstacle en moins dans la vie de tous les jours. Je ressentais une pointe d'agacement, cependant. Je trouvais ma vie trop ordinaire, trop banale. Après avoir lu tous ces romans, je me trouvais médiocre. Je me rassurais en me disant que toutes les aventures que vivaient les héros de romans étaient au début comme moi, comme les autres. L'existence humaine était si lassante. Un peu d'action dans ma vie ne me ferait franchement pas de mal. Avant que je ne puisse m'en rendre compte, nous étions arrivés. Une grande affiche était collée sur une vitrine du pub annonçant que la soirée était ouverte aux mineurs. Je ne me faisais pas d'illusions sur l'alcool, ils n'oseraient jamais nous en donner. Tant mieux, je n'aimais pas l'alcool. Jack non plus d'ailleurs, chose assez étrange pour un adolescent de seize ans de nos jours. La porte s'ouvrit sur nous et nous furent aspirés par l'ambiance de la pièce. A peine rentrée, je crevais déjà de chaud. Une odeur de cigarette flottait dans l'air, éc½urante. Je me sentais oppressée. Des gens étaient assis n'importe où et ils sortaient de tous les côtés, ne faisant pas attention s'ils bousculaient quelqu'un ou non. Nous repérâmes Grace, assise à une table déjà remplie de trois filles (que je n'identifiais pas à cause de la faible lumière) et de deux garçons. Deux chaises étaient libres aux côtés de Grace, je filai m'asseoir sur l'une d'elles.
- Hey ! me lança-t-elle en souriant.
Je reconnus les trois filles alors qu'un jet de lumière rouge passait dans la salle. Il y avait là Alison Burcks, une fille de ma classe, Jenna Wilkinson, une amie de Grace avec qui l'on mangeait souvent à la cafétéria et enfin Amanda Cardain, une nouvelle qui s'était lié d'amitié avec mon amie et moi. Amanda était française mais savait très bien parler anglais. Je les saluai d'un signe de tête et essayai d'identifier les garçons. Je reconnus Evan Darwin, le petit ami de Jenna qui mangeait également avec nous quand l'occasion se présentait et Jason Kane, un garçon de première sur lequel Grace avait flashé. Je balayais rapidement la salle du regard. Il y avait une petite scène en face de nous sur laquelle une batterie, deux sièges et un micro se trouvait. Une vingtaine de tables -toutes remplies- nous entourait et un bar immense était placé sur la droite. Reportant mon attention sur la scène, je sentis l'angoisse monter en moi. Je commençai à me ronger les ongles alors que cela faisait plus de trois mois que j'avais décidé d'arrêter. Ce contra rompu, je me rendis compte que mes jambes tremblaient légèrement. Je posai mes mains sur ces dernières, essayant d'inspirer un grand coup. Tout ce que je réussi à faire rentrer dans mes poumons fut de la fumée de cigarette que j'expirais aussitôt.
- Reste zen, tu passes cinquième, me souffla Grace.
- Quoi ? Oh, mais t'aurais pas pu me faire passer après ? m'écriai-je, deux fois plus anxieuse.
Mon amie posa une main apaisante sur mon épaule alors que je me remettais à ronger mes ongles.
- Les places étaient déjà toutes réservées, j'ai appris la nouvelle qu'en allant au lycée ce matin. Du coup, je n'ai pas eu trop le choix, s'excusa-t-elle avec un pauvre sourire.
La pièce fut plongée dans le noir complet quelques secondes puis un projecteur éclaira la scène. Un jeune homme monta dessus et saisit le micro.
- Bonsoir, tout le monde ! s'écria-t-il.
Des tonnerres d'applaudissements s'élevèrent.
- Es-ce que vous êtes chauds, ce soir ? demanda-t-il.
Je levai les yeux au ciel. Ce genre de paroles m'avait toujours exaspéré. Je n'étais pas le genre de personne à rêver de crier "Bonsoir New York !" sur une scène.
Évidement, toute la salle aboya "Ouais!", même Grace. Je lui donnai un coup de coude et elle se retourna vers moi. Elle m'envoya d'ailleurs un haussement de sourcil interrogatif et je levai une nouvelle fois les yeux au ciel.
- Bien. Accueillez comme il se doit le premier groupe de la soirée ! continua l'animateur en sautant de la scène et en passant le micro à un homme qui venait de se lever.
Trois autres hommes lui emboitèrent le pas et ils se placèrent sur scène. Les hommes étaient plutôt jeunes, des adolescents, seize, dix-sept ans, pas plus. Le gars à la batterie, un blond, fit claquer ses baguettes au dessus de sa tête et la chanson démarra. Ils jouèrent Highway to hell de AC/DC. Le chanteur se débrouilla plutôt bien, même s'il n'arrivait pas à la cheville de Bon Scott.
Les autres groupes défilèrent, des chanteurs solos aussi, mais je n'écoutais pas vraiment. Les paroles de ma chanson s'entremêlaient dans ma tête et j'eus peur de les avoir oubliées. Heureusement, elles étaient encore intactes dans ma tête. Le présentateur réapparut sur scène après le quatrième groupe. Mon c½ur chantait la Traviata : j'étais horriblement angoissée.
- Et maintenant, nous allons accueillir une jeune artiste, Kim Dicks ! s'écria l'homme.
Grace avait prit la peine de me donner un faux nom, quoique très proche du vrai. Je me levai et attrapai l'étui de ma guitare, titubant jusqu'à la scène. Jetant un dernier regard à la foule, j'inspirai profondément. Je m'assis à moitié sur la chaise, rajustai le micro à ma hauteur et saisis ma guitare. Je rejetai mes cheveux en arrière et laissai mes doigts jouer avec les cordes de la guitare. Je commençais le morceau, les mains tremblantes.
- Today is gonna be the day...
Les paroles sortaient naturellement de ma bouche. Je me décontractai, osant même affronter la foule du regard. Mon c½ur battait à tout rompre, menaçant d'exploser à tout moment. La foule restait muette. Je me demandais comme le prendre. Je continuai à jouer, cependant. Si ça ne leur plaisait pas, moi ça me plaisait. Je chantais et jouais pour moi, pour mes amis. Je ne me rendis même pas compte que j'avais terminé le morceau quand un tonnerre d'applaudissements éclata. Je sursautai. Ca leur avait plu... j'en restai bouche-bée. Au bout de quelques secondes, alors que je m'apprêtais à me lever, une voix dans le fond s'éleva.
- Une autre, une autre ! s'écria la voix d'homme.
- Une autre, une autre, une autre ! scanda le public.
Je regardai la foule, étonnée. Je cherchai une chanson que je connaissais. Hallelujah.
Je commençai à fredonner la mélodie accompagnée de ma guitare quand la salle redevint silencieuse. Je me mis à chanter et le public chanta avec moi. Je souriais. Je n'avais plus peur, je savais qu'ils avaient apprécié la précédente, pourquoi pas celle-là ?
Une fois la chanson finie, j'eus le droit à nouveau aux applaudissements et je me hâtai de retrouver ma place au côté de Grace. Celle-ci me regardait avec admiration.
- Bravo ! T'as été géniale ! me complimenta-t-elle. Tu vas gagner à coup sûr !
Gagner ? Pourquoi, c'était un concours ? Mon amie ne m'avait pas prévenue. J'avais chanté et joué pour gagner une récompense sans le savoir. C'était nul. Je n'aimais pas ce genre de jeux.
Je bafouillai des remerciements, un peu en colère de ne pas avoir été prévenue. Cependant, je ne le reprochai pas à mon amie.
Une main se posa sur mon épaule et quelqu'un m'embrassa sur la joue. Je me retournai, bien que je connaissais déjà l'identité du responsable de cet acte. Jack était à genoux, une main sur l'accoudoir de ma chaise.
- Ma copine est la meilleure chanteuse de l'univers, murmura-t-il avant de m'embrasser derechef sur la joue.
Je rougis. Il dû sentir ma peau s'enflammer car je le sentis sourire.
- Merci, fis-je.
Il resta ainsi quelque seconde puis regagna sa place. Je m'enfonçai dans mon siège, prêtant enfin attention au groupe qui jouait. Au bout de cinq chansons, ça devenait lassant. Je m'ennuyais.
- On s'en va ? proposai-je à Grace qui reluquait le chanteur.
Celle-ci grogna en se tournant vers moi, me lança un regard assassin et je croisai les bras.
- On attend les récompenses au moins ! supplia-t-elle.
Je n'avais pas la moindre envie de gagner un trophée ou autre chose dans le genre. Ces babioles ne m'intéressaient pas mais le regard convainquant de Grace -bien que je savais qu'elle était très douée pour mentir- me laissait perplexe. Je haussai les épaules et elle se retourna, satisfaite.
Je ne tenais plus en place. Il fallait que je me dégourdisse les jambes et surtout, que je passe aux toilettes. Je me levai. Pas besoin de demander l'autorisation, quand même. Je passai par l'arrière pour ne pas gêner les gens. Je me retrouvais donc à longer le bar, où des dizaines de tabouret étaient occupés par des personnes ou des gens debout, appuyés au comptoir. Une forte odeur d'alcool m'éc½ura.
Un homme me bouscula sans prendre la peine de s'excuser. Ébranlée, je m'accrochai à la première chose que j'avais sous la main pour éviter de tomber. C'était les épaules d'un homme à la stature imposante. Je m'apprêtai à le remercier quand il se retourna violemment et me cloua au sol d'un coup de pied. J'en eus le souffle coupé. Je m'écrasais sur le sol, la tête la première. Je rejoignis aussitôt mes mains derrière elle en poussant un gémissement de douleur. Mon agresseur me cria quelque chose que je ne compris pas, encore sous le choc. Ma tête me faisait affreusement mal et j'avais l'impression que ma colonne vertébrale était brisée. L'homme se rapprocha et je pus distinguer son visage. Il était typé, hispanique, supposais-je. Ses cheveux gras et emmêlés lui tombaient en boucles désordonnées devant les yeux. Ses prunelles bleues étaient livides, effrayantes, et ses traits déformés par la haine. Je tressaillis quand il ouvrit la bouche, respirant son haleine constituée d'alcool et de fumée de cigarette. Je toussai. Il m'attrapa par le col, emprisonnant ma gorge d'une main ferme.
- Tu me cherches, gamine ? Cracha-t-il.
J'étais pétrifiée. Aucun des mes membres étaient décidés à m'obéir. J'aurais voulu parler mais la pression qu'il exerçait contre mon cou me l'empêchait. J'étais bloquée, muette. Je me rendis compte qu'un petit groupe de personnes s'était formé autour de nous. Ma vision était encore floue et je ne distinguais aucun visage clairement.
- Répond ! ordonna-t-il en m'assénant une gifle au visage.
Je me mordis les lèvres. Je sentis un liquide chaud et visqueux couler le long de ma tempe. Je levai une main, impuissante, jusqu'à ma gorge. Il la plaqua fermement au sol.
- Je... laissez-moi, bafouillais-je, paniquée.
Il se mit à rire. Cependant, il enleva sa main de ma gorge et se releva. J'inspirais profondément en m'accroupissant. Il se retourna et envoya son pied dans mon estomac. Je me recouchais aussitôt. Je me tordis de douleur, hurlant de toutes mes forces. J'entendis que la musique avait cessé. Je ne parvenais pas à retrouver mon souffle ni à distinguer mon agresseur. Je frissonnai. Qu'allait-il m'arriver ?
L'homme revint dans mon champ de vision, un rictus mauvais déformant ses lèvres. Il marchait à pas lents, vers moi. Je crus qu'il allait s'arrêter à la limite de mes pieds mais il n'en fit rien et continua à avancer, sur moi. Mon genou émis un craquement sinistre. Je hurlai de douleur. Cependant, il continua à avancer, écrasant ma main et m'assénant un violent coup de pied dans les côtes. J'aurais voulu disparaître, me terrer dans le sol. J'aurais voulu que cette douleur cessât. Il s'accroupit à mes pieds, relevant mon visage. Je remarquais qu'une imposante cicatrice barrait son cou. Il saisit ma main brisée, jouant avec mes doigts. Je me mis à sangloter.

Il éclata de rire.

Il plongea une main dans son manteau, caressant mes cheveux de l'autre. Je transpirais. De sa poche, il sortit un canif. J'étais soulagée. Il allait mettre fin à cette souffrance qui me brûlait, tout cela serait finit d'ici quelques secondes. Il rapprocha son couteau de ma gorge.
Je distinguais une silhouette, se déplaçant avec une rapidité extraordinaire. Elle fonçait droit sur nous. Elle sauta sur mon agresseur, le cloua au sol. Le couteau vola pour se planter à quelques centimètres de moi. Je fulminais. Mon mystérieux sauveur m'infligeait cette souffrance insoutenable. Il y eut un cri puis, plus rien. La silhouette, une femme d'après moi, se rapprocha de moi et me prit dans ses bras. Je me débattis.
- Chut, murmura-t-elle d'une voix douce.
Elle m'entraîna jusqu'à la sortie. Grace lui barra le passage.
- Qui êtes-vous ? demanda mon amie.
J'étouffai une plainte. Je n'en pouvais plus.
- Tu la connais ? éluda ma sauveuse.
- Oui, c'est ma meilleure amie ! s'écria Grace.
- Bien, suis-moi, alors.
La femme poussa la porte et nous nous retrouvâmes dehors. Grace la bombardait de questions mais elle n'en répondit à aucune. Nous nous arrêtâmes devant une Volvo ruisselante et ma sauveuse m'installa sur le siège passager, à l'avant. Grace prit place à l'arrière et le moteur gronda.
- Faites attention! Vous roulez à cent cinquante ! aboya mon amie.
J'avais très envie de lui dire de se taire mais ma gorge était nouée et ce ne fut que des sanglots qui sortirent.
- Tu ne voudrais pas que ton amie meure, non ? Alors tais-toi et attache ta ceinture ! fit la femme.
- Qui êtes-vous ? demanda Grace en obéissant à moitié.
- Mon nom est Alice, maintenant tu la ferme ! répondit-elle sans élever la voix.
La jeune femme avait les cheveux noirs et courts. Je ne distinguais pas ses traits, son regard était rivé sur la route.
Nous arrivâmes en quelques minutes à l'hôpital, alors que le trajet aurait normalement dû durer une demi-heure. Alice me reprit dans ses bras et me porta jusqu'à l'entrée, suivie de Grace. De mon côté, je délirais. Je m'empêchais de dormir pour ne rien rater. J'avais aussi peur des conséquences si je sombrais maintenant. Peut-être que je ne me réveillerais jamais. Non, il ne fallait pas penser à ça, pas maintenant.
Avant que je puisse m'en rendre compte, j'étais étendue sur un lit, plusieurs médecins m'examinant. Je me lançais dans la contemplation du plafond. La salle se vida peu à peu, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus qu'un homme et moi. Il était habillé de la traditionnelle blouse blanche qui qualifiait sa profession. Il possédait de courts cheveux blonds rejetés en arrière. Ses yeux topazes me scrutaientt intensément, il avait l'air indécis. Je le trouvais magnifiquement beau. Ses traits étaient parfaits et il me fit automatiquement penser à Esmé.
- Esmé... Esmé Cullen, murmurai-je.
Il sursauta, s'approchant de moi.
- Qu'est-ce que tu as dis ? demanda-t-il d'une voix douce.
Il m'était difficile de parler et je marquai une pause pendant quelques secondes.
- Vous... ressemblez à Esmé, Esmé Cullen. C'est idiot mais...
Je toussai, une brûlure effroyable me prit à la gorge. Il approcha une chaise de mon lit et s'y assit, me fixant. Visiblement, il attendait que je lui en dise plus. Il devait me prendre pour une folle. Cependant, je continuai.
- Vous la connaissez ? Vous connaissez Jasper, aussi ? demandai-je en souriant.
Enfin, je voulus sourire. En vérité, ça devait ressembler à rien d'autre qu'une grimace effrayante étant donné le piètre état de ma mâchoire - déboîtée.
- Oui, je les connais tous les deux. Comment les connais-tu ? fit-il.
- Esmé est venue à la librairie aujourd'hui... on aurait dit qu'elle était fâchée contre moi quand elle est partie.
Il fronça les sourcils. Je savais que je racontai n'importe quoi, que je n'avais qu'une envie c'était de dormir et qu'après ça, on m'enfermerait pour le restant de mes jours dans un hôpital. Pourtant, j'avais l'impression qu'il serait la dernière personne à qui je parlerais de toute ma vie. Je déballais mon sac.
- Pourquoi ? demanda-t-il.
- Je... A cause des...
Je fermai les yeux. Il fallait que je dorme.
- Vampires, soufflai-je.
Je sombrai.


Merci à Joanie qui m'a gentillement proposé de s'occuper de la correction de mes chapitres :)
Donc dorénavant, vous risquez d'avoir des textes dénués de fautes grâce à elle :D;
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# Posté le lundi 12 janvier 2009 02:49

Chapitre 2 # Chasser.

Chapitre 2 # Chasser.
Chapitre II


Je reprenais conscience peu à peu. Cependant, je ne parvenais pas à ouvrir les yeux ni à bouger. Une douleur insoutenable se propageait dans mon corps tout entier, comme si un feu me brûlait intérieurement, liquéfiait mes os en lave. J'aurais voulu crier, c'était impossible. Des voix parvinrent à mes oreilles, légèrement lointaines, comme si mon cerveau refusait de se connecter à l'extérieur. J'essayai de comprendre ce qu'elles disaient.
- ... être si pessimiste, Edward? Elle allait mourir, je ne pouvais décidemment pas la laisser, dit une voix d'homme, grave et magnifique.
Quelqu'un grogna, un feulement inhumain et pourtant hypnotisant, et je perçus un bruit d'éclat de verre. Le bruit se dilua dans ma douleur.
- Tu as également agis de même avec Rose. Quelle est ta raison cette fois, Edward? demanda une douce voix féminine remplie de chaleur.
Je reconnaissais cette voix, c'était Esmé. Mon c½ur se gonfla d'un bonheur qui n'avait aucun trépied. J'ignorai où j'étais mais sa présence me rassurait. Qui sait, j'étais peut-être morte. Mais le feu de mon corps était si déstabilisant et vrai que j'eus du mal à m'en convaincre.
- Bella sera furieuse ! Elle la détestera, s'écria une voix d'homme dont, malgré la douleur qui devait certainement agir comme de l'acide, je perçus tout de même son ton douloureux.
Qui était cette Bella dont l'homme venait tout juste de mentionner ? Et ce Edward ? Qui étaient ces gens ? Pourquoi Esmé était-elle avec eux? Il fallait que je sorte de ma demi-conscience, j'avais besoin de réponses.
- Tu as abandonné Bella ! lâcha une voix masculine, remplie de reproches.
Nouveaux grognements.
- Attention, elle va ouvrir les yeux. Elle nous entendait déjà, fit une voix féminine, un soprano exquis dont je me régalai.
J'avais également déjà entendu cette voix. Une image s'imposa à moi, celle d'une ombre se jetant sur un homme, le clouant au sol, celle d'un couteau se plantant dans le plancher à quelque centimètre de mon visage. Je frissonnai. Et si tout ça n'avait été qu'un rêve, un cauchemar, du moins.

Tout à coup, mes sens revinrent à moi et je me rendis compte de ma nouvelle liberté.
J'ouvris les yeux en hurlant. Quelqu'un se précipita à mes côtés, posant une main apaisante sur mon épaule. Je me débattis en me relevant à moitié, le regard fou. C'était cette Alice, celle qui m'avait sauvée. Cette dernière me souriait tristement et m'obligea à me rallonger. Je persistai, malgré la douleur à me mettre debout. Je me trouvais face à sept visages impassibles, plus ou moins connus.
- Ca va ? me demanda Esmé qui s'avançait vers moi, un pli soucieux barrant son font d'albâtre.
- J'ai... mal... fis-je en regardant ma main.
Je la tournai et la retournai, la contractai et la décontractai. Elle était intacte. Je me souvenais pourtant que mon agresseur me l'avait écrasé.
- Rallonges-toi, m'ordonna un homme aux cheveux cuivrés et aux yeux topazes dures somme deux diamants.
J'obéis. Il était nettement plus terrifiant qu'Alice. La douleur repartit de plus belle et je me mordis les lèvres pour me contenir.
- Où suis-je ? arrivai-je à articuler avec difficulté.
- En sécurité, fit le médecin qui m'avait soigné.
- Je suis morte, c'est ça ? M'exclamais-je, incrédule.
Un grand brun à la stature d'athlète éclata de rire et une magnifique blonde lui intima le silence d'un coup de coude dans les côtes.
- Tais-toi, Emmett ! S'exclama-t-elle.
- Pas exactement, rectifia Alice, toujours à mes côtés.
Comment pouvait-on ne pas être exactement mort ? Étais-je dans le coma ?
- Non, lâcha l'adolescent aux cheveux couleur cuivre.
Je sursautai. Venait-il de lire dans mes pensés ? Bon, je devais être sérieusement dérangée. J'échappai un gémissement plaintif alors que le feu de mes veines reprenait le dessus. Je ne comprenais toujours pas ce qui était en train de se passer et c'était assez agaçant.
- Vous voulez bien me dire où je suis ? Et qui vous êtes ? Et comment je suis arrivée ici ? Et...
- Calme-toi, fit le médecin, compatissant. Nous allons répondre à tes questions.
J'inspirais profondément.
- Je te présente Edward, Rosalie, Emmett, Carlisle, Esmé, Jasper et moi, c'est Alice, reprit cette dernière.
- Kim Dickson, fis-je en hochant la tête.
Esmé laissa échapper un rire.
- Maintenant ce sera Kim Cullen, ma chérie, fit-elle en souriant.
Je la regardai, médusée. Une nouvelle vague de lave en fusion me pris. Je me tordis de douleur et laissai échapper un cri. Alice me caressa le front. Je restais pétrifiée, fixant le plafond.
- Je veux rentrer chez moi... murmurais-je, haletante.
Ces paroles me surprirent moi-même. Je n'aurais jamais cru dire ça un jour.
- C'est impossible, malheureusement, souffla Alice.
- Pourquoi ? demandai-je.
- Parce que... tu n'es plus comme ta famille, répondit-elle, hésitante. Si tu y retournes tu risquerais de la mettre en danger et de nous mettre en danger par la même occasion.
Elle m'aida à m'adosser contre les barreaux du lit. Je retins une plainte. Je tournai la tête, mais il n'y avait plus personne. Seulement Alice et moi.
- Où sont-ils passés ? demandai-je.
- Ils nous ont laissé discuter, répondit-elle.
- Merci... pour hier, soufflais-je.
Elle éclata d'un rire sans joie.
- Tu ne me remercieras plus dans quelques minutes, fit-elle en continuant de rire.
Je ne comprenais pas ce qu'il y avait de drôle dans tout ça, mais j'attendais qu'elle se mette à parler.
- La douleur que tu ressens n'est pas liée aux incidents d'hier. Ton corps a entièrement guérit. Tu trouveras ça bizarre en quelques jours mais tu n'es pas au bout de tes surprises. Si je suis arrivée à l'improviste au pub hier soir, ce n'était pas une coïncidence. Je t'avais vue, Kim. Tu hantais mes pensées depuis une bonne semaine. Chaque jour, j'en apprenais plus. C'est seulement hier soir, au dernier moment, que j'ai vu où tu étais. Je savais déjà ce qu'il t'était arrivé depuis une semaine mais je n'aurais rien pu changer puisque je ne savais pas qui tu étais ni où tu te trouvais. J'ai des visions, Kim. Edward refusait d'admettre que quelqu'un d'autre que Bella puisse se joindre à nous. Malheureusement, tu es là maintenant. Ne fais pas attention à lui, il n'est pas dans ses meilleurs jours, finit-elle en marmonnant.
Je restai muette. Tout ce qu'elle me racontait était littéralement impossible ou bien j'étais folle.
- Je suis morte, hein, répétai-je à nouveau.
Elle éclata de rire, je grimaçai de douleur.
- Bref, faisons comme si ce que tu me racontes est vrai. Qui est cette Bella, ça fait deux fois que tu en parles.
- C'est un sujet qu'il ne vaut mieux pas aborder en présence d'Edward. Bella est sa petite amie. Enfin, était. Même si je vois qu'ils s'aiment encore tous les deux. Il l'a quitté il y a à peine une semaine.
- Pourquoi ? S'il l'aime, pourquoi a-t-il fait ça ? demandais-je.
- Il y a des choses qui sont obligatoires pour la survie de l'être aimé. Bella n'est pas comme nous. Elle est humaine. Depuis qu'Edward est entré dans sa vie, elle n'a plus une existence normale. Il veut lui faire comprendre le monde dans lequel elle vit. Il l'a fait quitter le sien.
Je gardais le silence un moment. Bella était humaine, moi aussi. Qu'étaient donc Alice, Esmé, Carlisle ? Des dieux ? Alice ressemblait plus à Vénus qu'autre chose.
- Je suis humaine, rétorquai-je.
Elle sourit.
- Tu étais.
- Alors qu'es-ce que je suis ? demandais-je.
- Un vampire.
J'aurais rit si ses yeux ne m'avaient pas fixé si gravement. Je me tordis de douleur. Un vampire. Bon, j'étais définitivement folle, cette fois. Ou morte. Morte à seize ans à peine. La biographie de ma vie ne remplirait même pas une page d'un livre. Je me mis à rire. Un rire dénué d'amusement, quasiment hystérique.
- Je t'assure que tu es un vampire, Kim. Crois-moi ou non, renie-toi mais désormais, tu es comme moi, comme toute la famille Cullen. Bienvenue parmi nous.
- Et, toujours dans l'hypothèse que tu dises la vérité, comment ça marche ? demandai-je réellement intéressée.
- Dans quelques heures tu vas avoir besoin de te nourrir, nous irons chasser. Déjà, regarde-toi dans un miroir, ça te feras un sacré choc.
- La douleur va s'arrêter ?
- Dans deux heures environ. La transformation dure à peu près trois jours.
- Trois jours ? J'ai dormis pendant combien de temps ? m'écriai-je en me recroquevillant.
- Trois jours et quelques heures. Mais les vampires ne dorment pas, expliqua-t-elle, patiente.
Je restai muette. Bon, on venait de m'annoncer que j'étais désormais un vampire, que je ne pouvais pas revoir ma famille, que j'avais changé de nom de famille - d'apparence peut-être - et que je ne dormirais plus jamais de ma vie. Cool.
- Dis-moi, Edward c'est celui qui arrive à lire dans mes pensés ? demandai-je en surveillant mon esprit, au cas où.
Elle rit. Un rire franc, contagieux.
- Oui, fais attention à ce à que tu penses. On ne sait jamais avec lui, me conseilla-t-elle en quittant la pièce, hilare.
- Où vas-tu ? la questionnai-je, paniquée, alors que la porte claquait derrière elle.
Je tournai la tête et sursautai en découvrant Edward, celui aux cheveux cuivrés, assit sur mon lit.
- Aaaaaah ! criai-je, ce qui m'arracha une grimace à cause de la douleur.
Il se mit à rire, un petit rire nerveux et dénué de joie. J'étais sur mes gardes, fixant mes pensés sur une pomme.
- Hum... Très appétissant. Je n'aime pas les pommes, et toi ? demanda-t-il.
- Bof... les cerises, c'est meilleur, répondis-je en haussant des épaules (nouvelle grimace).
- Hum... fit-il, un léger éclair dans les yeux et je n'arrivai pas à mettre le doigt dessus. Comment te sens-tu?
Je réfléchis un instant.
- Folle à lier ou bien morte. J'hésite encore.
Il lâcha un léger rire. Je lâchai un hurlement de douleur.
- Tu as soif ? demanda-t-il, soudain plus soucieux.
- Je veux bien un peu d'eau, oui.
Il ria de nouveau. Je ne comprenais pas son hilarité et surtout ne la partageais pas.
- Laisse tomber, fit-il en voyant ma mine incrédule.
Je savais aussi qu'il avait lu dans mes pensés. Je ne savais pas quoi penser, croire. Et si j'étais réellement devenue un vampire ? En tous cas, je savais que je ne rêvais pas. Tout était trop net, la douleur était trop forte. Il fallait juste que j'arrive à discerner le vrai du faux. Mais pour l'instant, tout était ridicule et inimaginable, pour moi. Je me lançai dans la contemplation d'Edward. Il était magnifique, lui aussi.
La couleur de ses cheveux me rappela ceux de Jack. Où était-il en ce moment ? Que pensait-il ? Repenser à lui me soulagea un peu. Pourquoi n'était-il pas venu me secourir, hier ? Pourquoi n'était-il pas monté avec Grace, Alice et moi dans la voiture ? Les questions se bousculaient dans mon esprit, sans réponses.
Edward me regardait attentivement.
- Qui est Jack ? demanda-t-il.
J'ouvris la bouche, la refermai aussitôt. Sans que je puisse me contrôler, j'éclatai en sanglots. Edward tendit une main vers moi, je tournais la tête. Je m'efforçai de penser à autre chose pour qu'il ne puisse pas lire mes pensées. En même pas une heure, j'avais compris le truc avec lui. Il suffisait de détourner l'attention de son esprit - chose assez complexe - pour qu'il n'aille plus y traîner. Une pomme verte me revint à l'esprit et malgré les larmes, je me mis à rire. Lui aussi... un peu.
J'avais l'impression qu'il commençait à accepter ma présence, involontaire. Ses traits étaient tristes, j'étais sure qu'il pensait à elle. Cette Bella, celle qu'il aimait.
Il acquiesça d'un hochement de tête et ses traits devinrent ceux d'un vieil homme brisé. Des tonnes de questions me brûlaient les lèvres, mais Alice m'avait dit qu'il ne valait mieux pas aborder ce sujet avec lui. Surtout qu'Edward était encore un parfait inconnu pour moi. Il restait loin de la personne qu'il aimait, se déchirait par la même occasion, la déchirait, pour qu'elle reste en vie. Pour qu'elle puisse avoir une existence normale. J'aurais voulu lui montrer combien l'existence humaine était ennuyeuse, monotone. Rien d'extraordinaire n'arriverait jamais. J'étais ce genre d'humaine qui rêvait d'aventure, insatisfaite de sa piètre existence. Bella était-elle comme ça ?
Il acquiesça de nouveau. Je me rappelai ce qu'il avait dit alors que j'étais encore plongée dans un demi-sommeil. Bella sera furieuse ! Elle la détestera. Je ne saisissais pas pourquoi elle me détesterait. Peut-être parce que je n'étais plus humaine. Enfin, ça, c'était ce qu'on voulait me faire croire. Je conservai mon hypothèse comme quoi j'étais complètement folle et qu'après avoir lu Dracula, je m'imaginais dans un monde rempli de vampires. Je remarquai, à la mine d'Edward, qu'il fallait mieux éviter d'aborder le sujet. Je gardai mes questions pour plus tard, si je ne m'étais pas réveillée avant.
La douleur me submergea de nouveau. J'avais besoin de savoir ce qu'était un vampire, comment ça fonctionnait. J'étais certaine que l'image que les humains attribuaient aux vampires était complètement fausse. Si je regardais bien Edward, Alice ou Esmé, je pouvais voir qu'ils possédaient des dents normales et non de longues canines meurtrières.
Le vampire soupira.
- Les humains sont complètement ridicules en ce qui concerne les mythes, fit-il en levant les yeux au ciel, vaguement agacé. Tu pourras toujours essayer de me menacer avec de l'ail, ça ne me fera jamais rien. Et mes dents sont aussi normales que celles d'un humain.
- Comment vous transformez les gens en vampire ?
Il ne répondit rien, le regard dur. Je n'insistai pas, je gardai également cette question pour plus tard.
- Comment vous nourrissez-vous ?
Il s'esclaffa sèchement.
- Comme les humains. Sauf qu'on va chasser les animaux dans la forêt au lieu de les acheter à la boucherie. Et nous avons habituellement tendance à manger des animaux pas très comestibles pour l'homme. Chez nous, la faim, c'est la soif.
Je fronçai les sourcils. Les humains étaient-ils si loin du compte ?
- Et... le sang humain ? chuchotai-je, hésitante.
- Nous n'y touchons pas. Pas besoin de tuer des innocents quand on peut tuer des pumas insignifiants.
Je le regardais, intriguée.
- Je suis végétarienne, lâchai-je, affectée par ses propos.
Il éclata de rire pour de bon cette fois. J'entendis également des rires dans la pièce voisine. Je reconnus celui d'Emmett qui riait tellement fort que toute la maison tremblait. Quand Edward eut reprit son sérieux, il n'osa pas croiser mon regard de peur de déclencher son hilarité une nouvelle fois.
- En plus de quatre-vingt ans d'existence, je n'ai jamais vu un vampire végétarien ! lâcha-t-il alors que ses lèvres tremblaient.
J'en restais bouche-bée. Je n'étais visiblement pas au bout de mes surprises dans le domaine de la découverte du monde des vampires.
- Quel âge as-tu, au juste ?
- Assez vieux pour être ton grand-père ou ton arrière-grand-père même, répondit-il, à l'aise.
- Je ne sais pas si c'est moi, mais tu ressembles plus à mon frère qu'à mon grand-père.
- Normal. J'ai été transformé quand j'avais dix-sept ans alors j'ai gardé cette forme jusqu'à maintenant. Les vampires ne vieillissent pas physiquement, ils sont immortels.
Je restai muette un instant. J'étais immortelle. J'espérais que ma nouvelle existence serait plus agitée que la précédente, sinon je risquais de sacrément m'ennuyer pendant les cinquante prochaines années, regrettant sûrement mon existence humaine. Toujours dans l'hypothèse que tout cela soit vrai, bien sûr.
- Tu n'y crois toujours pas, hein ? remarqua-t-il en suivant le fil de mes pensées, sûrement.
- Comment tu réagirais, toi, à ma place ? Je ne pense pas que tu l'accepterais facilement. Désolée si je n'ai pas l'habitude qu'on m'annonce tous les quatre matins que je suis devenue un vampire ! m'exclamai-je, déversant tout ce que j'avais contenu depuis mon «réveil».
Il haussa légèrement des sourcils.
- Tu vas t'y habituer. Dans quelques semaines, ce sera comme si tu avais été humaine il y a très longtemps de cela.
Je frissonnai.
- Es-ce qu'on oublie notre existence humaine ?
- Non. Mais je doute que dans deux cent ans tu auras assez de mal à t'en souvenir aussi bien que maintenant.
J'eus du mal à entendre la fin de sa tirade. Une nouvelle langue de feu pris possession de ma poitrine. Je hurlai de douleur. Tout mon corps brûlait, se consumait de l'intérieur comme l'aurait fait un volcan en activité. Je n'arrivais plus à bouger et Edward m'aida à m'allonger entièrement. Je frissonnai. Ma peau était horriblement chaude. J'entendis la porte s'ouvrir, ma vue se brouilla. Mes oreilles déformaient les sons et je ne parvins pas à comprendre un traître mot de ce que racontaient les Cullen. Quelqu'un me prit la main, elle me brûla. Elle était si froide comparé à mon c½ur meurtri par la brûlure. Je voulais que la douleur cesse, s'estompe au moins. Je n'arrivais pas à penser à autre chose qu'à cette lave insoutenable qui traversait mon corps. Je hurlai, sans aucune retenue cette fois. Je distinguai le visage de Carlisle, penché au-dessus de moi. Ses traits étaient déformés par la culpabilité. Il savait que je souffrais et il en était désolé. C'était à cause de lui si j'étais devenue un vampire - toujours dans l'hypothèse que j'en étais un. Mais pourquoi était-ce si terrible d'être un vampire ? En tous cas, j'avais abandonné mon existence humaine, j'étais autre chose. J'étais forte... et assoiffée.
Une douleur fusa dans ma gorge, mes yeux s'ouvrirent en grand. Je crus qu'ils allaient sortir de leurs orbites. Mon ventre -mon estomac ?- me brûla. Mon corps tremblait. Je me mordis les lèvres – bizarrement dures, remarquai-je -, essayant de garder pour moi mes hurlements. Tentative vaine. Quelques secondes plus tard, je lâchai un énorme cri strident. Ce fut le dernier. La douleur s'arrêta, net tout comme mon c½ur avait arrêté de battre. Je fermais les yeux un instant. Je sentais comme un vide en moi, j'avais besoin de quelque chose. Maintenant. Je me levai d'un mouvement brusque. Les visages magnifiques des Cullen me fixaient. J'eus le droit à toutes les expressions : sourire, colère, étonnement... Je m'en fichais. Il fallait que je comble ce manque en moi, même si je ne savais pas ce qu'il représentait. Mais il était vital, je le sentais.
- Elle a soif, souffla Edward.
Les autres acquiescèrent et Rosalie, Emmett et Jasper se hâtèrent de sortir de la pièce. J'entendis un vrombissement de moteur. Alice m'attrapa par le bras, je me dégageai. Le contact avec sa peau me paraissait insupportable. Je lui lançai un regard assassin. Je ne me contrôlais plus. Je présentais que j'étais dangereuse, et ça me plu énormément. Je traversai en courant un couloir remplit d'½uvres d'arts mais je n'y prêtais pas attention. J'étais poussée en avant par mon instinct. Un instinct meurtrier.
Alice et Edward me rattrapèrent et me maintinrent fermement. Je me débattis un moment, puis renonçai, j'étais incapable de gagner contre eux deux. Une voiture nous attendait dehors, la Volvo grise dans laquelle j'étais montée. Edward et Alice m'installèrent entre eux, à l'arrière. Je fulminais alors que Jasper démarrait la voiture. Sur le siège passager avant se trouvait Emmett et je me demandai où était passé Rosalie.
- Là, me chuchota Alice alors que je commençais à me calmer.
Je lui jetais un regard mauvais, malgré moi. Cette dernière se mit à hurler en se tortillant en tous sens. Jasper avait arrêté violement la voiture et tout le monde porta son attention sur Alice. Je ne comprenais pas ce qui était en train de se passer, tout autant que mes camarades. La vampire arrêta de se tortiller en entourant de ses bras ma taille.
- Bandez-lui les yeux ! s'écria-t-elle.
Edward se retourna et d'un coup, arracha une lamelle de son fauteuil en cuir. J'en restais bouche-bée. Il noua la bande autour de mes yeux et malgré ma détermination à lui hurler de me lâcher, il emprisonna mes mains. Je plantai mes ongles dans sa peau. Le problème : je les avais tous rongés durant la soirée de chant. Je fulminais. Privée de ma vue, je mis mon nez en marche. Je m'étonnais que je puisse sentir les odeurs avec autant d'insistance : le cuir, la sciure, le métal, le parfum de leurs peaux. Je ne savais pas où ils m'emmenaient mais je me sentais en sécurité.
- Que va penser Carlisle ? lança Edward.
Personne ne lui répondit, je supposai qu'ils lui parlaient par la pensée, tel un monologue où l'adolescent répondait par la parole ou par les gestes.
«Où allons-nous ?» pensais-je, ayant saisi ce nouveau moyen de communication.
- Chasser, répondit-il.
Je grimaçai. Ce vide que je ressentais, ce manque, ce besoin était-il lié à mon appétit ? Enfin, ma soif comme ils l'appelaient. Je souriais en repensant à l'échange entre Edward et moi, tout à l'heure.
" Tu as soif ? " et " Je veux bien un peu d'eau, oui. "
J'éclatai de rire, lui aussi, mais avec un peu moins de vigueur. Je supposais que les autres nous regardaient, incrédules. Le poids de quatre paires d'yeux appartenant respectivement à Edward, Alice, Emmett et Jasper me démangea. C'était assez inconfortable comme situation. Je flairai une odeur. Elle m'était inconnue mais m'attirait. Je me penchai en avant, essayant de mieux profiter de cette odeur envoûtante. J'eus droit à une claque dans le dos.
- Ce n'est vraiment pas le moment ! s'écria Alice en m'obligeant à m'enfoncer dans le dossier de mon siège.
J'obéis, perplexe. Je ne posais pas de questions, me pliant aux ordres du vampire.
La voiture s'arrêta et Edward et Alice continuèrent à m'escorter dehors. Nous marchâmes – vite - quelques minutes, moi, toujours aveugle. Une bourrasque de vent me fouetta le visage. Je n'avais pas froid, je ne ressentais plus rien. J'étais devenue insensible à la chaleur. J'étais juste consciente que ma peau était glaciale. Quand nous fûmes arrêtés, ce qui me semblait être Edward me rendis la vue. Il me fallut quelques secondes avant que mes yeux s'adaptent à la lumière. J'identifiais le décor : une forêt basique tout autour de nous. Je tournais la tête, j'étais seule. Étrange. Je ne savais pas chasser, je n'avais aucune idée de comment il fallait s'y prendre. Je n'avais pas d'armes. Mais j'avais soif et je ne pouvais pas rester comme ça. Je m'élançai dans les bois sans réfléchir. C'est alors que je m'aperçus de ma vitesse. Je n'apercevais pratiquement pas les arbres, le paysage changeait toutes les secondes. Je ralentis. Je n'étais pas essoufflée. Avant, j'aimais l'athlétisme, j'avais toujours été première de ma classe, devant les garçons. Maintenant, je surpassais le record du monde. Il fallait que je pense à proposer ma candidature aux Jeux Olympiques un de ces quatres. Toujours dans l'hypothèse que tout ceci était vrai.
J'entendis un léger rire. Il provenait de plusieurs kilomètres de moi au moins. Je soupçonnais Edward qui fourrageait dans mon esprit pour me surveiller. Mais qu'avais-je à craindre ? J'étais sûrement la créature la plus rapide du monde et je me sentais habitée d'une nouvelle force capable de terrasser des montagnes.
Au lieu de continuer à chercher à combler le vide en moi, je me lançai à la recherche d'Edward. Ce n'étais juste pour lui poser des questions, je me rendais compte que ça m'amusait. C'était un jeu. Je courus - le terme était bien faible - encore plus vite qu'avant, surpassant mes limites. Edward avait visiblement lui aussi envie de jouer car je le sentais tourner autour de moi mais assez loin cependant pour que je ne puisse mettre la main dessus. Il fit même bouger un arbre à un moment.
Je finis bien vite par me rendre compte que c'était impossible de jouer à cache-cache avec Edward, étant donné qu'il pouvait deviner toutes mes pensés. Je fus derrière pendant quelques centièmes de secondes avant qu'il ne s'éclipse. Bref, je lui annonçai ma défaite mentalement et son rire éclata, lointain.
Ma soif augmentait de plus en plus chaque secondes. Je me concentrai sur mon objectif. Je découvris alors un puma isolé. J'avançai lentement - trop pour moi car je m'étais déjà adaptée à ma nouvelle vitesse - et silencieusement jusqu'à ma proie. Malheureusement, à quelques mètres d'elle, je fis craquer une branche. Elle s'échappa et je la poursuivis en fulminant. J'étais beaucoup plus rapide qu'elle et la rattraper fut un jeu d'enfant. Je me ruai sur elle, le regard fou.
Je revins quelques heures plus tard - alors que je venais d'engloutir une demi-douzaine de pumas - au point de rendez-vous qu'Edward m'avait fixé. Il était passé me voir alors que je venais de terminer de manger un pauvre animal. Moi qui me croyais végétarienne, je fus déçue d'apprendre que la viande était aussi bonne. Je me sentais quand même coupable d'avoir englouti ces animaux sans aucun scrupule. Bref, quand j'arrivai, tout le monde était déjà là - je notai que Rosalie était également présente - et ils m'accueillirent avec un grand sourire. Il faisait nuit mais ma vue s'adaptait parfaitement bonne. Je percevais chaque détail bien qu'un voile mauve les recouvrait. J'eus peur qu'ils me bandent à nouveau les yeux alors je leur rendis leur sourire. Edward, qui avait deviné ce que je pensais, eut une moue moqueuse.
- Tu n'as plus soif ? s'assura Alice en s'approchant.
Je ne ressentais plus le vide, le besoin qui me rongeait tout à l'heure. Je jugeai que je m'étais suffisamment nourrie, pour une durée très limitée malheureusement. Demain devrais-je chasser ? Aucune idée. Je ne savais pas comment leur système - mon système désormais - de nourriture marchait. J'étais un vampire. Je ne savais pas si je devais sourire ou pleurer. Pour l'instant, un peu des deux. Je me sentais toujours incontrôlable mais moins qu'avant. J'étais très rapide, très forte aussi.
- Je ne pense pas, non, répondis-je.
Elle soupira de soulagement. Me prenaient-ils pour un monstre ? Alice était distante, sans parler des autres. Je n'avais pas encore fraternisé avec Rosalie, Emmett, Jasper et Carlisle. Presque pas avec Esmé, un peu avec Alice. Ce n'était sur Edward que j'aurais parié quand je m'étais réveillée, tout à l'heure. Justement, j'aurais pensé qu'il serait celui qui m'accepterait moins. J'avais même eus peur de lui au début. Il eut à nouveau cette moue légèrement moqueuse sur les lèvres, l'air de dire «vraiment?». Les autres avaient visiblement l'habitude que leur frère agisse cette manière puisqu'ils ne le regardèrent même pas. Tous les regards étaient d'ailleurs fixés sur moi et je me sentis légèrement gênée. Je grimaçais, je n'avais jamais aimé être le centre de l'attention. J'attendis que la chaleur me monte aux joues, rien ne se passa. Sûrement un truc vampirique essayai-je de me convaincre. Je me détournai quand Alice posa une main apaisante sur mon épaule.
- Nous partons, tu viens ? m'encouragea-t-elle en souriant.
Je lui rendis son sourire, sans exagérer. Alice dégageait une gentillesse et une confiance en elle déstabilisante. Je l'aimais déjà. Je pensai à essayer d'en apprendre plus sur elle dès ce soir. J'aurais tout mon temps puisqu'elle m'avait expliqué que les vampires ne dormaient pas. J'étais définitivement privée de rêves et de cauchemars jusqu'au restant de mes jours. Je grimaçai encore. La seule chose qui permettait de m'évader un peu - avec les livres - m'était désormais arrachée. Mais j'étais un vampire. Peut-être découvrirais-je d'autres choses qui remplaceraient mes rêves.
Nous arrivâmes à la voiture en quelques secondes à peine. J'emboîtai le pas à Alice, étant donné que je n'avais pas vu le chemin, à l'aller. Je m'assis de nouveau entre Edward et elle mais cette fois, ils ne m'agrippèrent pas les poignets. Durant tout le trajet, personne ne parla. Des milliers de questions me brûlaient les lèvres mais je les gardais toutes pour moi, ne me sentant pas à ma place. Rosalie n'était pas montée avec nous. Peut-être avait-elle décidé de courir. Edward acquiesça de la tête. Je lui jetai un regard assassin. Mes pensés n'étaient plus intimes, je n'aimais pas ça. Je mettrais un sacré bout de temps à m'y habituer.
Nous arrivâmes à la maison des Cullen que je pus enfin admirer. L'extérieur était moderne, la demeure était bâtie en rond, tournant autour d'un arbre. La façade était blanche tandis les fenêtres assis que la porte étaient peintes en rouge. J'aimais déjà cette maison. L'intérieur était encore plus éblouissant. Avant, pour moi, une maison de vampire équivalait à un donjon. Ici, tout était clair, coloré. Les murs étaient blancs, parsemés de tâches d'encre. Le salon aurait pu être une pièce d'un musée d'art moderne, avec ses statues et ses tableaux abstraits. Tout était disposé avec goût. Je me rappelais alors qu'Esmé m'avait dit qu'elle travaillait sur un projet architectural, la raison de notre première rencontre, d'ailleurs. Une immense bibliothèque recouvrait un mur entier. Je remarquai également un piano de grande marque. J'allais pouvoir continuer à exercer mes passions, même vampire. Je me demandais qui pouvait bien jouer du piano. Peut-être Carlisle ou Jasper.
- Content que ça te plaise, me murmura Edward. Toute la pièce a été décorée par Esmé, comme tu le soupçonnais. Et c'est moi qui joue du piano.
- Merveilleusement bien, d'ailleurs, fit Alice avec un grand sourire.
Je reconnaissais de la fierté dans la voix de sa s½ur. J'avais envie qu'Edward me montre son talent. Je le questionnai du regard, il haussa les épaules en se dirigeant vers le piano. Il s'assit et commença à jouer. La mélodie était magnifique, entrainante bien qu'elle fut douce. Les traits du vampire étaient dénués d'expression, il regardait le mur devant lui. Quand il eut finit, je l'applaudis.
- Je l'ai composé pour Esmé, m'expliqua-t-il.
Quand j'y repensais, les traits doux d'Esmé me firent penser à la mélodie douce d'Edward. Un certain respect passait au travers de la musique, quelques notes représentaient la sagesse. Esmé.
Edward avait fait là la plus belle chose qui pouvait qualifier sa mère. Une mère. Elle le regardait tendrement, comme une mère le ferait pour son enfant. La mienne ne m'avait jamais regardé comme ça. Elle n'avait d'yeux que pour Jamie ou Daniel. Jessica et moi nous côtoyons la place de secondaires. Enfin quelque chose que nous avions en commun. Je regardais Alice, Rosalie. Elles étaient fières de leur frère, surtout Alice. L'amour d'une s½ur. Je n'avais jamais connu ça, pas plus que l'amour d'un frère. Daniel m'avait toujours regardé de haut, toujours ignoré. Je baissai la tête pour ne pas pleurer. Je remarquais alors mes habits, souillés. Mon t-shirt des Rolling stones était tâché de sang et mon slim était déchiré à certain endroits, laissant entrevoir ma peau blanche. Je me rendis également compte que j'avais besoin d'une douche, rapidement.
- Tu montes un étage, première porte à droite, souffla Edward.
Je le remerciai mentalement avant de survoler les marches de l'escalier. Je me demandais si j'arriverais un jour à remarcher normalement. J'ouvrais la porte sur ma droite et découvrais une magnifique salle de bain. La pièce était de couleur beige, les serviettes et les carreaux recouvrant le sol et la baignoire aussi. C'était luxueux, cher. Des centaines de produits de douche longeaient la baignoire. Je les sentis un par à un. Je me déshabillais en faisant couler l'eau du bain. Je me retournai et me trouvai face à un miroir. J'échappais un hoquet de surprise. Je tâtai chaque partie de mon visage. Toutes les imperfections qui s'y trouvaient, acné ou tâches de rousseurs, avaient disparues. Mon visage avait perdu ses couleurs et mes traits étaient beaucoup mieux dessinés. C'était comme si j'avais subi une opération de chirurgie esthétique. J'avais désormais un visage parfait et je m'autorisais même à penser que j'étais belle. Bien sûr je n'arrivais pas à la cheville d'Esmé, d'Alice ou de Rosalie. Mes yeux autrefois verts avaient prit une couleur miel, or bien qu'une couleur cramoisie s'attardait autour de mes prunelles. J'arrêtai l'eau qui coulait dans la baignoire, pénétrant dedans. Comme je m'y attendais, je ne ressentis pas la chaleur, j'aurais très bien pu faire couler de l'eau à 90°, ça aurait été la même chose. Je me détendis, relâchai mes muscles. Je plongeais la tête sous l'eau. J'y restais longtemps, m'apercevant de ma capacité à pouvoir retenir ma respiration sous l'eau pendant de nombreuses minutes sans que j'en ressentisse le besoin. Je me décidai tout de même à remonter à la surface, aucunement essoufflée.

Je me mis à chantonner. Je fus heureuse de m'apercevoir que ma voix était la même. Je chantais une chanson que j'avais trouvée sur internet. Elle s'appelait Sarah, d'un groupe français, Kyo. Évidemment, avec mon pauvre accent américain, je déformai les paroles de la chanson. Je m'imaginais Amanda Cardain, riant à l'écoute de cette chanson. J'avais téléchargé tout l'album tellement j'aimais ce groupe. J'enchaînai avec Contact, une autre de l'album. J'attrapai un gel douche que j'appliquai sur mon corps puis un shampoing sur mes cheveux. Je ressortai de la salle de bain, les cheveux mouillés et une serviette me recouvrant. Je ne pouvais quand même pas descendre dans cette tenue, tout de même. J'appelais mentalement Edward et Rosalie apparut devant moi. Elle me jaugea un instant.
- Je dois avoir une robe qui devrait t'aller, fit-elle.
- Merci, soufflai-je.
Elle sourit. Je lui emboîtai le pas jusqu'à ce qui devait être sa chambre. Ses murs étaient peints en bleu et était meublée avec goût. Trois armoires imposantes longeaient un mur entier. Elle s'approcha de l'une d'elle et l'ouvrit. Elle me lança une robe blanche que je rattrapai avec une agilité qui m'était de plus en plus familière. Elle me gratifia d'une mine approbatrice avant de détourner le regard, pour que j'aie un peu d'intimité en enfilant le vêtement. Je me lançais dans une contemplation plus en détail de la pièce. Des vieilles affiches de films recouvraient les murs, des comédies romantiques essentiellement. Un vieux tourne-disque était posé sur une étagère, à côté une pile de quarante-cinq tours. Un écran de télévision était placé devant un canapé en cuir blanc, au centre de la pièce. Une coiffeuse était disposée dans un coin avec un nombre affolant de produits de beauté. Quand on la regardait, on pouvait bien se demander à quoi tout cela pouvait bien lui servir.
- Tu as une très jolie... je ne sais pas si le terme chambre conviendrait étant donné que tu ne dors pas ici, fis-je.
Elle rit en me désignant le canapé.
- Il fait lit aussi, rétorqua-t-elle.
- Je ne suis pas sure que tu le déplies souvent, malgré tout.
- C'est vrai. Et toi, tu as une très jolie voix.
Si j'avais été humaine, j'aurais rougis. Malheureusement, je ne parvenais pas à exprimer ma gêne. Je haussais donc les épaules.
- Merci, soufflai-je, tout de même flattée.
Elle s'assit sur le canapé, m'invitant à m'installer à ses côtés. Rosalie m'avait l'air très gentil, j'acceptai l'invitation en souriant.
- Alors tes premières impressions sur les vampires ? demanda-t-elle.

Je m'étonnai qu'elle aborde le terme «vampire» avec autant d'aisance.
- Hum... Vous n'êtes pas du tout comme je l'imaginais. Vous êtes des gentils vampires.
Elle s'esclaffa et en parut que plus magnifique.
- Tous les vampires ne sont pas comme nous, tu sais. Certains sont... n'ont pas fait les mêmes choix. Ils sont différents.
Je remarquai qu'elle choisissait bien ses mots. Il fallait qu'elle m'en parle mais sans en avouer trop. Je regrettais de ne pas posséder le don d'Edward.
- Quel est ton don ? demandai-je.
Elle baissa les yeux. Visiblement, j'avais posé une mauvaise question. Embarrassante ou blessante?
- Je n'en ai pas, souffla-t-elle.
Je restai muette. Elle avait éveillé ma curiosité.
- C'est possible, ça ? continuai-je.
- J'en suis la preuve, non ? Emmett n'en possède pas non plus, même chose pour Carlisle et Esmé. Tous les vampires ne sont pas dotés de facultés, Kim.
J'aurais juré que Carlisle possédait un don. Il était tellement... sage.
- Est-ce que j'en ai une ? Comment fait-on pour savoir ? Pourquoi ça arrive à certains vampires et pas à d'autres...
Elle éclata de rire. Je ressemblais à une enfant qui voulait apprendre. Je souris.
- Du calme ! Je veux bien te dévoiler des choses sur notre espèce mais faisons chaque chose l'une après l'autre. Tu ne t'es pas rendue compte de ce que tu as fait à Alice, dans la voiture ? C'est ça, ton don. La souffrance. On ne sait pas encore grand chose sur tes facultés, Kim, mais ce n'est pas moi qui pourrait t'aider sur ce sujet, plutôt Carlisle. Il semblerait que tu possèdes le même don qu'une Volturi. Elle se nomme Jane. Elle est très puissante à ce qu'il parait. Je ne pourrais pas t'aider, je ne l'ai jamais rencontrée, s'excusa-t-elle.
La souffrance était mon don... Je ne savais pas comment le prendre. Je savais que j'avais fait du mal à Alice tout à l'heure, involontairement. J'essayai de me souvenir ce qu'il s'était passé. J'étais en colère contre elle, sans savoir pourquoi d'ailleurs. Je l'avais regardé et elle s'était tordue de douleur. Je frissonnai en me rappelant la scène.
Rosalie lit dans mes yeux que j'étais profondément désolée. Elle rit.
- C'est une bonne chose que tu aies attaqué Alice.

En voyant mon regard affolé, elle ajouta :

- Cela nous a permis de nous renseigner sur ton don, et puis, il fallait bien que ça arrive à l'un d'entre nous, me rassura-t-elle, compatissante.
Cependant, je ne pouvais m'empêcher de regretter ce que j'avais fait. Même si c'était involontaire.
Rosalie se leva.
- Et si on allait chercher les réponses à tes questions ? proposa-t-elle, toujours aussi sympathique. Carlisle devrait mieux t'aider que moi.
Je lui emboîtais le pas. Peut-être allais-je pouvoir faire plus ample connaissance avec le reste de la famille Cullen. Nous les trouvâmes au salon, répartis dans trois canapés. Rosalie prit place aux côtés d'Emmett et je m'asseyais près d'Alice. La salle était plongée dans un silence profond. Je me demandais s'ils avaient de la conversation, étant donné que je ne les avais pratiquement jamais vus parler entre eux.
Carlisle changea de position et prit un instant pour me jauger.
- Que désires-tu savoir ? demanda-t-il avec un sourire encourageant, ses yeux remplis d'une patience et une sagesse dont j'avais du mal à mesurer l'ampleur.
J'aurais aimé lui répondre que je voulais tout savoir sur les vampires, «mais chaque chose en son temps» comme m'avait dit Rosalie. Je commençai donc par celle qui me trottait dans la tête depuis mon réveil :
- Es-ce que je pourrais revoir ma famille ? Mes amis ?

Carlisle eut un regard désolé et je sus immédiatement la réponse.
- Tu es un vampire trop jeune pour pouvoir les revoir pour le moment, m'apprit-il, grave. Tu ne rencontreras plus d'humains avant plusieurs mois, peut-être même quelques années, le temps que tu puisses reprendre un parfait contrôle de toi-même et de ta soif. Nous ne te privons pas de ta famille pour nous amuser, Kim et je sais combien ce sera douloureux pour toi de les laisser. Tu représentes un danger pour eux.
- Pourquoi ? questionnai-je, essayant de cacher mes émotions.

Tous les vampires présents adoucirent leurs traits.
- Tu pourrais les blesser, énonça Jasper à la place de Carlisle. Les nouveau-nés sont souvent incontrôlables et tu risquerais de regretter tes actes.

Je restais silencieuse un moment, laissant ces dernières paroles se graver dans mon cerveau. Je sentais qu'il y avait autre chose. Comme Rosalie, il choisissait ses mots. J'avais le droit de savoir, c'était ma vie.
- Qui sont les Volturi ? dis-je pour changer de sujet.
Le regard de Carlisle vrilla un instant sur Rosalie. Toute la famille me regardait, les sourcils froncés. La vampire blonde baissa les yeux.
- Une famille très puissante de vampires, expliqua Alice. Ils sont cinq. A eux, ils représentent la plus grande force vampire qu'il puisse exister. Ils sont tous dotés de dons. C'est également une famille très ancienne, datant de plus de trois mille ans, au moins. C'est une sorte de famille royale, si tu veux. Elle fait régner la paix dans le monde des vampires. Elle fait respecter nos lois.
Il y avait donc plusieurs familles de vampires. Des clans. Les Volturi faisaient surement parti de ceux qui devaient avoir fait des choix différents de ceux des Cullen, comme disait Rosalie. Mais quels étaient ces choix ? Devrais-je les respecter si je faisais partie de la famille ? D'autres questions vinrent s'ajouter à ma liste interminable. Il y avait également des lois. Que je devrais bien évidement appliqué si l'hypothèse que tout cela était vrai s'avérait vraie. J'avais envie d'être un vampire même si cela impliquait d'être privée de ma famille, de mes amis, de contacts avec les humains. Je penserais à Jack et Grace plus tard.
- Si un jour tu deviens suicidaire, c'est là-bas qu'il faudra que t'ailles, plaisanta Emmett.
Rosalie lui envoya son coude dans les côtes. Je compris qu'il était le moins sérieux de la bande, le blagueur. A première vue, la jeune femme sculpturale ne lui avait pas fait mal puisqu'il se mit à rire. Il passa un bras par dessus elle et la colla contre son torse. Même si elle se débattait, il ne la lâcha pas.
- Pourquoi ?
Tout le monde fusilla Emmett et Alice laissa échapper un «Bravo». Si j'avais pu, j'aurais ravalé ma question car visiblement, ça les mettait dans une position assez gênante.
- Laissez tomber. Ce n'est pas grave, fis-je avec un sourire.
- Non, c'est important que tu saches. Cela t'empêchera de faire des bêtises, dit Carlisle. Cependant, c'est toi, Emmett, qui lui expliquera.
Ce dernier grogna en rivant ses yeux sur moi. Je le regardai avec curiosité.
- Eh bien, débuta-t-il en soupirant, si tu vas provoquer les Volturi ou déranger la sérénité de la ville, Volterra, ils risqueraient de ne pas le laisser passer. Comme l'a dit Alice, ils ne cherchent pas la bagarre mais si elle est inévitable, ils n'hésiteraient pas à tuer. Donc, si tu es du genre suicidaire, tu sais où aller. Cependant, ça m'étonnerait que la famille reste là sans rien faire et je n'ai vraiment pas envie de me farcir un aller-retour pour l'Italie.
Je me rendis compte que le regard d'Emmett vrillait Edward. Le garçon fixait le vide, les traits tristes, deux diamants de douleur étaient ses yeux. Cela me fit un choc quand je repensai à sa mine amusée qu'il avait eut l'après-midi même. Il ne faisait pas attention à la discussion. Il fixait un point invisible qui retenait toute son attention. J'aurais voulu agiter une main devant son visage, le faire sortir de sa torpeur. Mais je savais que dans ces moments-là, on avait envie d'être seul et je me contentai de le regarder avec compassion sachant qu'il devait penser à la fille qu'il aimait. Mais je dus me détourné, embarrassée de regarder sa douleur.
- Ai-je vraiment un don ?

Je regardai l'assemblée. Emmett se tourna vers Carlisle. Il m'étudia une seconde et je compris qu'il allait me dire la vérité.
- Oui, il semblerait. Il est très puissant et ressemble beaucoup au pouvoir d'une Volturi. Son nom est Jane. Je l'ai brièvement connue pendant une petite tranche de ma vie. Elle est puissante. (Son regard se fit plus grave) Kim, tu peux torturer quelqu'un qu'avec le regard... J'ignore si tu prends conscience de l'ampleur désastreuse qu'a ton don. Alice en a encore des frissons, termina-t-il en regardant le petit lutin aux cheveux en pointes.
Je jetai un regard à cette dernière, un sentiment de culpabilité serrant mon c½ur silencieux.
- Essaie encore, Kim, fit Carlisle.
Ce n'était pas une demande, plutôt un ordre. Cependant, il n'avait pas monté le ton et gardait toujours cette sérénité miraculeuse. Je me mordis les lèvres. Je n'avais pas envie de faire mal à qui que ce soit dans cette pièce.
- Je ne sais pas comment ça marche, expliquai-je piteusement, tentant de me sortir de là.
Je n'avais pas menti. S'il suffisait seulement de fixer une personne, toutes les personnes qui se trouvaient dans cette pièce hurleraient à la mort. Car toutes les créatures autour de moi étaient intrigantes et je ne pouvais m'empêcher de les épier du regard. Chacun de leurs gestes me paraissaient surnaturels.
- Je ne peux pas t'aider sur ce point, Kim, s'excusa le patriarche de la famille. Mais, il faut que tu arrives à contrôler ton don, sinon ça fera des dégâts. Essaie au moins. Qui est volontaire ?
J'étais soulagée de ne pas à avoir à faire mal à ce dernier. Il dégageait une trop grande gentillesse pour que quiconque ai envie de le blesser. Emmett leva la main.
- Et c'est moi, la suicidaire... murmurais-je.
Tout le monde éclata de rire, même Edward bien qu'à nouveau, son rire me parut légèrement faible. Finalement, il écoutait un minimum.
- Bien envoyé, fit Rosalie en me gratifiant d'un sourire en coin.
Je me tournai vers Emmett qui m'envoya un regard assuré. Il enleva sa main de Rosalie et croisa les bras sur son imposant torse. Je haussai les épaules en me concentrant. Je sondais ses yeux pendant deux longues minutes. Je me détournai vainement. Esmé m'offrit un sourire encourageant et je me sentais déstabilisée d'être encore une fois le centre de l'attention. Les vampires s'étaient penchés en avant, observant avec attention la scène. Edward fronçait les sourcils, une moue indéchiffrable sur les lèvres.
Mes yeux traquèrent ceux d'Emmett. Il fallait que je lui fasse mal. Sauf que je ne le voulais pas. Voilà le truc. Il fallait que je le veule. Je fouillais dans ma mémoire, m'arrêtant à la scène où Alice se tordait de douleur. J'étais en colère, pour rien. C'était tombé sur elle. Il fallait que je me mette en colère. Avoir soif m'aurait sans doute aidé, je n'aurais pas dû me gaver ainsi d'autant de pumas. Plus périlleux, il fallait qu'Emmett me mette en rogne. J'eus envie d'éclater de rire en songeant à sa mine innocente et heureuse.
- Dis, Emmett, tu peux lui dire maintenant que pour ne pas laisser de preuves sur Kim, tu as assassiné tous les membres de sa famille un par un, lentement... fit Edward avec des accents séducteurs.
Il détourna le regard de moi pour interroger du regard son frère. J'en restais bouche-bée. Était-ce vrai ? Non, il n'aurait pas pu faire ça. Mais ça expliquait le fait que les Cullen ne voulaient pas que j'aille revoir ma famille. Ma vraie famille. Peut-être avait-il tué Jack et Grace par la même occasion.
Edward acquiesça de la tête et je me tournais vers Emmett en fulminant. Il me regardait, affolé. Affolé comme quelqu'un prit sur le fait.
- Comment as-tu pu ? hurlai-je en le fusillant du regard.
Il essaya de s'exprimer, n'en eut pas le temps. Il échappa un cri de douleur en se tortillant. Il agrippa ses bras, ses cuisses. Ses yeux étaient grand ouverts et on pouvait facilement lire qu'il souffrait. J'échappais un hoquet de surprise. J'avais réussi. Tout devint clair dans ma tête. Je n'y étais pas parvenue seule, Edward m'avait aidé. Il m'avait fait croire - en découvrant mes pensés - que son frère avait tué toute ma famille juste pour que je me mette en colère. Ca avait marché. Je m'étais fait avoir.
Je m'approchai d'Emmett qui se tordait de douleur en partant sur un éclat de rire. Le phénomène cessa au bout de quelques secondes. Le vampire soupira de soulagement en me fusillant du regard.
- Plus jamais ça, tu m'entends ? s'écria-t-il avant d'éclater de rire.
A première vue, ce fut contagieux puisque six autres rires se joignirent au sien. Je remarquai quand même qu'Emmett me regardait avec réticence. Si je continuais à faire souffrir toute la famille ainsi, je n'allais pas me faire des amis. Je m'excusais donc et son rire redoubla d'ardeur.
Je remerciai Edward mentalement et j'eus le droit à un discret hochement de tête.
- Au fait, pourquoi tu as raconté ces bêtises sur moi ? demanda Emmett à ce dernier.
Il resta de marbre.
- Il semblerait que le don de Kim fonctionne uniquement quand elle est en colère. J'étais obligé sinon on aurait pu attendre jusqu'au lever de soleil. Désolé.
Carlisle médita cette hypothèse. C'était une éventualité pour moi et j'étais heureuse de ne pas blesser les gens par un simple regard.
Esmé se leva, considérant que j'avais eu ma dose d'étrange pour ce soir.
- Voudrais-tu que je te montre ta chambre, Kim ?
Alice se leva d'un bond, tout excitée. J'avais une chambre. Ils m'avaient fait un peu de place dans cette maison magnifique. Je me serais bien contentée d'un placard à balais tellement j'aimais déjà cette maison. J'acceptai l'invitation et Alice me couvrit les yeux de ses mains.
J'eus une impression étrange de déjà-vu. Je soupirai.
- Je ne te ferais aucun mal, fis-je en riant.
Elle s'esclaffa mais continua à cacher mes yeux. Je tâtai les murs autour de moi, prenant peur de casser quelque chose je retirais mes mains. Quand elle se décida à me laisser regarder, je me trouvais face à une porte. Esmé et Alice m'encouragèrent à l'ouvrir. Je posai la main sur la poignée, aussi impatiente que mes deux voisines. Je poussai la porte. Je découvris une immense pièce entièrement blanche. Une grande fenêtre se trouvait face à moi. Les carreaux étaient embués et, comme une enfant, j'eus envie d'y dessiner. Alice me poussa à l'intérieur. Il n'y avait aucun meuble. Esmé arriva avec une pile de magasines d'intérieur et me les tendit. J'eus un mouvement de recul alors qu'Alice les saisissait et commençait à les étaler sur le sol. Elle en ouvrit un au hasard et balada son doigts sur les images représentant des bureaux, des étagères...
- Tu aimes ce canapé ? Si on peint ta chambre en gris, ça pourrait le faire, fit Alice.
Elle enchaînait les questions de ce genre et je me retrouvais bientôt perdue.
- Stop ! assénai-je.
Elle s'arrêta net et me fixa. Elle afficha une mine désolée. Je soupirais en fermant le magasine.
- Comment vois-tu ma chambre ? demandai-je.
Elle fronça les sourcils et croisa les bras.
- C'est moins drôle vu sous cet angle ! s'exclama-t-elle.
- Qui a dit que c'était amusant ?
- Bon. Tu aurais deux murs blancs et deux murs rouges. Une grande bibliothèque dans ce coin là - elle désigna un mur - et une sono ici - elle me montra un coin. Tu aurais un canapé en cuir pourpre au centre de la pièce et deux énormes armoires remplies de fringues là. Tu mettrais aussi des voilages blancs à ta fenêtre. Et peut-être une guitare ici.
Je soupirais de soulagement. Ma chambre me plaisait déjà. Je remerciais les visions d'Alice.
- Ca me convient, fis-je en souriant.
- Tu n'es vraiment pas drôle, tu sais ? souligna Alice en se relevant.
J'acquiesçai d'un hochement de tête et elle leva les yeux au ciel. Je remarquais que c'était le bon moment pour lui poser la question qui me trottait dans la tête. Nous étions seules - je ne savais pas où était passé Esmé - et j'étais sûre qu'elle me répondrait sans mentir.
- Dis, je peux te poser une question, Alice ?
Elle ne daigna pas me regarder mais j'eus le droit à un grognement. J'éclatai de rire.
- Pourquoi je ne peux pas voir ma famille ? demandai-je en reprenant mon sérieux.
Elle tourna la tête vers moi et me jaugea un instant. Elle prit une grande inspiration avant de répondre.
- Parce que pour eux, tu es... morte.

___

Merci une nouvelle fois à toi, Joanie :D
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# Posté le samedi 31 janvier 2009 13:06

Chapitre 3 # Anniversaire surprise.

Chapitre 3 # Anniversaire surprise.
Chapitre III

J'en restai muette. Alice s'efforça de m'expliquer, de me répéter qu'il n'y avait pas d'autre choix. Elle me raconta comment la soirée s'était terminée, comment Carlisle avait échangé mon corps à la morgue. Elle me décrit Grace en train de pleurer, hurlant que c'était impossible. Une immense douleur se propagea dans mon c½ur, tel un pieu qu'on enfonçait profondément à l'intérieur. Voilà, j'étais un vampire. Je devais oublier ma vie d'avant, car aucun retour en arrière n'était possible. Je n'allais quand même pas sortir de ma tombe, telle une miraculée, expliquant à ma famille, mes amis que j'étais ressuscitée. Un flot de haine m'envahit et je m'efforçai de ne pas regarder Alice. Elle continuait à parler bien que je ne l'écoutai pas. Les visages de Grace, Jamie, Jack défilaient dans mon esprit, insoutenables. Je ne les reverrais plus. Il fallait qu'ils disparaissent de ma vie, à jamais. Au moins, je les embêterais plus. Jack se trouverait une nouvelle copine - je déglutis - et Grace une nouvelle meilleure amie. Je songeai au visage d'ange d'Amanda Cardain. Oui, ils pouvaient vivre sans moi. Mais moi ? Quelle égoïste, bon sang ! Je sentis les larmes me monter aux yeux. Je les ravalai, les gardant pour plus tard, quand je serais seule. Là où Edward ne pourrait pas entendre mes pensées. Je me demandais en combien de temps je pouvais gagner le Mexique en courant. C'était puéril.
Alice me prit dans ses bras. Je me blottis contre son buste sans chercher à cacher ma peine. J'éclatai en larmes pendant qu'elle me caressait les cheveux.
- Je t'avais bien dit que tu me détesterais..., murmura-t-elle.
Je ris entre deux sanglots. Alice n'avait rien à se reprocher. J'apprécierais sûrement la compagnie des Cullen et qui sait, bientôt j'oublierais ma vie d'avant. Je hochai la tête d'un air désapprobateur; c'était impossible qu'ils disparaissent de ma mémoire. J'étais perdue. Devrais-je aimer être un vampire ou non ? Je ne me raccrochais plus à mon hypothèse comme quoi tout ceci était un rêve. J'y croyais, j'avais envie d'y croire même avec toutes les choses que ça impliquait. Alice m'offrait les gestes qu'une grande s½ur se devait de faire bien que la mienne ne m'avait jamais effleuré. Je m'accrochai de toutes mes forces à la probabilité qu'elle et Rosalie deviennent mes s½urs. De vraies s½urs. Qu'Emmett, Edward et Jasper deviennent mes frères et Carlisle et Esmé, mes parents. C'était ma famille désormais et je ne repoussais pas cette éventualité. Je l'acceptais à bras ouverts.
Alice me murmurait des paroles - que je ne comprenais pas tellement mes sanglots étaient bruyants - qui m'apaisèrent et bientôt je redevins silencieuse. Je me dégageai de son torse, apercevant avec frayeur une énorme tâche humide sur son T-shirt. Elle sourit en disparaissant pour réapparaître quelques secondes plus tard, changée. Je me relevai.
- Quel est le programme de demain ? demandai-je.
Elle haussa les épaules.
- Je pense que Carlisle va passer une bonne partie de la matinée à t'apprendre nos histoires aussi farfelues et vielles soient-elles. Nous sommes tous passés par là. Jasper retournera sûrement à l'université. Esmé ira chercher tes meubles en ville avec Edward. Je resterai avec toi, si tu veux, annonça-t-elle en souriant.
- Et Rosalie et Emmett ?
- Ces deux là sont instables. Demain, ils seront sûrement en France et la semaine prochaine au Japon. Edward partira sûrement aussi, il a besoin d'être seul.
Je grimaçai. Il était la personne que je connaissais un minimum dans la famille. Je n'avais pas envie qu'il parte tout de suite. Pourtant il en avait besoin. Je le comprenais, ça n'allait pas être un épisode facile à surmonter pour lui.
Alice ferma les yeux. Elle s'assit et posa les mains sur ses genoux. Elle croisa ses jambes en tailleur et ne bougea plus. Je la regardai, incrédule. Que faisait-elle ? Ses mains tremblaient légèrement et un sourire effleurait ses lèvres. Elle rouvrit les yeux, pétillants de malice.
- Toi, tu as une idée derrière la tête, soufflai-je.
Elle éclata de rire.
- Je suis tellement facile à déchiffrer ? Je devrais sûrement devenir mystérieuse et rester sans expression, fit-elle.
Je l'aidai à se relever bien qu'elle n'en eu pas besoin. Elle disparut dans l'embrassure de la porte, me laissant seule. Je m'approchais d'un mur, passant ma main sur la surface lisse et suivant du doigt une ligne invisible. J'aimais la sensation que cela me procurait. Je m'arrêtai quand j'arrivai à la fenêtre. Je m'y hissai et m'assis sur son rebord. Je posai ma tête contre les carreaux embués, répandant en moi une fraîcheur agréable. Là, je laissai aller mes pensées. J'éclatai en larmes de nouveau, sans aucune retenue.
-
Edward s'approcha d'Esmé et l'embrassa sur la joue. Elle le regardait d'un ½il bienveillant, approuvant sa décision. Il fit de même avec Carlisle qui avait passé une main derrière le dos de la jeune femme. Ses deux là étaient beaux à voir. On pouvait nettement lire dans leurs yeux l'amour qu'ils ressentaient l'un pour l'autre. Un amour solide, passionné.
Edward embrassa ainsi Alice, Jasper et s'arrêta devant moi. Je retenais mes larmes, serrant les lèvres. Je n'avais jamais aimé les séparations et l'étape des adieux était très dure. Bien entendu, je savais qu'il allait revenir vivant mais la tristesse que je pouvais lire dans ses yeux me déstabilisait. Il m'ébouriffa les cheveux en souriant légèrement. Son visage était plus heureux, pour une fois. J'en étais contente. Cela faisait bientôt deux jours qu'il était plongé dans ses réflexions. Cela faisait également trois jours que j'étais arrivée chez les Cullen, enfin trois jours où j'avais été consciente jour et nuit. J'aimais ne plus avoir à dormir, je pouvais ainsi profiter la compagnie de ma nouvelle famille à chaque seconde de la journée ou de la soirée. Comme l'avait prévu Alice, Rosalie et Emmett étaient partis le jour après mon arrivée. Je ne savais pas trop où mais Esmé les appelait tous les soirs. Ils ne devaient visiblement pas se soucier du prix de la communication car ils parlaient des heures. Je commençais à me faire une petite place dans la famille de vampires. Je m'entendais très bien avec Alice, qui avait insisté pour me faire une manucure et pour prendre mes mensurations. Malgré ses idées farfelues, je m'amusais vraiment. Elle aussi. Je l'adorais. Esmé me faisait partager ses goûts pour la littérature, nous échangions nos points de vue sur différents romans. Carlisle m'expliquait tout ce que je devais savoir sur les vampires. Jasper observait mon père pour moi et j'aimais jouer des parties d'échec avec lui.
Tous les jours, bien que ce ne fût pas obligatoire, j'allais chasser, plus pour être seule que pour me nourrir. J'apprenais à maitriser mon don sur les animaux et à me contrôler par la même occasion. Je n'avais donc jamais soif.
Cependant, Edward était différent des autres Cullen. Je ne savais pas ce qu'il avait en plus, je ne savais pas ce qu'il avait en moins. J'aimais l'écouter jouer du piano. Il jouait souvent une berceuse que je trouvais particulièrement magnifique. Je soupçonnais qu'elle lui faisait penser à Bella. J'aurais aimé la rencontrer, cette fille. La seule femme qui avait réussi à conquérir le c½ur du mystérieux Edward. Je l'aimais déjà.
Ce dernier m'offrit comme au restant de la famille un baiser sur la joue. Je lui enfonçai un portable dans le fond de sa poche de manteau en pensant à une pomme verte et mûre. Il rit et m'envoyant un regard qui signifiait qu'il appellerait. Il me prit la main un moment et se retourna. Il s'engouffra dans la volvo grise et bientôt, il ne fut qu'un minuscule point à l'horizon. Je soupirai en admirant le soleil couchant. Je ressentais toujours cette pointe de nostalgie quand la nuit remplaçait le jour. Je laissai couler une larme. J'avais un c½ur d'artichaut. J'avais pleuré au moins une dizaine de fois depuis mon arrivée chez les Cullen. Alice plaisantait en disant c'était parce que leur compagnie m'était insupportable. J'ouvris ma paume. Un bout de papier plié avec soin s'y trouvait. Je l'ouvris en découvrant une adresse écrite par Edward. Je souris au soleil qui disparaissait peu à peu. C'était sa nouvelle adresse. Je me promis de lui écrire le plus rapidement possible alors que je rangeais soigneusement le papier dans la poche du jeans de Rosalie. Celle-ci m'avait laissé quartier libre pour prendre les affaires que je souhaitais dans sa garde-robe. Alice avait été jalouse au début, n'arrêtant pas de me répéter qu'il n'y avait qu'à moi qu'elle avait offert une telle opportunité.
Nous n'étions plus que cinq dans la maison des Cullen. Je soupirai. Alice me prit par les épaules et m'entraîna jusqu'à sa chambre. La pièce de la jeune fille était intrigante. Meublée avec goût, comme toutes les pièces de la maison, elle était haute en couleur. Elle alluma son nouveau Mac et m'installa devant. Elle attrapa un rocking-chair et s'assit à mes côtés alors que l'ordinateur affichait la page d'accueil du moteur de recherche.
- Je t'ai déjà raconté ce qu'il s'était passé l'année dernière avec James - elle prononça ce nom avec une haine qui me fit frissonner -, quand Bella était partie le voir seule. Voilà, j'ai décidé un truc cette nuit. Je voudrais savoir qui j'étais avant d'être ça - elle désigna son corps.
J'acquiesçai en souriant. Je trouvais que c'était une excellente idée. Elle m'expliqua qu'elle avait déjà cherché le nom de son asile et je le tapai sur la barre de recherche. Je fouillai dans les archives à la recherche d'Alice. Malheureusement, il fallait un code pour y accéder. Je me tournais vers sa chaise - vide - et me relevai, pour lui annoncer la nouvelle. Je la trouvais dans le salon, lisant un magasine de mode.
- 8L TYPE 3216, annonça-t-elle sans lever les yeux de sa lecture.
Je croisai les bras sur ma poitrine sans rien ajouter. Je retournai m'asseoir sur le rocking-chair d'Alice, tapant avec excitation le code qu'elle m'avait indiqué. Comme je m'y attendais, la fenêtre s'ouvrit et plusieurs noms défilèrent sous mes yeux. Je sélectionnais les 'Alice' et soupirai en tombant sur plus de trois-cents réponses. Je regardais les photos de chacune d'elles et au bout d'une bonne dizaine de minutes, trouvai ma Alice. A l'époque, elle possédait de longs cheveux châtains et de petites tâches de rousseurs recouvraient ses joues. Son nom était Mary Alice Brandon et résidait à Boloxi, dans le Mississippi. Elle avait été admise à l'internat en 1920 alors qu'elle avait 19 ans. Alice avait donc 104 ans. Je soupirai. Je parcourais son dossier.
Il y avait marqué qu'elle avait reconnut elle-même avoir des visions et qu'au lieu de prendre compte de ses capacités, on l'avait considéré comme folle. Alice avait donc eu des visions dès sa naissance et le phénomène n'était pas arrivé que depuis sa transformation en vampire comme Edward, Jasper et moi.
Je sursautai en me rendant compte qu'elle lisait par-dessus mon épaule. Ses sourcils étaient froncés et je décidai de m'éclipser pour la laisser seule avec... elle.
Je regagnai ma chambre meublée. Je me sentais chez moi à l'intérieur, tout comme dans toutes les pièces de la maison. La présence d'une cuisine m'avait fait rire et Esmé m'avait dit qu'il valait mieux jouer le jeu à fond pour ne pas être soupçonné. Elle me rappela qu'aucun humain ne pouvait vivre sans cuisine. J'allumai mon ordinateur et me branchai sur facebook.
C'était le seul moyen qu'il me restait pour pouvoir suivre à distance mes amis. Ils avaient laissé mon compte ouvert alors je me connectais donc sous mon ancien nom : Kim Dickson.
Je consultais le profil de Jessica en premier. Il n'y avait aucune trace de mon décès dessus. Elle avait posté de nouvelles photos représentant ses amies et elles lors d'une soirée. De toute façon avec elle, il ne fallait pas s'attendre à grand chose. Une fenêtre de conversation s'ouvrit. Je me mis à frissonner en découvrant mon interlocuteur : Jack.
- C qui ? demanda-t-il.
Je cherchais rapidement une solution. Je n'allais tout de même pas répondre : c'est Kim. Je t'annonce que je suis toujours en vie mais que j'ai été transformée en vampire, bisous !
- C'est la mère de Kim, tapai-je, les doigts tremblants.
Il laissa passer une bonne minute alors que je commençais à me ronger les ongles qui avaient déjà repoussés depuis l'incident.
- Ah, ok. Toutes mes condoléances.
Ce mot me fit frémir. Pour lui, j'étais morte. Définitivement.
- Merci. Kim t'aimait beaucoup, tu sais.
- Moi aussi. Elle me manque terriblement.
Une larme roula sur ma joue alors que je fermais la conversation. Jack... Savoir qu'il pensait toujours à moi, qu'il m'aimait toujours, que je lui manquais m'emplie de tristesse. Avant, je pouvais me mentir, me dire que tout était fini, qu'il m'avait remplacé. Une image s'imposa à moi, celle de mon petit ami qui souriait, les yeux pétillants de joie. Non, j'avais été bête de croire qu'un garçon comme lui, un garçon qui m'aimait vraiment, pouvait si vite tourner la page. Je me roulai en boule sur ma chaise. Je jetai un regard à mon écran, son profil s'afficha. La photo de représentait lui et moi, main dans la main, riant. Une mèche auburn lui barrait le front, lui tombant devant les yeux. Je me souvenais où l'on avait prit cette photo. C'était à Seattle, lors de la sortie avec toutes les classes de Seconde. Grace nous avait photographiés alors que nous nous promenions dans un parc. Évidemment, il pleuvait ce jour là.
Je m'aperçus que Jack avait posté un nouvel article. Je regardais la photo en frissonnant. Elle représentait une tombe. Pas n'importe quelle tombe, la mienne. Je pouvais lire les inscriptions Kimberley Johanna Dickson, 1989-2005. Je cliquais dessus avec réticence et commençais à lire.
Kim,
Voilà bientôt une semaine que tu m'as laissé. Une semaine que tu as emporté mon c½ur avec toi. Tu sais, c'est seulement maintenant que je me rends compte de la chance que j'ai eu de rencontrer une fille comme toi, de me faire aimer par toi. Pourquoi es-tu partie si vite ? Pourquoi m'as-tu laissé comme ça ? J'aurais aimé un signe pour que je puisse me préparer à cette séparation. Malheureusement, tu n'as rien laissé et la douleur me tue un peu plus chaque jour. Tu sais bien que je n'ai jamais cru à ces idioties sur le paradis et l'enfer, pourtant je suis sûr qu'on t'a réservé une place merveille là où tu es, que tu es heureuse. Seulement le savoir m'aiderait à surmonter cette épreuve. Je ne t'ai pas assez aimé, pas assez respecté. Si tu savais combien j'aimerais me rattraper, je voudrais qu'on recommence tout à zéro. Mais c'est impossible. Depuis ce soir où ta voix s'est gravée à jamais dans mon esprit, ce soir où tu as perdu la vie. J'aurais tant aimé pouvoir faire mal à celui qui t'as fait ça. Malheureusement, je n'étais pas là. Je croyais que tu étais partie et je suis allé à ta recherche. J'ai tourné pendant près d'une demie heure, je suis même allé voir chez toi. Tu n'étais nulle part. Et quand je suis revenu au pub et que le barman m'a apprit ce qu'il s'était passé, j'ai cru que j'allais exploser. J'ai couru jusqu'à l'hôpital mais tout ce que j'ai pu voir c'est ton corps inerte recouvert d'un drap. On t'a emmené, arrachée à moi. Je continuerai à t'aimer malgré tout. J'essaie de vivre sans toi, malheureusement c'est impossible. Je me contente de survivre. Tu es dans toutes mes pensés.
Je t'aime.

Je me mis à sangloter. Non, Jack avait toujours été parfait, il n'avait rien à se reprocher. Oui, là où j'étais, j'étais heureuse mais sans lui le monde perdait des couleurs. Mon univers devenait encore plus monotone que le précédant malgré l'existence des Cullen. Ma seule réjouissance dans ce monde. Mon dernier point d'accroche, ma dernière chance. Je rouvris la discussion que j'avais partagé avec lui il y a encore quelques secondes et je tapai les mains tremblantes.
- C'est vraiment magnifique l'article que tu as écris.
Il répondit immédiatement.
- Merci. J'aimais votre fille, vous savez. Je l'aime encore d'ailleurs. Je donnerais tout pour pouvoir passer encore quelques secondes avec elle.
Je sanglotais de plus belle. J'aurais voulu lui hurler que c'était possible, lui avouer que j'étais encore vivante, lui dire ce que j'étais devenue à présent. Mais Carlisle m'avait clairement expliqué les lois et je n'avais franchement pas envie de me confronter à une bande de vampires prêt à me tuer. Aucun humain ne devait avoir connaissance de notre existence. Pourtant, Edward avait désobéit. Je réfléchis une seconde, j'allais tout lui dire quand Alice pénétra en trombe dans la chambre.
- Tu fais ça et tu es morte ! s'écria-t-elle en fermant la fenêtre de conversation.
Je croisai les bras contre mon torse, calme.
- Tu m'as vu le faire ? demandai-je.
Elle ne répondit pas, sachant que si elle répondait par l'affirmative, je n'allais pas hésiter à tout lui avouer. Mais j'avais peur qu'il me prenne pour une folle, pire, qu'il prenne ma mère pour une folle. Car c'était à lui qu'il croyait parler en ce moment et pas à moi. Elle se tut donc et remarqua mes larmes.
Elle s'accroupit et me serra contre elle.
- Qu'es-ce qu'il se passe ? murmura-t-elle.
Elle m'attrapa par la main et me guida jusqu'au canapé où je m'écroulai avec un énorme bruit. Je posai ma tête contre son épaule, faisant bien attention à ne pas tâcher ses vêtements. Je lui racontais tout sur Jack, tout sur ma vie d'avant, sur Grace, la fille qu'elle considérait comme trop bavarde. J'eus l'impression de discuter pendant des heures mais cela ne sembla pas la déranger, elle m'écoutait sans rien dire, hochant la tête parfois ou fronçant les sourcils. Je me félicitai, quand j'eus terminé, d'avoir réussi à ne pas pleurer. Alice avait l'habitude de mes pleurs, maintenant.
A son tour, elle me raconta ce qu'elle avait apprit sur Mary Alice Brandon. Je l'écoutai avec autant d'attention qu'elle en avait eue pour moi, ne la coupant pas. J'eus un mouvement de recul quand elle m'annonça que demain matin elle passerait à l'asile où elle avait été enfermée, pour y chercher des réponses et d'autres renseignements sur elle. Elle allait me laisser. Je le savais, Carlisle avait été clair sur ce point : pas de contact avec des humains pendant plusieurs mois. Je soupirai, demain serait un jour bien calme sans Alice. Jasper partirait à l'université, Carlisle aussi et j'aurais le droit à de nouveaux renseignement sur mon père le soir. Esmé resterait avec moi et nous parlerions surement littérature comme d'habitude. Malgré qu'elle me l'ait demandé, je n'arrivais pas à l'appeler 'maman'. Pour moi, ce surnom était déjà attribué à une personne. Même si j'aurais voulu qu'Esmé soit ma vraie mère, je ne pouvais renier mes origines.
- D'accord, surtout, ne m'épargne aucun détail quand tu rentres ! m'exclamai-je en souriant.
Elle se mit à rire et j'eus bientôt oublié ma vie d'humaine et tout ce que ça impliquait. J'étais un vampire, pour l'éternité. Je l'acceptais désormais.
-
Edward,
Sans ta présence la maison me paraît bien vide. Évidemment, Alice n'hésite pas à combler un peu ton départ comme elle sait si bien le faire.
J'apprends à utiliser mon pouvoir correctement et je n'ai même plus besoin d'être en colère pour qu'il fonctionne. Il faut seulement que je le veuille et que je fixe quelqu'un avec insistance. J'attends le retour d'Emmett avec impatience pour pouvoir m'exercer, je suis sûre qu'il se porterait de nouveau volontaire.
J'utilise beaucoup ton piano depuis ton départ, tu ne m'en veux pas j'espère ? Tu sais à quel point j'aime la musique. Esmé m'a donné tes partitions et je joue souvent celle que tu jouais avant. C'est une très jolie mélodie.
Alice est partie à la recherche de son passé, comme elle dit. Elle a retrouvé l'asile dans laquelle elle était et connait son vrai nom, maintenant. C'est Mary Alice Brandon. Nous connaissons aussi sa vraie date de naissance, elle est née en 1901. Est-elle plus vieille que toi où tu continueras à t'entêter à ne pas vouloir me répondre, grand-père. Je pense qu'elle t'expliquera ça à ton retour. Je ne veux pas lui gâcher son plaisir. Au fait, quand as-tu prévu de revenir nous voir ? Tu n'as pas appelé depuis ton départ, serais-tu mort ? De peur à l'idée de me revoir, sûrement.
Je continue à chasser tous les jours, Carlisle l'exige. Il dit qu'il ne vaut mieux pas prendre de risques et que même si j'étais une nouvelle-née raisonnable, je continuerai à appliquer cette méthode pendant plusieurs mois encore. Tous les soirs j'ai le droit à ma petite leçon sur les vampires. Hier, il m'a raconté sa vie d'humain et son séjour en Italie. C'était très intéressant.
Jasper et Carlisle continuent à me donner des informations sur mon père. Il semblerait qu'il soit de très mauvais poil en ce moment et qu'il était vraiment très affecté par ma mort. Enfin bref, tu vois ce que je veux dire. J'ai vu ma tombe en photo. Je me demande bien qui y est enfermé. En tous cas, tout le monde a l'air de croire dur comme fer à ma mort. Je ne sais pas comment je dois le prendre. Je me doute que ma s½ur, Jessica, doit être en train de fêter mon départ avec ses pseudos-amies. Bref, je n'aime pas parler de ma mort tout simplement parce que je ne suis pas morte.
Rosalie et Emmett ne sont toujours pas de retour, et d'après Alice ils ne reviendront pas de si tôt. Ils vous laissent souvent comme ça ? La prochaine fois, je leur demanderai de m'emmener, j'aimerais bien voyager. Eh oui, je n'ai jamais dépassé la frontière américaine.
J'aime ta famille. Chaque personne qui se trouve dans cette maison remplace les membres de mon ancienne famille, en mieux. Évidemment, cela ne m'empêche pas de continuer à aimer les Dickson mais je préfère les Cullen. Ce n'est pas la peine pour prendre la grosse tête, mon cher Edward.
Voilà maintenant deux semaines entières que je suis arrivée chez vous. Ne te dis pas que je compte les jours parce que je m'embête ici. C'est archi-faux. Il y a toujours quelque chose à faire dans cette maison. Tiens l'autre jour, nous avons fait une pizza avec Esmé. J'ai beaucoup rit en découvrant son air dégoûté. Ca ne m'a rien fait, c'est surement parce que j'ai été trop habituée à cette nourriture et que j'en ai encore un souvenir récent. Bien sûr, nous ne la mangerons pas. Pour tout dire, songer à ça dans mon ventre ne m'enchante pas. Mon statut de végétarienne est bien vite partit se terrer dans un coin de ma mémoire. Je me sens vraiment coupable d'aimer autant les pumas. Je sais que tu riras sûrement en lisant ces phrases à moins que tu ne continues à rester dans ta tristesse et à jouer le cliché par excellence.
Dis-moi, arrives-tu à lire dans mes pensés là où tu es ? Je suis sure que tu es parti te terrer dans la forêt amazonienne, il n'y a pas beaucoup de coins sans soleil en Amérique du sud.
Pense à répondre et à sourire.
Tendrement,
Kim Cullen.

J'avais hésité à rajouter ce nom de famille mais je savais que ça ferait sûrement plaisir à Edward. Enfin, encore plus à Esmé. Pour dire la vérité, ça ne me dérangeait pas de signer comme ça. Mais je trouvais que Kim Cullen ne sonnait pas très bien. Kim Dickson non plus après tout.
Je m'enfonçai dans mon rocking-chair. Voilà, le grand jour était arrivé. J'avais seize ans. Enfin. J'essayai de m'imaginer la fête que Grace aurait organisée pour moi. Aujourd'hui, elle serait plutôt transformée en cérémonie funèbre. Je soupirai.
Je me levai de mon siège pour rejoindre mon coin préféré, le rebord de la fenêtre. Je contemplai le soleil se lever peu à peu, envoyant des lumières colorées et chaudes. Ca allait être une journée comme les autres. Non, je n'en avais pas parlé aux Cullen, de peur de la réaction d'Alice. Même si j'aimais les fêtes, je n'avais pas besoin que toute l'Amérique soit présente pour mes seize ans. Maintenant, je pouvais avoir mon permis, conduire une voiture rapide. Un sourire étira mes lèvres alors qu'Alice entrait en trombe dans la chambre. Elle s'arrêta un moment - pour vérifier que je ne pleurais pas, sûrement - et s'approcha de moi.
- Tes vêtements sont arrivés ! s'écria-t-elle en souriant d'excitation.
Je sautai habilement du rebord et suivit Alice en courant. J'étais tout aussi excitée qu'elle, j'en avais franchement marre de prendre les fringues de Rosalie. Nous nous rendîmes dans le salon où Esmé nous attendait avec trois énormes cartons dans les mains. Les porter ne lui parraissait d'aucune difficulté et, encore aujourd'hui, je m'étonnais de la force d'un vampire.
Alice et moi avions regardé tous les magazines de fringues pour jeunes et les avions commandés sur Internet. Au début, j'avais refusé en voyant le prix des vêtements et puis toute la famille m'avait tellement supplié que j'avais cédé, avec le sourire. J'avais choisi entièrement ma nouvelle garde-robe, Alice insistant parfois pour une robe ou un pantalon. Comme elle avait très bon goût, je n'avais critiqué aucun de ses choix, rectifiant parfois la couleur car elle portait toujours des choses assez osées et j'étais plutôt du genre discret.
Je déballai les cartons en m'émerveillant sur chaque tenue, bien que je les connusse déjà. Je choisis de porter une robe bleue aujourd'hui, en raison de l'évènement que je célébrais intérieurement. Quand je revins de la salle de bain, Alice avait déjà tout rangé dans les placards et je la remerciai d'un hochement de tête.
Elle insista pour me coiffer puis pour m'appliquer du verni à ongles transparent sur chacun de mes ongles. Évidemment, elle ne recula pas devant une légère touche de maquillage et je ressortis de ma chambre comme une fleur. Esmé me fit un compliment alors que je rougissais intérieurement.
La sonnette retentit. Je me tournai vers la porte, incrédule. Nous n'avions pas l'habitude de recevoir de la visite étant donné les ordres de Carlisle. Alice et Esmé échangèrent un regard.
- Vite! Monte dans ta chambre, c'est un humain ! s'écria cette dernière.
J'obéis et survolai littéralement les marches de l'escalier pour ensuite m'enfermer à double tour dans ma chambre, m'écrouler de frayeur sur le canapé. J'entendis la porte s'ouvrir puis des voix. Je frissonnai. Il fallait que je fasse abstraction de tout ça, que j'oublie où j'étais. Je mettais en péril la vie de l'inconnu qui se trouvait en bas, sans qu'il n'en sache rien. J'allumai mon ordinateur, les mains tremblantes. Je me connectais à Facebook et consultai les actualités de mon profil. Je restai ébahie en découvrant les messages où l'on me souhaitait mon anniversaire. Je soupirai de soulagement en voyant qu'aucun de mes contacts n'étaient connectés. Je traînassai sur Internet pendant plus de dix minutes, me demandant ce qu'ils pouvaient bien faire, en bas. J'eus une soudaine envie d'aller voir. Je chassais alors cette idée, me rappelant des ordres sans appels de Carlisle.
Alice frappa à ma porte en me hurlant d'ouvrir. Ca devait lui faire bizarre de ne pas pouvoir entrer comme elle le voulait comme elle avait l'habitude de faire. Ma chambre était devenue un moulin. Je lui ouvris et tombai sur une Alice aux traits remplis d'excitation.
- Quoi, on a encore livré des fringues ? demandai-je en fronçant les sourcils.
Elle éclata de rire avant de me guider vers le salon. Alors que je passais tout juste la porte, je découvris avec incrédulité toute la famille Cullen qui m'y attendait.
- Surprise ! crièrent-ils alors que j'éclatais de rire.
Je serrai Rosalie dans mes bras alors qu'elle me souhaitait un bon anniversaire. Je remarquai que la salle avait été entièrement changée et que des ballons pendaient un peu partout. Une grande banderole 'Joyeux anniversaire' avait été placardée au mur et je m'émerveillai devant la pile de cadeau qui était posée sur le piano. J'accordai une accolade à Emmett et il m'en tapa cinq. Je passai à Edward qui me regardait, les yeux brillant de malice. Il me souhaitait lui aussi un bon anniversaire alors que je commençais à le bombarder de questions sur l'Amérique du sud. Il m'intima le silence en collant sa main sur ma bouche. Je remerciai tout le monde et gratifiait Alice d'un regard massacreur mais je prenais bien la précaution de ne pas penser à la blesser.
Rosalie et Emmett nous racontèrent leur voyage en Russie. J'écoutai avec attention, complètement comblée. J'étais heureuse d'être là, au milieu des Cullen. Au milieu de ma famille. Edward m'envoya un sourire. Il n'avait plus l'air triste comme lorsqu'il nous avait quitté. Peut-être les choses s'étaient-elles arrangées, peut-être était-il partit la rejoindre. Je n'essayai de ne pas y penser pour que son moral ne retombe pas. Surveiller ses pensés était quelque chose de très déplaisant, l'endroit où vous pouviez penser tout ce que vous voulez en silence était maintenant envahi par quelqu'un. C'était comme une violation d'intimité.
Alice expliqua son histoire quand elle était humaine. Elle nous décrit sa famille, son asile. Bien que je sache déjà tout ça, j'y portais une réelle attention. Pas une fois Edward ne fit une remarque et pas une fois on ne lui posa des questions sur son voyage en Amérique du sud.
J'avais l'intention de t'écrire une carte, ton arrivée a tout gâché ! lui lançai-je mentalement.
Il étouffa un rire. En tournant légèrement sa tête vers la porte, un geste qui devait signifier 'Je peux repartir si tu veux' . Je hochai doucement la tête en signe de négation avant de lui demander pour combien de temps il resterait avec nous. Il me montra discrètement deux doigts, imitant le signe 'Peace & love' .
Jours ?
Ses yeux se tournèrent vers la droite puis revinrent vers la gauche. Je soupirais de soulagement, il allait rester plus longtemps que deux jours. Ou peut-être seulement deux heures...
Années ? Oh, quelle gentillesse, Ed !
Il étouffa de nouveau un rire. J'aimais cette façon de correspondre, et je savais qu'avec un peu plus d'entraînement nous parviendront à faire cela sans se faire remarquer. Peut-être le faisait-il en ce moment là avec un autre membre de la famille Cullen. Depuis le temps, ceux-ci devraient y être habitués.
Alice se leva en sautillant. Elle me fit me lever à mon tour et m'entraîna jusqu'à ma pile de cadeau posée sur le piano. Je me tournai vers tous les visages des Cullen qui me scrutaient avec intensité. Je flanchai alors que je focalisais mon attention sur celui d'Emmett avec son sourire avenant et ses yeux pétillant d'excitation. Il détourna la tête en rigolant quand il remarquait que je le fixais.
- Ne fais pas ça, c'est ni l'endroit, ni le moment ! souffla-t-il avec une voix qu'il voulait terrifiée.
Il enfonça son visage dans l'épaule de Rosalie et celle-ci le repoussa d'un coup. Il fit mine de pleurer en murmurant un 'Personne ne m'aime'. Nous éclatâmes de rire alors que la belle déesse blonde l'attirait contre lui. Il sourit comme un enfant en se blottissant contre elle. Je levai les yeux au ciel en reportant mon attention sur la pile de cadeaux.
- Merci, soufflai-je en ne trouvant rien de mieux à dire.
Alice repartit s'assoir en levant ses pouces en l'air. Je m'attaquais à un petit paquet avec un emballage noir. Je l'ouvris avec excitation pour découvrir un collier en forme de c½ur. Je passais le pendentif de main en main avant d'essuyer une larme qui roulait sur ma joue. C'était le collier que Jack m'avait offert pour la Saint-Valentin et je remerciai Alice d'un regard. Évidemment, c'était elle l'auteur de ce présent puisqu'il n'y avait qu'à elle que j'avais parlé de Jack et elle souriait. Je l'accrochai à mon cou en allant l'embrasser.
Je saisis un nouveau paquet. Il était marqué au nom d'Edward mais je n'eus même pas besoin de lire car je reconnus instantanément sa belle écriture penchée. Je déchirais l'emballage avec avidité et découvrait un iPod. Pas mon ancien digne d'une cabine téléphonique*, le nouveau modèle*. Je n'imaginais même pas le prix et lui sautai au coup.
- Oh, merci, merci, merci ! m'écriai-je.
Alice lui jeta un regard noir en se tapant le front, l'air de dire 'Pourquoi n'y avais-je pas pensé ?' . En riant, il me renvoya ouvrir mes autres cadeaux. Je laissai le lecteur en évidence, ne parvenant pas à en détacher mon regard. Je saisissais un étui à guitare et l'ouvrait avec excitation. Une jolie guitare classique beige * s'y trouvait. Je passai mes doigts sur les cordes alors qu'un son familier en sortit.
- Qui en est l'auteur ? demandai-je en souriant.
Jasper leva la main et je me précipitai vers lui en le remerciant. Il rit avant de me donner une accolade. Je refermais l'étui de ma nouvelle guitare et attaquai férocement un autre cadeau emballé. Je découvris une élégante robe rouge * pliée avec soin dans un paquet. Je remarquai qu'elle était signée par un grand créateur et qu'elle était faite sur mesure. Je comprenais maintenant pourquoi Alice avait insisté à prendre mes mensurations. Je tournai la tête vers les Cullen et envoyai un énorme sourire à Rosalie.
- Comment tu la trouves ? demanda-t-elle.
Je ne trouvais pas de mot qui convenait. Comme disait ma soeur, super-méga-géniale-de-la-mort-qui-tue.
- Magnifique, à part si tu trouves un mot encore plus génial, répondis-je.
Elle éclata de son petit rire gêné avant de détourner le regard. Je me promis de l'essayer plus tard. Je saisis un autre paquet, commençant à me dire que j'étais beaucoup trop gâtée. Le cadeau était minuscule, il tenait dans ma main. Je l'ouvrais et découvrais une clef. Pas n'importe quelle clef, cependant. Une clef de voiture avec un bipeur. J'enfonçai mon point dans ma gorge pour m'empêcher de crier. J'appuyai sur le bipeur et l'effet désiré se produisit : un petit claquement retentit. Je me ruai dehors sous les rires de toute la famille. Je découvris alors une lamborghini noire sport * entourée d'un ruban rouge. Je m'approchai au ralenti, les yeux gros comme des oranges.
Emmett se matérialisa à mes côtés, m'arrachant les clefs des mains.
- Pour quand tu sauras conduire. Carlisle me tuerais, sinon. Elle te plaît ? demanda-t-il.
Je ris. A qui cette merveilleuse voiture ne plairait-elle pas ? Bien que je ne savais pas conduire, j'eus une envie irrésistible de me glisser derrière le volant, d'entendre le moteur vrombir. Je frissonnais de bonheur en embrassant Emmett sur la joue.
- Merci, merci ! m'écriai-je alors qu'il m'en tapait cinq.
Je passai ma main sur le capot lisse de la voiture en me répétant que c'était la mienne. Alice apparut et regarda la merveille d'un air jaloux.
- Tant que tu ne sauras pas conduire, je m'en occuperai ! s'exclama-t-elle.
- C'est sa voiture, quand même, lui rappela Emmett.
Je soupirai en entendant cette phrase. Ma voiture. Je tirai la langue à Alice, comme une enfant. Elle me renvoya une mine dégoutée alors que toute la famille apparut sur le pas de la porte. Il y eu des hoquets de fureur puis des commentaires.
- Qui veut faire un tour ? demanda Edward en dévalant les marches.
Il s'installa au volant et moi à l'avant sur le siège passager alors qu'Emmett, Alice et Rosalie se faisait une place à l'arrière. J'insistai pour laisser Jasper monter à ma place mais il m'assura qu'il aurait bientôt l'occasion d'y monter. Je soupirai en bouclant ma ceinture. Heureusement que je l'eus fait d'ailleurs parce que qu'Edward démarra la voiture en trombe. Je me laissai aller sur les sièges en cuir, regardant la route défiler à une vitesse exubérante sous mes yeux. Mon voisin ne quitta pas le parbrise des yeux une seconde, un sourire béat barrant ses lèvres.
- Elle est super ! s'écria-t-il alors qu'il accélérait encore.
Les passagers à l'arrière approuvèrent en éclatant de rire. J'ouvris ma fenêtre et laissai l'air froid s'infiltrer dans la voiture. Mes cheveux volaient en tous sens et je passai ma main à l'extérieur en fermant les yeux. Je me sentais libre, heureuse. Je me tournai vers les Cullen voyageant à l'arrière.
- Sachez que je suis contente de tous mes cadeaux et pas spécialement plus de celui d'Emmett. Vous êtes tous géniaux et c'est limite si je peux accepter tout ça. Je sais que vous avez dû dépenser des millions de dollars pour tout ça et je vous en remercie du fond du c½ur. Mais ce ne sont pas des cadeaux comme ça qui changeront mes sentiments envers vous. Je vous aime tous et je suis contente d'être ici; contente d'être une Cullen ! m'écriai-je.
Ils m'accordèrent un sourire et Alice hurla par sa fenêtre ouverte. Edward alluma la radio et zappa avant de s'arrêter sur la nouvelle chanson d'Avril Lavigne, Take me away. Évidemment, je connaissais les paroles et je dus faire un effort colossal pour ne pas me mettre à chanter. Je secouais la tête au rythme de la musique, chantant en play-back. Mais ce fut plus fort que moi quand arriva le refrain, je me mis à chanter. Edward tourna la tête vers moi avec un regard impressionné puis reporta son attention sur la route. Les passagers à l'arrière me complimentèrent et je savais que, si j'avais pu, j'aurais rougis. Je me sentais bien, rien ne pouvait m'arriver...
Quelque chose frappa la voiture de plein fouet sur le parbrise et elle dérapa sur le côté. Sur le coup, j'avais fermé les yeux. Mon air-bag s'était mis en marche et je dus effectuer un effort énorme pour le réduire au silence. Je m'aperçus alors que le parbrise était tâchée de sang. Je respirai profondément, attirée comme un aimant par cette odeur envoûtante. Edward sécurisa les portières avant que je ne puisse sortir de la voiture.
- Arrête de respirer, Kim ! gronda Alice.
Je ne lui obéis pas. Ses paroles n'avaient aucun sens pour moi, rien n'avait plus aucun sens à part cette tache écarlate et moi. Je la regardais en souriant, baladant mes doigts sur la vitre. Edward m'asséna un violent coup au poignet et m'obligea à me tenir tranquille. Je ne me contrôlais plus, comme le premier jour. J'aurais voulu le repousser, lui dire que c'était dangereux pour lui... Je n'en fis rien et plongeait mes iris qui avaient prit une teinte noire dans les siens, couleur or liquide. Il hurla de douleur et se recroquevilla. Il ma lâcha et, avec un effort colossal, détourna le visage. Des larmes jaillirent de mes yeux.
- Ed ! Ed ! Ca va ? m'écriai-je en pleurant.
Il acquiesça difficilement et j'enfouissais mon visage entre mes mains. J'avais tout gâché. Toute cette journée qui avait si bien commencé. A cause de cette maudite tache de sang sur le parbrise. Je lui lançai un regard noir avant de couper ma respiration. Cela me mettait dans une position très inconfortable mais la souffrance de ma famille en dépendait. Edward redémarra et fit demi-tour. Sur le bord de la route je discernais alors un homme. Une marre de sang s'agrandissant peu à peu autour de lui, le visage enfoncé dans le béton. Je fermai les yeux durant tout le reste du trajet et je ne m'aperçus même pas quand nous fûmes arrivés. Emmett me porta jusqu'à ma chambre, m'installant sur le canapé. Là, je continuai à sangloter en me remémorant l'image du corps inerte étendu sur le sol. Je continuai à sangloter jusqu'à ce que je n'arrive plus à me rappeler de mon nom. A ce moment là, j'étais bien, j'avais tout oublié. J'étais encore Kim Dickson, une adolescente banale avec une vie tranquille. Non je n'étais plus le vampire assoiffé de sang que j'étais.
Une main me caressa les cheveux. Je ne pris même pas la peine de voir qui c'était, sortant peu à peu de ma transe. Je ne me souvenais même plus pourquoi je pleurais. Ce n'était pas si important et pourtant, j'avais versé un torrent de larme. J'étais pathétique. Ma robe bleue était froissée et des mèches cheveux sortaient ça et là de mon chignon.
- Chut, murmura Rosalie à mon oreille.
Sa voix apaisante me tranquillisa instantanément. Elle me fit m'assoir et je me blottis contre son torse de marbre. Je faisais attention à ne pas trop me pencher sur son T-shirt, même si je ne pleurais plus.
- Tu as la larme facile, remarqua-t-elle en me caressant le dos.
Je ris difficilement, la gorge nouée.
- Oui, Alice a pu en subir les conséquences d'ailleurs. La moitié de ses sweets ont été baignés dans mes pleurs.
Elle se mit à rire elle aussi.
- Tu sais, ce n'est pas bien grave ce que tu as fait. Ce n'était pas de ta faute.
J'acquiesçai en silence. Je n'arrivais pas à ne pas m'en vouloir, pourtant. L'excitation de la matinée était retombée nette, à cause de ce fichu incident. Pour la première fois, être un vampire me répugnait, je me sentais souillée. J'avais montré à Rosalie et Emmett pour leur retour la mauvaise part de moi, peut-être croiraient-ils que j'étais toujours comme ça, dorénavant. Edward ne voudrait surement plus m'adresser la parole et Alice mettrait longtemps à me pardonner sur le fait que je lui ai désobéis. J'enfonçais mon visage dans l'épaule de Rosalie.
- Personne ne t'en veux, chuchota-t-elle comme si elle avait lu dans mes pensés.
Je me sentis rassurée et parvins même à sourire. Les Cullen n'étaient pas fâchés.Ma famille n'était pas fâchée. J'avais la famille la plus géniale du monde. Deux s½urs aimantes et à l'écoute, trois frères protecteurs et des parents adorables.
- Tu veux qu'on aille continuer la fête maintenant ? demanda-t-elle.
Je lui jetai un regard incrédule. La fête ? Mon anniversaire n'était-il pas terminé ? Je me doutais qu'Esmé ait pensé à nous préparer un gâteau mais je savais que si nous avions pu le mangé, elle aurait confectionné une gigantesque pièce montée. Je souriais en pensant à l'énorme gâteau. Étant humaine, j'en raffolais. Je stoppai net ces pensés en éclatant de rire. Étais-je déjà blasée ? Je parlais comme un vieux vampire.
Sans obtenir de réponses, elle m'entraîna jusqu'au salon. Tous les Cullen étaient assis dans leurs canapés respectifs, par couples. Edward s'était incrusté aux côtés d'Esmé et Carlisle alors que je prenais place près d'Alice. Cette dernière m'adressa un clin d'½il encourageant. Je contemplai ma famille avec un air gêné. Visiblement, ils attendaient que je prenne la parole.
- Excusez-moi, commençai-je. Je ne sais pas ce qu'il m'a prit, j'étais attirée comme un aimant par cette odeur. Désolée pour ce que tu as enduré, Edward, et désolée de ne pas t'avoir écouté, Alice.
- C'est à moi de m'excuser. Si je n'avais pas heurté cet homme, rien de tout cela ne se serait passé, fit Edward.
- Non, je te rappelle que c'est moi qui ai acheté la voiture, c'est ma faute, lança Emmett.
- Et c'est moi qui ai choisi la couleur, se lamenta Rosalie.
- Arrêtez, c'est ma faute ! C'est moi qui a énervé Kim et c'est pour ça qu'elle s'en ait prit à Edward, renchérit Alice.
Nous éclatâmes de rire. La bonne humeur nous avait tous recontaminés après cet échange. Les Cullen étaient doués pour me mettre à l'aise. Edward et Emmett débattirent au sujet de mon don. Le vampire aux cheveux cuivre exposait la douleur à ses frères et s½urs alors que le colosse se ventait de n'avoir pratiquement rien senti. Mon ½il, oui. Je le fixai dans les yeux et il échappa un cri avant de se secouer dans tous les sens.
Toute la famille éclata de rire alors qu'Emmett croisait les bras sur son torse, boudeur.
Nous discutâmes de tout et de rien. Edward joua même un morceau de piano et les Cullen m'encouragèrent à leur jouer, à mon tour, de la guitare. Jasper m'expliqua qu'il l'avait faite accorder, donc aucune issue de secours n'était à ma disposition. J'interprétai On my way du groupe Cocoon, m'apercevant de l'effet que la chanson donnait à la guitare uniquement. J'aurais aimé qu'Edward joue du piano mais il me lança une grimace.
Une prochaine fois, pensai-je.
Il haussa alors les épaules. Je terminai la chanson sous des applaudissements et m'inclinait en riant.
- Tu chantes merveilleusement bien ! s'exclama Alice.
- Tu aurais dû faire un commentaire sur la guitare, plutôt. On ne m'a pas offert ma voix aujourd'hui, plaisantai-je.
Elle jeta un regard à Jasper en levant les yeux au ciel.
- Pardon, tu aurais sûrement préféré que je te dise que tu chantais abominablement faux, fit-elle.
Je haussai les épaules en rangeant soigneusement la guitare dans son étui. Rosalie se leva et m'entraîna par la main jusqu'à l'étage, emportant avec elle ma robe rouge.
- C'est ma tournée d'essayage ou quoi ? demandai-je.
Elle sourit avant de m'enfermer dans la salle de bain. Je soupirai en enfilant avec précaution la robe. Je ne tenais pas à l'abimer même si le tissu était de qualité et solide. Une fois enfilée, je me regardai dans la glace. Je détachai mes cheveux et les laissai tomber sur mes épaules, me contemplant une nouvelle fois. Rosalie ouvrit la porte en avant de moi et je faillis me la prendre en pleine figure. Elle s'excusa en prenant un air gêné. Je lâchai un hoquet de fureur en découvrant ce qu'elle tenait à la main. Une paire de talon aiguille assortie à la robe.
- Je ne porterai jamais ça ! m'exclamai-je alors qu'elle me faisait asseoir sur le rebord de la baignoire.
- Oh que si ! gronda-t-elle en attrapant ma jambe droite.
Je me détachai d'elle et, après un mouvement brusque, me retrouvai dans la baignoire. J'échappai un cri alors que Rosalie m'aidait à me relever, morte de rire. Je dépliai ma robe du revers de la main.
- Tu ne crois pas que mon mètre soixante-quinze n'est pas assez suffisant ? fis-je en lui arrachant les chaussures des mains.
Elle leva les yeux au ciel en me les reprenant. Elle arriva à ses fins et je me retrouvai avec dix bons centimètres en plus. Je dépassais facilement Rosalie. Bien sûr, je lui avais caché que je ne savais pas marcher avec ces... trucs. Je me déplaçai avec difficulté dans le couloir, m'aidant des murs pour me tenir droite. Elle éclata de rire avant de me prendre dans ses bras pour descendre l'escalier. Elle me tira jusqu'au salon où j'essayai de marcher le moins possible pour ne pas me rendre ridicule. Tout le monde parut enthousiaste et m'obligèrent à traverser la pièce, tel un mannequin. Je manquais tomber deux ou trois fois sous les rires de mes deux s½urs, Alice et Rosalie.
Je montai me déshabiller en vitesse, attrapant un jeans et un T-shirt dans mon armoire. Je redescendis, mes converses aux pieds, chaussures beaucoup plus faciles à porter. Je fus contente que les autres cadeaux ne puissent pas s'essayer.
Cependant, quand j'arrivai, Carlisle et Esmé me rejoignirent à la porte en me tendant un nouveau paquet. Il avait la forme d'un livre. Je les remerciais du regard en déchirant avec calme le papier. Quand je découvris mon cadeau, je sursautai. Je portais ma main à ma bouche pour ne pas crier. Le plus beau cadeau de la journée se trouvait entre mes mains. C'était un passeport. Je l'ouvris doucement, humant l'odeur du papier neuf. Quelque chose tomba par terre et je me baissais pour le rattraper. C'était une carte d'identité. Une carte d'identité à mon nom, Kim Cullen. Je me mordis la lèvre inférieure pour me contenir. J'ouvrai le passeport, il était au même nom. Je sautai au cou d'Esmé en le couvrant de baisers furtifs sur les joues. J'imitai ma réaction sur Carlisle en sautillant sur place.
J'étais officiellement Kim Cullen. Le restant de la famille forma un rond autour de nous et Alice m'attrapa par les épaules en souriant.
- Désolée d'avoir une s½ur comme moi, gloussa-t-elle.
- Je te renvoie le compliment, lançai-je.
Tous les gens qui m'entouraient faisaient maintenant partie de ma famille. Enfin, c'était plutôt moi qui faisais partie de la leur. Peu importait. J'étais heureuse, comme avant l'accident. J'acceptais à nouveau mon statut de vampire. J'étais Kim Cullen, point final.

-
Trois mois plus tard...

Alice commençait à s'impatienter. Voilà bientôt une demi-heure qu'elle me hurlait d'accélérer. Pourtant, le compteur affichait déjà plus de cent kilomètre heure et je n'étais pas seule sur la route. Je n'obéissais pas à ma s½ur, tout simplement parce que nous allions déjà assez vite et que je n'arrivais pas à accélérer encore plus. Bien sûr, elle était toujours habituée à rouler à plus de cent cinquante kilomètre heure, comme tout le restant de mon étrange famille. Les vampires aimaient la vitesse. Moi aussi bien évidemment mais c'était déjà assez vite pour moi ce rythme là. J'avais appris à conduire avec Emmett en moins d'un mois. Au début, Edward me prêtait sa Volvo puisqu'il ne s'en servait plus étant donné ses voyages en Amérique du sud. Il ne m'appelait jamais, se contentait de m'écrire trois lignes dans ses lettres. Je comprenais son envie de solitude, mais bon.
Un coup de klaxon me sortit de mes réflexions. J'aperçus la voiture de Rosalie, une élégante décapotable rouge où Emmett avait ouvert sa fenêtre et nous faisait de grands signes. Je soupirai en me rangeant derrière la mercedes. Je déviai ma Lamborghini sur une route plus dégagée qui ressemblait davantage à un sentier. Nous nous retrouvâmes encerclés de sapins enneigés. J'aimais la neige. Il y a encore peu de temps, j'avais découvert le plaisir de faire des batailles de boules de neige façon vampire. Très amusant. Nous avions vite disqualifié Alice du jeu étant donné qu'elle devinait chacune de nos positions et de nos attaques avant même qu'elles ne nous viennent à la tête. J'avais également été initiée au baseball. Quand Edward était là, c'était encore plus drôle. Je m'étais rapidement rendue compte que les règles que j'avais conservées de ma période humaine ne faisait pas le poids contre les nouvelles, vampiriques. Vampire. Ce mot était gravé dans ma tête au fer rouge. Je l'employais souvent, avec fierté. Sauf en compagnie d'humains, évidemment. J'avais obtenu le droit de me balader dans la ville voisine. Leur sang ne m'attirait pas, au le grand étonnement de Carlisle. J'avais sans doute été trop habituée à celui des pumas et autres créatures de la forêt voisine. Et puis il y avait eu l'épisode traumatisant de ma première sortie avec ma voiture. J'en frissonnais encore. Bref, je pouvais de nouveau fréquenter des humains, bien que ce mot soit un peu trop fort. Je les évitais, ne leur parlait presque pas. Leurs instincts de survie leur disaient de faire attention à nous, de toute manière, donc ils ne venaient pas chercher les ennuis. Depuis quelques temps, j'avais repris la lecture de mes manuels scolaire, car Alice voyait que nous retournerions au lycée bientôt. Enfin, le mot bientôt avec elle, il fallait s'en méfier. J'avais largement trois mois devant moi. A mon grand étonnement, je commençais à apprécier les maths. Esmé et moi allions en ville chaque semaine pour nous acheter des livres. J'avais rapidement remarqué que l'argent n'était pas grand chose aux yeux des Cullen et au début, j'étais un peu étonnée de m'apercevoir comment ils s'en servaient. Mais j'avais également compris que l'argent n'était rien d'autre qu'un mode de paiement, pas une ouverture au bonheur. J'avais beaucoup mûri depuis ma transformation. Déjà je ne pleurais plus aussi souvent qu'avant et je n'avais plus aucune gêne à chanter ou jouer de la guitare devant ma famille. Évidemment, tout ça n'exprimait en rien de la maturité. J'avais évolué, alors.
- Prends à gauche, me conseilla Jasper.
J'acquiesçai en tournant le volant. Nous allions chez Tanya et les siens fêter Noël. Également fêter mon arrivée parmi les vampires, même si elle datait de presque quatre mois, maintenant. Toute la famille Cullen parlait de ce clan avec respect et amitié. Je ne m'attendais donc pas à une meute de vampires assoiffés et sanguinaires comme j'imaginais les Volturi. Ce nom me fit frémir. Carlisle parlait toujours d'eux avec des accents mystérieux et avec également beaucoup de respect. J'avais été dégoutée d'apprendre que des vampires pouvaient uniquement se nourrir de sang humain. C'était si cruel de tuer des innocents uniquement pour sa petite personne. Alice nous avait qualifiés de végétariens et j'avais ris en repensant à l'échange que j'avais eu avec Edward le jour de ma transformation. Ce dernier devait d'ailleurs nous rejoindre sur place. J'étais curieuse de découvrir Tanya et son clan.
Nous avions répartis Alice, Jasper et moi dans une voiture et Rosalie, Emmett, Carlisle et Emmett dans l'autre. Je ne savais pas encore comment Edward viendrait mais nous avions procédés ainsi pour qu'il reste une place dans la voiture pour lui au retour. J'espérais vraiment qu'il resterait une semaine ou deux avec nous, après. Passer Noël et le réveillon chez des amis c'était une chose, rester avec sa famille, une autre. Même Rosalie et Emmett étaient restés avec nous durant ces trois mois et je connaissais maintenant toute la famille par c½ur. Tous sauf Edward. Moi qui pensais que ce serait avec lui que je m'entendrais le mieux, au début. Maintenant, Rosalie et Alice avaient grimpés en flèche dans mon estime. Je m'entendais aussi très bien avec Emmett, qui insistait pour que, chaque jour, nous fassions un tournoi au bras de fer. J'avais compris néanmoins sa technique et le battais tout le temps, à sa plus grande honte. Jasper quant à lui était très mystérieux. Mais j'aimais quand il me parlait de sa vie d'humain, de sa rencontre avec ces filles - dont je ne me souvenais plus du nom - qui avait tout bouleversé. Il m'aidait à dénicher de bonnes proies à la chasse et évidemment, m'apportait des informations sur mon père. Il allait mieux, d'après lui. Carlisle approuvait tout ce que disait Jasper et j'avais parfois l'impression qu'il me cachait des choses, qu'ils essayaient de me rendre les choses plus simples. Mais en grosse paranoïaque que j'étais, je ne pouvais pas m'empêcher de trouver un double sens à toutes actions suspectes. Mais, j'avais mes deux épaules et oreilles pour pleurer et m'écouter, maintenant. Rosalie et Alice. Si je devais écrire une autobiographie, elles seraient les personnages principaux. J'avais désormais deux s½urs aimantes, complètement différentes, certes, mais adorables. Pour toute la famille, j'étais la petite, la benjamine. Eux étaient mes aînés, mes mentors. Je les respectais et ne les contredisaient que rarement. Tout le monde était toujours de bonne humeur et les petites blagues étaient devenues naturelles.
La voiture de Rosalie s'arrêta devant une immense maison. Je coupai le contact à mon tour, me garant aux côtés de la mercedes. Le bâtiment était fait en briques rouges, donnant un style un peu anglais. Évidemment, la bâtisse était retirée, à l'écart de la ville, située là où personne n'aurait jamais idée de chercher. Le ronronnement de la Lamborghnini se tut et j'ouvris ma portière. Alice s'adossa à la voiture et contempla une seconde la maison avant de tourner la tête vers un buisson. Jasper et moi la regardions sans comprendre alors qu'une voiture - la volvo grise d'Edward - y surgit. Il se gara à côté de ma Lamborghnini. Lorsqu'il sortit de l'habitacle, il la contempla en souriant.
- Alors, c'est toi qui as conduit ? me demanda-t-il en tapotant le capot.
J'acquiesçais fièrement. Cette voiture était une merveille, Emmett avait fait une folie en me l'offrant, pourtant, je ne la regrettais pas. C'était toujours un réel bonheur de poser mes mains sur son volant et de l'écouter vrombir au démarrage. Alice avait fait la tête quand je lui avais annoncé que je conduirais car elle prenait ma voiture comme sienne. Privée de son jouet, j'avais même cru qu'elle allait sortir la sienne. Je l'avais forcée à rentrer dans la Lambroghnini et elle avait râlé durant tout le voyage.
- Comment as-tu eu la volvo ? demanda Alice.
- Je suis passé à la maison, fit-il en souriant.
Elle murmura un 'Ah!' avant d'embrasser son frère. Il s'approcha de moi ensuite et je bloquai mes pensés. Il haussa les épaules et se pencha vers ma joue. Je le repoussai.
- Merci pour tes nouvelles, Ed ! Franchement, tu n'as pas appelé une seule fois et les lignes que tu m'écrivais étaient microscopiques ! Je vais bien, amitiés, Edward. fis-je en l'imitant.
- Désolé, marmonna-t-il en saluant Carlisle.
Je croisai les bras sur mon torse. Emmett hocha la tête l'air de dire 'Laisse-le un peu'. J'aurais tout mon temps de le sermonner plus tard de toute manière, autant profiter de ces jours de fête.
Une élégante femme à la silhouette élancée nous rejoignit en souriant. Elle était magnifique, comme tous les vampires que j'avais rencontrés. Sa peau était pâle, ses cheveux blonds et ses yeux étaient entièrement couleur miel. Elle nous salua tous chaleureusement.
- Ah, tu es la nouvelle ! Bienvenue parmi nous ! s'exclama-t-elle en m'embrassant.
Nous la suivirent jusqu'à la maison, demanda discrètement à Alice si elle avait un don, histoire de vérifier qu'elle ne pourrait pas filtrer mes pensés. Elle me murmura un non et nous entrâmes.
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# Posté le mardi 17 février 2009 12:32

Chapitre 4 # Envies meurtrières (et suicidaires).

Chapitre 4 # Envies meurtrières (et suicidaires).
Chapitre IV

La maison était immense. Alice connaissait bien, visiblement, car elle me dirigea jusqu'à la chambre d'amis après s'être poliment retirée auprès de Tanya. Les murs de la pièce étaient mauves et le sol, du parquet. Il n'y avait pour meubles que trois canapés bruns poussés contre chaque mur et une lampe posée sur une commode. C'était chaleureux malgré tout et je m'écroulai bruyamment sur l'un des sofas. Alice s'adossa contre la porte et me fixa un instant.
- Alors, que penses-tu de l'Alaska ? me demanda-t-elle.
Je devinai que ce n'était pas ce qu'elle avait l'intention de me dire. Je jetai un coup d'½il dehors, apercevant un paysage entièrement blanc. La neige s'était mise à tomber et j'eus une soudaine envie d'aller faire une bataille dehors.
- Je n'ai encore rien vu, fis-je.
Elle s'écroula sur le canapé situé en face de moi et rejoignis ses mains comme pour supplier quelqu'un.
- Laisse-moi jouer avec vous, aujourd'hui ! gémit-elle.
J'éclatai de rire en découvrant ce qu'elle avait derrière la tête. Je comprenais également la demande de ma s½ur - ça me faisait bizarre de l'appeler comme ça -, car nous nous amusions toujours comme des gamins quand nous faisions des batailles de boules de neige.
- Tu vas gagner ! m'exclamai-je.
- Si Edward joue, j'ai également le droit de jouer, non ? Il devinera aussi vos intentions. Je propose de nous répartir dans chaque équipe.
Elle avait préparé son coup, visiblement. Je réfléchissais. Sous cet angle, ça pouvait devenir négociable. Mais je n'allais pas décider seule. Cependant, elle savait qu'avec mon assistance, elle aurait peut-être une chance d'arriver à ses fins. Je pesais le pour et le contre alors qu'Alice me fixait de ses yeux suppliants.
- Ca pourrait se faire... soufflai-je, vaincue.
Elle sauta de son siège et me secoua brutalement par les épaules.
- Merci, merci, merci ! s'écria-t-elle.
Je me mis à rire. Alice était vraiment facile à satisfaire avec ses caprices d'enfants. Elle m'aida à me remettre sur mes pieds et nous rejoignirent les autres en silence. Ils étaient assis dans un salon de style ancien. Il y avait là quatre femmes - magnifiques - et deux hommes. Quand nous pénétrèrent dans la pièce, tout le monde se tourna instantanément vers nous.
- Bonjour, lança un des hommes avec des accents séducteurs.
Il possédait de courts cheveux sombres et ses yeux étaient teintés d'une couleur profondément noire. Je ne distinguais même plus ses iris. Il avait soif, c'était évident.
Alice acquiesça d'un hochement de tête avant de s'assoir auprès de Jasper. Je restais là, le centre de l'attention.
- Alors c'est elle ? demanda-t-il en se tournant vers Carlisle.
Ce dernier hocha la tête. L'homme se retourna vers moi et d'un geste, me commanda d'approcher. J'obéis, essayant de faire bonne impression.
Il ferma les yeux en souriant et attrapa ma main.
- Oui... Elle possède un grand pouvoir... extrêmement puissant, beaucoup plus que celui de Jane. Elle peut choisir l'intensité de ses attaques... le moment et peut également déterminer si elle veut tuer son adversaire. Très intéressant... murmura-t-il, comme plongé dans une sorte de transe.
Pendant qu'il parlait, il m'avait attiré contre lui et j'étais maintenant collée à son torse, mal à l'aise. Il ouvrit les yeux et les plongea dans les miens. Il dégagea une mèche de cheveux tombée devant mes yeux derrière mon oreille et huma ma peau. Cette proximité me gêna alors que son nez, collé à ma peau, descendait le long de mon cou. Il leva sa main et la porta à ma gorge. Il y dessina une ligne invisible et se recula. Je soupirai, soulagée.
- C'est du beau travail, Carlisle, fit-il en hochant la tête.
Je frissonnais. Ce vampire m'inquiétait. Je me mordis la lèvre inférieure alors qu'il reportait son attention sur moi.
- Quel es-ton nom ? demanda-t-il.
- Kim... Kim Cullen, répondis-je alors que ma voix déraillait légèrement.
Il rit avant de m'attraper la main. A ma grande surprise, il se pencha légèrement et déposa un baiser dessus. Ses lèvres étaient froides, tendres. Il me lâcha en souriant. Tanya m'invita à m'asseoir à ses côtés.
- Voici Carmen, commença-t-elle désignant une jeune femme souriante aux cheveux noirs. Irina (elle montra une femme blonde aux iris également noirs), Kate (également blonde et jolie comme un c½ur.) Je te présente également Laurent (un homme à la peau noire et aux cheveux coiffés en dreads) et Eléazar, qui a déjà dû te terroriser.
La famille Cullen éclata de rire. Le dénommé Laurent m'intriguait étrangement. Il croisa un instant mon regard pour ensuite poser longuement ses yeux sur Irina.
Cette maison me fichait la chair de poule, ses habitants aussi. Je voulais rentrer à Ithaca, retrouver la maison accueillante des Cullen. Je ne sus pas ce qu'il me prit à ce moment là. J'eus envie de me rouler en boule. Quelque chose dans le comportement de ces gens me dérangeait. Ils étaient trop... trop. Celle qui devait être Carmen se leva, suivie par Eléazar.
- Avez-vous chassé avant de partir ? demanda Tanya en souriant.
Carlisle répondit que non et nous nous retrouvâmes dehors. Les filles du clan Denali partirent devant, Alice, Rosalie et moi restant en arrière.
- Il y a un truc qui cloche, murmurai-je.
Mes deux s½urs m'envoyèrent un regard incrédule en nous enfoncèrent dans les bois.
-
J'étais heureuse de partir. Cette semaine m'avait paru horriblement longue. Tanya avait dévoré Edward des yeux pendant tout le séjour, lui offrant comme cadeau pour Noël, un peignoir vert. Rosalie l'avait fusillé du regard et le principal intéressé avait fait semblant de ne rien voir. Nous avions joué au baseball et je m'étais rendue compte qu'à quatorze, c'était encore plus amusant. Nous n'avions pas fait de bataille de boules de neige, pour le plus grand regret d'Alice. Mais pour la réconforter, je l'avais laissée conduire au retour. Laurent avait continué à me paraître louche durant tout le séjour. Je voyais que quand il avait terminé de chasser, un manque énorme pouvait se lire dans ses yeux. Edward me raconta alors qu'il était habitué au sang humain - nouveaux frissons de dégoût - et que pour lui, c'était dur de devenir 'végétarien'. En parlant de ce dernier, il était partit quelques heures avant nous pour déposer la Volvo à la maison et repartir pour l'Amérique du sud. Ca allait être encore de longs mois sans nouvelles, sans appels. Je finirais surement par m'y habituer et rétablir mon statut d'égoïste au silence. Il avait envie d'être seul et moi je ne voulais pas, juste pour ma petite personne. Oui, le mot égoïsme convenait bien.
Le soir de Noël, nous avions tous montrés nos dons aux deux familles. Bien sûr, Eléazar les connaissais déjà, était donné que son pouvoir lui permettait de deviner quels étaient les spécialités des vampires. Je me souvenais du contact électrique que j'avais eu avec Kate. Cette dernière était capable de générer un courant électrique sur sa peau, capable de neutraliser un vampire en pleine possession de ses moyens. Mais c'était mon pouvoir qui avait causé le plus de dégât. Tout le clan Denali avait insisté pour que je le teste sur chacun de ses membres. Ils avaient tous finis, hurlant de douleur, agrippés à leur canapé. J'avais également appris des choses grâce au pouvoir d'Eléazar. J'étais capable de tuer quelqu'un, bien que je ne sache pas comment faire. Ca pourrait être utile. Je pouvais aussi, d'après lui, régler l'intensité de mes attaques. Je me souvenais de ce que j'avais fait à Emmett le jour de mon anniversaire alors qu'il disait que je ne lui avais pas fait mal. L'attaque avait été sans dégât, il avait à peine crié. Malheureusement, je ne pouvais m'exercer sur la famille Cullen et j'avais rembarré l'idée qui m'avait germé dans la tête : essayer sur des humains. Carlisle ne me le pardonnerait surement pas et Edward avait hoché la tête, désapprobateur. Alice n'avait pas vraiment pu exposer son don et Edward nous avait déchiffré les pensées de Carmen. Cette dernière pensait à aller chasser, rien de bien intéressant.
La ville d'Ithaca apparaissait peu à peu sur les panneaux routiers. Ce soir, nous allions passer une soirée entière à débattre sur le clan Denali avec Rosalie et Alice. Encore une soirée entre filles, monotone. Que me prenait-il ? Depuis une semaine, je me sentais lassée. J'avais besoin d'action. Je n'étais décidément jamais contente. Voilà, j'étais capricieuse et égoïste. Avant, je voulais devenir un vampire et maintenant que j'en étais un, je ne savais plus ce que je voulais. Je serrai le c½ur de Jack dans ma paume. Il ne me quittait jamais, c'était mon vrai réconfort quand j'étais triste. Sauf que je n'étais pas triste à ce moment là. Je me connecterais sur facebook en rentrant, passerais voir comment il irait.
Alice gara la Lamborghini devant la maison, prenant soin de la fermer. C'était le genre de voiture qu'on ne pouvait supporter de se faire voler. Mais sincèrement, qui oserait voler quelque chose à des vampires ? Cette question m'arracha un sourire alors que je lançais mon sac sur mes épaules. Il était bourré d'affaires sales, je sentais l'odeur d'ici. En rentrant, je me ruai sur la machine à laver puis pris congé dans ma chambre, seule. En attendant que mon ordinateur se décide à démarrer, je m'allongeai sur le canapé, sans prendre la peine de retirer mon manteau et mes chaussures. Des accessoires. Je n'en avais réellement pas besoin puisque j'étais devenue insensible à la chaleur. Je pouvais la sentir, bien sûr, mais ne la ressentais pas. Je ne savais pas comment expliquer ce phénomène. C'était comme si on léchais une glace à la fraise, qu'on ait conscience que c'était à la fraise mais que le goût ne vous faisait pas plus d'effet qu'une au chocolat. Non, c'était un exemple idiot. Je ne savais pas comment décrire cela. Indescriptible, donc.
Je m'installai sur le rocking-chair, passant mes jambes sous mes fesses. J'ouvrais le moteur de recherche et me connectai sur facebook. Je vérifiai le nombre de contacts connectés : aucun. Je soupirai de soulagement, n'ayant pas envie de partager une conversation bâtie sur le mensonge que j'étais ma mère qui venait voir comment se rétablissait mes amis. Je cliquais sur le profil de Jack. Je m'aperçus avant qu'il ne s'ouvre qu'il avait changé sa photo et qu'à la place, il n'y avait que lui. Il m'oubliait. C'était mieux comme ça, après tout. J'avais abandonné l'idée de venir le voir, de tout lui raconter. Évidemment, j'étais passée une ou deux fois devant le lycée, discrètement. Je l'avais vu sortir, seul.
La fenêtre se chargea entièrement et je découvris avec fureur qu'il n'était pas seul sur sa nouvelle photo. Non, il y avait une fille à ses côtés et il la tenait par la main, elle, blottie contre son épaule. Je lâchai un cri de colère en découvrant Grace à ses côtés. Non, ça ne pouvait être elle. Je restai là, comme une idiote, à regarder attentivement la photo. Elle n'avait pas pu me faire ça... Si, elle l'avait fait! Mais, qu'importait ? J'étais morte, définitivement, pour eux. Ils ne s'attendaient tout de même pas à ce que je surgisse à l'improviste. J'enfuis mon visage entre mes mains. Si elle avait été intéressée par Jack, elle me l'aurait dit, non ? Nous nous étions toujours révélés les moindres de nos secrets. Non, si ça se trouvait, c'était rien qu'une pause amicale, cette photo. Mais pourquoi l'aurait-il mit en photo de profil, alors ? Les questions se bousculaient dans mon esprit, s'entrechoquaient. Je ne pouvais pas dire que j'étais trahie par mon amie, car logiquement, je n'étais plus en couple avec Jack.
Je lus dans la rubrique destiné au statut personnel qu'il était en couple. Cela mis fin à mes espoirs vains quand je découvris le nom de Grace Anderson marqué. J'arrachais le c½ur de ma gorge, le jetant à travers la pièce. Mon amie pouvait avoir tous les garçons du monde avec sa beauté et elle l'avait choisit lui ! Je lui en voulais, malgré moi.
Je restais quelques minutes sans bouger, fixant un point invisible dans l'air. J'attrapai mon iPod et montais le volume au maximum, Comatose de Skillet dans les oreilles. Je chantai le refrain, discernant ma voix malgré la musique. Je devais surement crier mais je m'en fichais. J'évacuais ma colère. Même si je n'avais pas à l'être. Je fermai les yeux et des images de la soirée au pub défilèrent dans mon esprit. J'en retenais deux, celle sur le chemin pour y aller, où Grace m'avait dit qu'elle pensait qu'elle ne pourrait pas avoir Jack. Je me souvenais alors de ma réponse : «Je te tuerais avant que tu ne puisses le toucher.» Pendant un instant, j'eus vraiment envie de démarrer la Lamborghini, de conduire jusqu'à chez elle et de lui arracher la tête. Mes instincts vampires reprenaient le dessus, je le sentais. Non, Grace était mon amie. Il ne fallait pas. L'autre image devint claire. C'était mon agresseur, un sourire mauvais aux lèvres, sa cicatrice lui barrant le cou. C'était à lui que j'en voulais. C'était lui que je devais éliminer, que je voulais éliminer, lui le vrai coupable dans cette histoire. Après avoir pris ma décision - je me fichais de la réaction qu'aurait Carlisle - je fonçai dans la chambre d'Alice. Elle était assise sur son canapé, les yeux mi-clos. Elle avait une vision. Je m'asseyai à ses côtés, sans bruit.
- Je ne l'ai pas tué, murmura-t-elle.
Je soupirai de soulagement. Elle me l'avait laissé. Un sourire mauvais étira mes lèvres et je sentis mes muscles se tendent d'excitation. Je savais que c'était mal, que je m'apprêtais à être la cause d'un meurtre, mais je savais également que je n'aurais aucun regret à infliger une souffrance égale de celle qu'il m'avait infligé. Et je terminerais ce qu'il n'avait pas eu le temps de faire, je le tuerais.
- Va chasser avant, tes iris sont noirs. Il est chez lui en ce moment. Tu as deux heures, c'est amplement suffisant, expliqua-t-elle.
Après m'avoir donné l'adresse de l'homme et les clefs de la Lamborghini, je me ruai dehors, attrapant le portable de Rosalie au passage. Le moteur de ma voiture vrombit doucement et je démarrai en trombe. Je vérifiais le compteur : cent cinquante kilomètres heures. Une fois arrivée, je dévorais cinq pumas à la suite et remontai dans ma voiture, la tête en ébullition. J'étais tellement pressée. J'allumai la radio et, coïncidence étrange, tombai sur Comatose de Skillet. Exactement le genre de musique motivant pour ce que j'allais faire.
Quelques minutes plus tard, alors que je venais d'entrer dans Ithaca, je me rendis compte que j'étais le centre de l'attention. Enfin, plutôt ma voiture. Je remerciais le ciel que mes vitres soient teintées alors que je ralentissais en m'approchant de chez mon agresseur. Je garai ma Lamborghini dans une ruelle peu fréquentée pour ne pas me faire remarquer. Je découvris alors son immeuble. La façade tombait en ruine et il avait l'air assez ancien. La cage d'escalier était sale et j'aperçus même une souris. Le méchant vivant dans un repaire aussi éc½urant que lui, ça frôlait le cliché. Je montai jusqu'au cinquième étage, lentement, sentant l'instinct meurtrier s'infiltrer dans chaque parcelle de mon corps. Lorsque j'arrivai devant la porte de son appartement, ma rage bouillonnait sous ma peau et je serrai les dents, essayant de me contenir. Je frappai et je reçus pour réponse un grognement.
- Qui c'est ? cria quelqu'un.
C'était sa voix. Je ne répondis pas et, après quelques secondes, il m'ouvrit. Il fronça les sourcils en me découvrant.
- Dégage, gamine. J'ai pas de fric pour toi, fit-il en refermant la porte.
Je stoppais son mouvement d'un pouce et poussais la porte violement. Il tomba au sol alors que je pénétrais dans l'appartement. Les murs étaient délavés et le papier peint tombait en lambeau. Ce gars-là aurait bien besoin d'un coup de main d'Esmé. Il tenta de se relever, je lui envoyais mon pied dans les côtes.
- Quelle politesse ! sifflai-je. Tu me fais visiter ou je dois faire ça seule ?
J'eus le droit à un grognement. Je le laissais se remettre debout.
- Qui t'es, toi ? fit-il en portant les poings à son visage.
- Pense à t'inscrire au prochain casting de Rocky Balboa, ricanai-je en lui baissant le bras.
Il me jaugea une seconde alors que ses lèvres se tordaient en une grimace qui aurait fait fuir n'importe quel lion enragé. Il éclata de rire, mais je compris que ce n'était pas en raison de ma blague.
- T'es pas morte, toi ? demanda-t-il en souriant.
- Bof, à ton avis ?
- Tu veux que je te refile une raclée ou t'es venue avec ton papounet ?
Je levai les yeux au ciel.
- Ni l'un, ni l'autre. Je suis venue pour te remercier.
Il écarquilla les yeux et fronça les sourcils. Je vis qu'il avait plongé sa main dans sa poche de jeans.
- Tu m'as offert la vie de mes rêves. Je suis heureuse, maintenant. Et je tiens à te dire que ton couteau ne te sera d'aucune utilité, dis-je, implacable, en fixant mes yeux dans les siens.
Je ne décidais pas de le tuer, simplement de le faire souffrir. Enfin, pour commencer. Il hurla de douleur en agrippant le mur. Tout son corps fut secoué par de violents spasmes. Il heurta une commode alors que j'avançais lentement jusqu'à lui. Il reculait.
- Aurais-tu peur d'une petite adolescente comme moi ? demandai-je en souriant sentant le plaisir de le voir si faible.
Je n'eus pas de réponse et il planta de toutes ses forces son couteau dans ma cuisse. J'éclatai de rire et lui arrachai l'arme. La lame s'était tordue au contact de ma peau, filant mon jeans au passage. Il regarda ma cuisse, surpris, mais je ne m'attardais pas sur ce détail et passai à l'action. Nouveaux gémissements et frissons de douleur. La chanson Comatose raisonnait dans ma tête. Je m'approchais de lui et m'accroupis à ses pieds.
- Ma souffrance était encore pire, soufflais-je.
Je souris alors que je prenais son visage dans mes mains. Je fixai alors mes yeux dans les siens, contemplant ses iris effrayés. Je souhaitais sa mort. Il respira profondément avant que son corps ne retombe sur le sol, inerte.
Je descendis les marches à toute vitesse, prenant tout de même la précaution de fermer la porte derrière moi. En bas, la rue était déserte, ainsi que les escaliers que j'avais descendus. Je me ruai sur me Lamborghini et démarrai en trombe.
J'arrivai à la maison quelques minutes plus tard. Alice m'attendait sous le porche, sans sourire. Je ne souriais pas non plus. Je venais de tuer un homme. Certes, il n'était pas innocent mais je me sentais tout de même coupable.
La première chose que vit ma s½ur lorsque je sortais de la voiture fut le trou dans mon jeans. Elle échappa un gémissement en me rappelant le prix de cette merveille, qui avait l'air parfaitement normal pour un jeans.
Je montais dans ma chambre alors qu'elle continuait à se plaindre à propos du pantalon. C'était comme si je n'avais pas tué d'homme mais uniquement un simple vêtement.
Je m'assis sur mon canapé et elle m'imita, se calmant quelque peu.
Elle regarda l'écran de mon ordinateur, me rappelant que j'avais oublié de l'éteindre. Elle afficha une mine désolée alors que Rosalie nous rejoignait.
- Comment te sens-tu ? demanda-t-elle.
- Je suis soulagée, répondis-je, neutre. Carlisle et Esmé sont en colère ?
- J'avais vu que cela arriverait, je leur en ai parlé donc ils ne sont pas étonnés. Il ne t'a pas causé trop de soucis ? fit Alice en désignant le trou dans mon pantalon.
- Ca va, enfin, il me croyait morte comme les autres, répondis-je en ricanant sombrement.
La pièce fut plongée dans un silence de mort - sans aucun jeu-de-mots, bien sûr - pendant une minute.
- Je l'ai tué. Avec mes yeux, fis-je, la voix tremblante.
- Tu as réussi... souffla Rosalie, impressionnée.
- Je ne suis pas très fière de moi, les filles.
- Arrête de te lamenter, ce n'est pas la vie d'un innocent que tu viens de prendre ! Il en a tué des dizaines des filles comme toi ! dit Alice qui se voulait rassurante.
Mais je m'en voulais tout de même car le savoir mort était comme une libération pour moi. Rien de tout cela ne serait jamais arrivé s'il n'avait pas existé. Je le remerciais cependant de m'avoir permis de connaître cette famille si aimante. Mais il y avait évidemment la partie de moi à laquelle ma vraie famille manquait.
- En tous cas, j'ai fais une entrée remarqué avec ma voiture ! m'exclamai-je.
Mes deux s½urs éclatèrent de rire avant qu'Alice reprenne son sérieux, un énorme sourire aux lèvres, cependant.
Tout bêtement, je pensai à Edward. Où était-il en ce moment même ? Loin, loin de tout. Là où il pourrait ressentir sa douleur librement. Qu'il continue à se terrer seul dans sa tristesse. Il savait ce qu'il avait à faire : aller chercher Bella. Mais il ne faisait que retarder le moment où cela arriverait. La pauvre, elle devait sûrement horriblement souffrir. Et lui aussi, par la même occasion.
- Dis, et si on passait voir Bella ? proposai-je.
Rosalie se raidit et Alice me lança un regard affolé.
- T'es pas folle ? Edward nous arracherait la tête ! s'écria-t-elle.
- Il aurait déjà dû le faire depuis longtemps, murmurai-je.
- Qu'es-ce que tu crois ? Moi aussi j'ai envie de la revoir ! J'aimerais qu'il arrête de la faire souffrir et de se faire souffrir aussi. C'est idiot, fit Alice.
- La pauvre tout de même...
Un nouveau silence s'installa et Rosalie se retira, le visage fermé.
- Qu'est-ce qu'elle a contre Bella ? demandai-je, soupçonneuse.
- Rien. C'est compliqué, répondit Alice.
- Qu'as-tu eu comme vision, tout à l'heure ?
- Je l'ai vu. Elle va mieux mais je n'arrive pas à comprendre pourquoi. Ma vision se bloque au moment où j'essaye de deviner ce qui la rend heureuse. Mais c'est assez bizarre car ça change souvent. Le soir elle est souvent triste et la journée pleine de vie, répondit-t-elle.
- Pourquoi maintenant ?
- Avant, je n'avais plus de visions avec elle. C'est la première depuis des mois, murmura-t-elle.
J'acquiesçais en silence. Peut-être avait-elle rencontré un autre garçon ? Je ne connaissais pas Bella, je ne pouvais donc pas juger si c'était possible ou non. Alice avait l'air déstabilisée. Son visage reflétait son incompréhension. Je ne posai pas plus de question, la laissant réfléchir.

Trois mois plus tard

Je soupirais en ouvrant la portière de la Mercedes de Carlisle. Ce n'était pas du tout le type de voiture qu'il me fallait prendre pour chasser. Elle était trop... classe. Par contre, je ne pouvais pas protester, vu l'état de ma pauvre Lamborghini. Alors que nous allions faire notre shopping monotone à la libraire avec Esmé, j'avais raté un virage et avait foncé tout droit dans un arbre. Résultat des courses : mon capot était défoncé et il y avait un grand trou sur le parbrise. J'avais cru qu'Emmett allait me tuer quand j'étais rentrée. Finalement, après m'être maintes fois excusée, il était allé la porter au garage. Je me retrouvais donc sans moyen de transport.
Alice s'était glissée derrière le volant de la Mercedes et avait démarré en trombe. J'appuyai ma tête contre la vitre, ressentant les moindres faits et gestes de la voiture. Ma voisine alluma la radio et balança sa tête au rythme d'une musique que je ne connaissais pas. Depuis que j'étais devenue un vampire, j'avais un peu de mal à suivre les ventes de CD. Youtube ne m'aidait pas en grand chose, d'ailleurs. Mais la musique que mon iPod contenait me suffisait. Comme si ma s½ur voulait me narguer, elle se mit à chantonner les paroles. Je lui envoyai un regard mauvais en me remettant droite.
Alors que je changeais de station de radio, elle arrêta violemment la voiture. Mon air bag se mit en route et j'eus de la peine à le remettre à sa place. Je jetai un regard incrédule à mon petit lutin alors que j'observai son comportement : elle avait les yeux clos et les mains posées sur ses genoux. Je me tus et la regardai attentivement. Quand elle rouvrit les yeux, je n'eus même pas le temps de lui demander ce qu'elle avait vu car elle décrocha son portable.
- Allô ? Écoute, c'est très important ! Je viens de la voir... Elle sautait d'une falaise... d'après moi, elle plongeait. Bien sûr qu'elle l'a fait exprès ! s'écria-t-elle.
Elle ne parla pas pendant plusieurs secondes, le combiné contre l'oreille. Elle murmura une insulte alors qu'elle coupait la conversation. Enfin, ses yeux se posèrent sur moi.
- Changement de programme ! fit-elle en démarrant la voiture.
- Comment ça ? Où tu m'emmènes ? m'écriai-je en me rendant compte qu'elle prenait la mauvaise direction.
- A Forks.
Je tournais la tête vers elle, incrédule. Forks ? Jamais entendu parler.
- Pourquoi ? demandai-je alors qu'elle dépassait les cent cinquante.
- Je viens de voir Bella sauter d'une falaise. D'après moi, il nous reste moins d'une heure. Ce n'est pas gagné ! s'écria-t-elle en accélérant.
- Tu vas aller la secourir ? fis-je en levant un sourcil.
- Non, je vais gentiment la laisser se suicider !
Elle leva les yeux au ciel. J'éteignis la radio en quête d'explications.
- Edward est au courant ? demandai-je prudemment.
Elle grimaçais ce qui signifiait clairement 'non'. Nous venions de signer notre arrêt de mort. Mais j'étais excitée à l'idée de rencontrer enfin Bella. Enfin, c'était beaucoup moins excitant de penser qu'elle serait sans doute morte d'ici-là. Je regardai attentivement Alice.
- Tu es assoiffée ! m'écriai-je en me rappelant que Bella était humaine.
- Pas le temps. Je suis habituée à son odeur, je devrais pouvoir me débrouiller, fit-elle.
Je fixai un point invisible devant moi, réfléchissant à toute vitesse. Edward ne nous en voudrait pas si nous arrivions à la sauver à temps, peut-être même qu'il nous remercierait. Par contre, si elle mourrait, je n'osais même pas imaginer la dévastation que cela causerait chez lui. Nous traversâmes Seattle avant qu'Alice obtienne une nouvelle vision.
- Ca y est, elle se noie ! Oh non, mon dieu ! s'écria-t-elle en ouvrant les yeux.
Elle accéléra et en moins de dix minutes, nous arrivâmes dans une petite ville. Forks. Il pleuvait. Charmant accueil. Alice s'arrêta devant une petite maison blanche aux volets bleus. Elle gara la voiture devant et nous sortîmes en courant. Sans difficultés, elle ouvrit la porte bien que celle-ci fut fermée. Nous pénétrâmes dans un hall chaleureux. Une odeur délicieuse flottait dans l'air, humaine. Mais je n'étais pas attirée, comme je m'y attendais. Il aurait vraiment été suicidaire de traquer la petite amie d'Edward.
Alice m'entraîna dans le salon et je pris place dans un fauteuil. Elle s'assit sur le canapé situé face à moi et nous nous contemplèrent sans un mot.
- Qu'est-ce que nous attendons ? demandai-je.
- Le retour de Bella, souffla-t-elle.
- Parce qu'elle sera capable de se traîner jusqu'ici alors qu'elle vient de se noyer ? Pourquoi restons-nous ici sans rien faire ! m'écriai-je.

- Je la surveille, répliqua posément Alice.
Je soupirai en m'enfonçant dans le dossier de mon siège. Si elle avait décidé de ne pas parler, je savais qu'elle ne le ferait pas. C'était Alice que j'avais en face de moi, pas Rosalie. Je n'insistai pas et la contemplai alors qu'elle avait les yeux clos. Si je ne la connaissais pas autant, j'aurais cru qu'elle dormait.
Au bout d'une heure, Alice se décida à ouvrir les yeux sans m'accorder un mot. J'entendis un énorme bruit de frein dehors, ce qui attira mon attention. Elle se leva et je voulus la suivre. Elle m'obligea à rester assise et je lui obéis, à regret. La poignée de la porte tourna, un bruit de clef retentit. Je retins ma respiration. La porte s'ouvrit car je sentis le froid chatouiller mes bras nus. Quelqu'un se mit à tâter le mur, je devinais qu'on cherchait l'interrupteur. Alice l'alluma.
- Alice ! Oh Alice ! s'exclama une voix féminine.
- Bella ? demanda ma s½ur, surprise.
Je la sentis soulagée. Moi aussi, je l'étais. Tout d'abord parce qu'Edward n'allait pas trop nous sermonner et parce que j'avais enfin l'occasion de la rencontrer.
Les deux filles pénétrèrent dans le salon, enlacées. Alice me jeta un regard incompréhensible. Je contemplai Bella. Elle avait les yeux clos et s'appuyait contre ma s½ur. Ses cheveux bruns tombaient sur les épaules, légèrement mouillés. Elle s'était mise à pleurer, noyant le T-shirt d'Alice de larmes. Elles s'étaient assises sur le canapé. Quand Bella ouvrit les yeux, elle ne me vit même pas, toute son attention était retenue par le vampire à ses côtés.
- Je-je suis... d-désolée, bafouilla-t-elle. C'est que j-je s-uis si contente de te v-voir.
- Calme-toi, Bella. Tout va bien.
Alice me jeta un regard en biais alors que j'observais la scène en silence. Mieux valait ne pas la brusquer. Elle murmura un 'Oui' en sanglotant et je remarquai à quel point elle avait mauvaise mine, comme si elle avait été trop blesser pour que la cicatrice disparaisse complètement. Je me sentis légèrement mal à l'aise soudainement.
- J'avais oublié à quel point tu es exubérante, soupira ma s½ur en secouant la tête.
Bella comprit alors qu'elle était assoiffée, découvrant ses iris noirs comme de l'encre. Elle s'éloigna en tourna la tête. Ses yeux s'arrêtèrent sur moi et glapit de surprise. Je me mordis la lèvre inférieure.
- Qui... qu'est-ce que... ?
Alice me fit un signe qui signifiait de m'approcher. Je me levai, et très lentement pour ne pas l'effrayer, contournai la table basse. Elle m'examina une seconde avant de tourner des yeux interrogateurs vers ma s½ur.
- Je te présente Kim. C'est la... le nouveau membre de la famille, souffla cette dernière.
Les yeux de Bella passèrent de l'étonnement à ce qui devait être de la colère. Elle ne devait sûrement pas supporter le fait que j'ai été transformée avant elle. Je m'excusai avec une grimace confuse.
- Qu-quoi ? fit Bella en écarquillant les yeux.
- Je n'avais pas le choix. Elle était dans toutes mes visions et je l'ai sauvée alors qu'elle allait se faire tuer. Elle était déjà bien amochée et Carlisle a dit qu'elle risquait une infection. Il a été obligé de la mordre... et voilà, s'expliqua Alice.
Personne ne parla durant quelques minutes. Bella digérait ces paroles avec difficulté pendant que je surveillai ma s½ur dont les yeux devenaient de plus en plus noirs.
- Enchantée, lâcha l'humaine. Je suis Isabella Swan mais tout le monde m'appelle Bella.
Je ris doucement.
- Tu es célèbre chez nous, tu sais, fis-je en lui souriant.
Elle rougit. Alice se mordit les lèvres et détourna les yeux.
- J'aurais dû chasser avant de venir. C'est une erreur de laisser ma soif prendre de telles proportions. Malheureusement, j'étais pressée aujourd'hui. A propos, aurais-tu l'amabilité de nous expliquer pourquoi tu es encore vivante ? demanda cette dernière à l'intention de Bella.
- Tu m'as vue tomber, murmura-t-elle en déglutissant.
- Non, je t'ai vue plonger, rectifia ma s½ur.
Bella se mordit les lèvres en signe d'excuse.
- Je l'avais prévenu que ça arriverait, continua Alice. Il ne m'a pas crue. " Bella a juré, alors cesse de surveiller son futur, nous avons commis assez de dégâts. " (Je tressaillis en me rendant compte à quel point elle imitait bien Edward, Bella avait l'air tout aussi étonnée. Plutôt déstabilisée, d'ailleurs.) Mais ne pas essayer de voir ne signifie pas que je peux bloquer les images. Je te promets que je ne te surveillais pas, Bella, c'est juste que je suis habituée à toi... Quand je t'ai vue plonger, je n'ai pas réfléchi, j'ai changé de direction en me dirigeant vers Forks au lieu d'aller chasser. Kim ne comprenait rien (elle me jeta un regard), mais est venue avec moi, même si à vrai dire, je ne lui ai rien demandé. Elle a été obligée de me suivre. Pourtant, je savais que j'arriverais trop tard, mais c'était plus fort que moi. Quand nous sommes arrivées ici, j'ai songé que, peut-être, j'apporterais une aide quelconque à Charlie, (encore un nom inconnu à mes yeux) et voilà que tu débarques. Je t'ai perçue dans l'eau, j'ai attendu que tu émerges, encore et encore, sauf que tu n'as jamais refait surface. Que s'est-il passé ? Et comment as-tu osé infliger cela à Charlie ? As-tu seulement songé à sa réaction ? Et mon frère ? As-tu la moindre idée de ce qu'Edward...
Bella tressaillit. Je comprenais que la seule mention de son prénom l'affectait. Elle la coupa, n'en pouvant plus.
- Je n'avais pas l'intention de me suicider, Alice.
- Es-tu en train de soutenir que tu n'as pas dégringolé d'une falaise ? fit Alice, suspicieuse.
- Si, mais... c'était seulement dans un but récréatif.
Bella grimaça. Je sourcillai. Qu'y avait-il d'amusant dans le fait de sauter d'une falaise ? Peut-être la possibilité de perdre la vie. Pourtant, quand je regardai la petite amie d'Edward, elle m'avait l'air tout à fait sérieux. Alice la toisait avec sévérité, comme une mère l'aurait fait pour sa fille.
Elle s'expliqua, parlant d'un garçon nommé Jacob. Elle raconta que des amis à lui l'avaient fait et qu'elle avait trouvé ça marrant et comme elle s'ennuyait avait voulu essayé. Comportement naïf. Trop naïf pour elle. Elle nous cachait quelque chose, c'était à parier. Alice était tout aussi douteuse que moi. Elle nous raconta qu'elle avait sauté et qu'elle avait été tirée de l'eau par Jacob. Nous fronçâmes les sourcils. Pourquoi cet élément avait-il échappé au talent de voyante de ma s½ur ? Elle expliqua que sans lui, elle se serait noyée parce que les courants étaient tellement forts qu'elle n'avait même pas réussi à nager. Elle raconta qu'après l'avoir sortie de l'eau, Jacob l'avait traîné jusqu'à la plage.
Alice fixait intensément Bella et, à mon grand étonnement, se pencha pour la flairer. Nous sursautâmes.
- Ne sois pas bête, murmura-t-elle en reniflant de plus près.
- Qu'es-ce que tu fabriques ? demandâmes Bella et moi d'une même voix.
Alors que nos regards se croisaient, j'eus vaguement envie d'éclater de rire bien que le comportement de ma s½ur m'inquiétait. Elle me sourit.
- Qui était avec toi, il y a cinq minutes ? J'ai eu l'impression que vous vous disputiez.
- Jacob Black. Il... c'est mon meilleur ami, en quelque sorte. Enfin, c'était...
Un flot d'émotion traversa le visage de Bella. Ses yeux reflétèrent la douleur qu'elle ressentait et qu'elle n'avait visiblement pas envie d'en parler. Surtout avec une inconnue comme moi, mais peut-être qu'Alice...
Cette dernière semblait préoccupée, je pensais à lui demander ce qu'il se passait.
- Il y a un problème ? demandai-je.
Elle fixait un point invisible dans l'air, se rongeant les ongles.
- Je ne sais pas. Je ne suis pas certaine de ce que cela signifie.
- En tous cas, je ne suis pas morte, fit Bella.
Je souris alors qu'Alice levait les yeux au ciel. Plutôt attachante, cette fille. Naïve, mais attachante.
- Il a été stupide de croire que tu survivrais sans lui, commenta ma s½ur, acide.
- Et lui sans toi, renchéris-je.
Un éclair rassuré traversa les yeux de la petite amie d'Edward. Avait-elle put croire une seconde qu'il ne l'aimait plus ? Vraiment naïve...
- Je n'ai jamais rencontré quelqu'un aussi enclin à la bêtise suicidaire que toi, soupira Alice.
Pourquoi était-elle aussi ferme avec Bella ? C'était comme si elle faisait la morale à une enfant. Bon d'accord, après qu'elle ait eu l'idée de sauter d'une falaise on ne pouvait pas dire qu'elle était responsable mais quand même. La jeune fille lui obéissais, pourtant.

- J'ai survécu, se défendit-t-elle.
Alice la sermonnait, la faisait culpabiliser après cette éprouvante épreuve. On voyait clairement qu'elle n'avait jamais connu ça. J'étais pleine de compassion envers Bella, ça avait dû être si traumatisant pour elle...
- Si les courants étaient tellement puissants, comment ce Jacob e-t-il réussi à les surmonter ? demanda Alice.
Sa réaction était vraiment exaspérante. Elle s'acharnait littéralement sur la pauvre fille, ne lui laissant aucune chance de s'en sortir tellement sa voix ferme était sans appel. Si j'avais pu, je l'aurais défendue mais je voyais que Bella nous cachait quelque chose. Quelque chose qu'Alice essayait de savoir.
- Il est... fort, murmura-t-elle.
Alice leva un sourcil, intéressée. La jeune fille se mordit la lèvre, indécise. Elle était sur le point de cracher le morceau, je le sentais. Ma curiosité était insoutenable et j'eus envie de l'obliger à parler. Je me retenais, attendant qu'elle parle. Elle se décida assez rapidement, à mon grand soulagement.
- Eh bien, c'est un loup-garou, expliqua cette dernière. Les Indiens Quileute se transforment en loups quand il y a des vampires dans les parages. L'existence de Kim risque d'avoir des conséquences sur la meute. Ils connaissent Carlisle depuis très longtemps. Tu étais déjà là, à l'époque ?
Alice parut déstabilisée alors que j'eus envie d'éclater de rire. Malheureusement, ce n'était ni le contexte, ni le moment idéal pour ça. Des loups-garous. Et moi qui croyais avoir déjà vu pas mal de choses déjà avec les vampires et leurs mythes. Carlisle ne m'avait jamais parlé de ces créatures. Étaient-elles des alliées ? Je jugeais que non, essayant de me rappeler les histoires que j'avais bien pu lire dans les livres. Des livres humains, malheureusement. Ce n'était pas toujours fiable, surtout concernant les vampires.
- Bon, j'imagine que ça explique l'odeur. Pour ce qui est de ma vision incomplète en revanche...
- L'odeur ? Demanda Bella, incrédule.
- Tu sens bizarre, fit Alice. Tiens, essaye, Kim.
Je m'approchais de la jeune fille. Je discernai son agréable parfum mélangé à une odeur beaucoup moins envoûtante. J'en étais littéralement repoussée, d'ailleurs.
- Bah ! m'exclamai-je en reculant. Ca sent ça, un loup ?
Bella haussa les épaules.
- Et ton meilleur ami en est un ? s'assura Alice bien qu'elle connaisse déjà la réponse.
La jeune fille acquiesça d'un hochement de tête, quelque peu honteuse. Elle n'avait rien à se reprocher. Après traîner avec une bande de vampires assoiffés, faire ami-ami avec des loups-garous devenait dans la norme. Je me rendis compte à quel point elle risquait sa vie, rien qu'en restant en compagnie d'Alice et moi.
- Depuis combien de temps ?
- Pas longtemps. Il s'est transformé il y a seulement deux semaines.
Alice écarquilla les yeux, ahurie.
- Un jeune, qui plus est ? C'est encore pire ! Edward avait raison, tu es vraiment un aimant à dangers. N'étais-tu pas censée rester à l'écart des ennuis ?
Je levai les yeux au ciel en gratifiant Bella d'une mine d'excuse. Ma s½ur était vraiment insupportable.
- Les loups-garous sont parfaitement fréquentables, s'écria Bella en haussant le ton.
- Jusqu'à ce qu'ils piquent une crise, fit Alice encore plus fort. Il faut te reconnaître ça, Bella. Les vampires partis d'ici, n'importe qui aurait été soulagé. Toi, non, il faut que tu te mettes à traîner avec les premiers monstres qui te tombent sous la main.
Pas faux, cependant. Bella se détendit, ne voulant pas que la situation dégénère. Alice se faisait une opinion assez mauvaise sur les loups-garous, d'après moi. Je ne jugeais personne, étant donné que je n'avais de ma vie, jamais rencontré l'un des leurs.
- Non, Alice, les vampires ne sont pas partis, pas tous du moins. C'est bien le problème. Sans les loups-garous, Victoria aurait eu raison de moi à l'heure qu'il est. Et même, sans Jake et ses amis, Laurent m'aurait tué avant elle.
J'échappais un sifflement.
- Victoria ? Laurent ? Demanda Alice.
- Je t'avais bien dit que ce Laurent était louche ! m'écriai-je, victorieuse.
Elle leva les yeux au ciel en reportant son attention sur Bella.
- Que veux-tu ! C'est ça, d'attirer le danger ! fit-elle.
Je ris, appréciant son sens de la répartie.
- Raconte-moi tout. Depuis le début, ordonna Alice.
Elle se lança dans un récit sur ses dernières aventures. La vie de Bella était bien plus agitée que la mienne et je me surpris même à en devenir jalouse à un moment. La situation était assez drôle d'ailleurs car nous étions jalouses l'une de l'autre. J'éclatais de rire intérieurement. Pas une seule fois, nous ne lui coupèrent la parole. Nous étions absorbées par son récit. Comment elle avait vu Victoria dans les flots, sa rencontre avec Laurent. Elle termina par la mort d'un dénommé Harry, père d'un certain Seth et d'une Leah.
- Notre départ ne t'a rien apporté de bon, hein ? fit Alice en soupirant.
Bella se mit à rire nerveusement. Je sursautais en contemplant sa mine douloureuse.
- Tel n'était pas le but, non ? Vous ne vous êtes pas enfuis pour mon bien.
- Hum, j'ai l'impression que j'ai agi un peu à la va-vite. Mieux aurait sans doute valu que nous évitions cette intrusion.
- Je vous en prie, ne partez pas ! Ne me laissez pas... murmura-t-elle, paniquée.
Elle agrippa le col du chemisier d'Alice, se collant contre elle. Elle souffrait. Les deux filles souffraient, d'ailleurs, remarquai-je en lançais un regard à ma s½ur. Ses iris étaient tellement noirs... j'en frissonnais.
- Du calme, fit Alice. Nous n'avons l'intention d'aller nulle part ce soir. Respire !
Elle parut soulagée.
- Tu as vraiment une sale mine, Bella.
- J'ai failli me noyer, aujourd'hui.
- Ca va plus loin que cela. Tu es dans un piteux état.
- Alice ! Arrête, c'est déjà assez dur pour elle ! chuchotai-je de manière que l'unique humaine dans la pièce ne m'entende pas.
- Je me défends comme je peux, murmura Bella.
- C'est fini, maintenant, murmurai-je.
Elle me regarda avec gratitude et je lui souris. Le téléphone sonna et Bella se leva instinctivement, emmenant avec elle ma s½ur. Je les suivis de près jusqu'à la cuisine. La jeune fille décrocha.
- Allô, papa ?
Il y eu une réponse que je ne perçus pas.
- Jake ! S'écria Bella alors que ses yeux s'éclairaient.
Pendant un moment, je confondis Jack et Jake. J'en fus déstabilisée et Alice le remarqua. Elle m'accorda un triste sourire avant de reporter son attention sur Bella. Depuis combien de temps ne m'étais-je pas permise de penser à lui ? Je m'étais interdit de pleurer à son sujet et à chaque fois que j'y pensais, je m'assénais une violente gifle intérieure. La plaie qui s'était peu à peu recousue me fit atrocement mal.
- Je vais bien. Je t'avais dit que ce n'était pas...
La ligne se coupa.
- Nom d'une pipe, râla-t-elle en levant les yeux au ciel. Encore un problème à régler.
- Ils ne sont pas super-ravis que nous soyons là, devina Alice.
- Pas particulièrement, en effet. Mais ils croient que toi seule est présente. Mais cela ne les regarde pas.
- Et maintenant ? Demanda Alice. Il faudrait agir... régler les derniers détails.
- Quels détails ?
- Je n'en sais trop rien, murmura Alice. J'ai besoin d'en référer à Carlisle.
Bella s'affola de nouveau et je devinai qu'elle pensait que nous allions l'abandonner. En tous cas, Alice pouvait aller où elle voulait, je ne quitterais pas la jeune fille. Pour Edward. Parce qu'il en avait besoin, parce que j'avais envie de revoir son regard pétillant d'excitation.

- Vous ne pouvez pas rester encore un peu ? supplia-t-elle. Tu m'as tellement manqué, Alice.
- Si tu penses que c'est une bonne idée.
Ma s½ur n'avait pas l'air très enthousiaste, pourtant. Quant à moi, il fallait que je parle à Rose.
- Oui, oui ! Vous coucherez ici. Charlie serait ravi.
- J'ai une maison.
- Tu ne crois pas qu'elle est un peu trop loin ? demandai-je en visualisant notre villa à Ithaca.
Elle leva les yeux au ciel.
- Nous avons une maison, ici. A Forks, fit-elle.
- Si ça peut faire plaisir à Bella ! Nous n'avons qu'à dormir ici.
La jeune fille eut un petit rire hystérique avant de m'envoyer un regard plein de gratitude. Je lui envoyais un sourire. Alice réfléchissais.
- Laisse-nous au moins aller chercher une valise...
- Alice ! Tu es géniale ! Toi aussi, Kim.
Elle se jeta au cou de ma s½ur, l'écrasant littéralement.
- Il faut aussi que je chasse. Maintenant.
- Oh, pardon.
Bella s'écarta, confuse.
- Tu es capable de veiller sur elle ? me demanda Alice.
J'acquiesçai alors que la jeune fille fronçait les sourcils.
- Tu n'as pas soif ? demanda-t-elle.
- J'ai déjà chassé, répondis-je.
- Mais tu es une nouvelle-née...
- Elle est sage, répliqua durement Alice.
Bella hocha la tête et ma s½ur s'éclipsa en l'embrassant sur la joue. Nous nous jaugèrent pendant une longue minute, en silence.
- Alors comme ça, tu... es une Cullen ?

J'eus du mal à lire ces traits.
- Je suis désolée, fis-je en baissant les yeux.
Elle me regarda une seconde, incrédule. Elle savait que je comprenais ce qu'elle ressentait.
- Je n'ai pas choisis, mais je ne regrette rien, murmurai-je.
Elle hocha doucement la tête et m'entraîna jusqu'au canapé.
- Qui étais-tu, avant ?
- Je m'appelais Kim Dickson. J'étais une adolescente banale de presque seize ans. Ma vie n'était pas bien mouvementée. J'avais un petit ami, Jack (je me mordis les lèvres en prononçant son prénom) et une meilleure amie, Grace. (Un éclair de colère traversa mes yeux.) Aux yeux de ma famille, je n'étais presque rien. Les deux qui comptaient réellement étaient mon petit et mon grand frère. Pas de chance d'être tombée au milieu. J'avais une s½ur, Jessica, que je ne considérais pas comme telle. Bref, j'étais vraiment loin de me douter que tout ça pouvait exister.
Elle eut un petit rire sans joie.
- Ca fait un choc, hein.
- Tu peux le dire.
Je soupirais.
- Et... pourquoi t'as-t-on transformée ? hésita-t-elle.
- La musique est ma deuxième raison de vivre. Sans chant, sans iPod, sans instruments, pour moi, la vie serait carrément nulle.
Elle fronça les sourcils, perdue. Je me mis à rire, sachant qu'on ne pouvait pas faire de rapprochement entre la musique et la transformation en vampire.
- Attends que je t'explique. Je n'ai qu'une vision floue de ma mort mais je sais qui en est l'auteur. Un soir, je suis allée dans un pub avec mon petit ami et ma meilleure amie. C'était bien, j'ai chanté, j'ai été applaudie. Et puis je me suis levée et, inconsciemment, j'ai bousculé un homme. Sous l'effet de l'alcool, il s'est énervé...

Mon esprit dériva vers les horribles images quoique floues de ce qui s'était passé cette soirée là. Un frisson me parcouru et je continuai :

-J'ai supporté cette douleur jusqu'à la fin. On m'a transporté jusqu'à l'hôpital après avoir été miraculeusement sauvée par une jeune fille. J'étais condamnée. Enfin, pas tout à fait. Mon médecin, Carlisle, n'a eu d'autres choix que de me transformer. Il a cédé aussi grâce à Alice parce que j'occupais ses visions depuis un moment. Et me voilà, maintenant.
Elle resta silencieuse, se lançant dans la contemplation du sol.
- Comment se fait-il que tu sois... sage ?
- J'ai reçu une très bonne éducation. Je vais chasser tous les jours des animaux et grâce à ça, l'odeur des humains ne m'attire pas plus que ça. Je n'en ai pas fréquenté pendant deux longs mois, au début, expliquais-je.
Un sourire germa sur les yeux de Bella avant qu'elle ne se jette à mon cou. Qu'avais-je dis de si plaisant ?
- Merci, Kim. Tu viens de me donner de parfaites raisons de faire craquer Edward.
Je m'étranglai. Ca y est, j'étais une femme morte.
- Si tu dis quoi que ce soit à Ed, il va me tuer !
Elle rit.
- Ed ? Mais non !
- Mais si !
- Tu n'as pas envie que je devienne un vampire ?
Je levai les yeux au ciel.
- Bien sûr que si, mais ça n'a rien à voir. Tu veux ma mort ?
- Pourquoi pas, fit-elle en riant.
- Remarque, si cela peut t'aider à vivre heureuse avec lui... fais comme tu veux, Bella.
- Merci, souffla-t-elle.
Peut-être allais-je enfin voir Edward souriant. Ca serait un miracle mais c'était envisageable. Je ne préfèrerais pas m'imaginer où je serais lorsqu'elle lui aurait avoué ce que je venais de lui dire à mon frère.
En inspirant de l'air, je ressentis cette odeur étrange que portait Bella. Je l'éloignais de moi doucement.
- Je ne sais pas où peuvent bien traîner les loups-garous mais je t'assure que ça ne doit pas être très propre, dis-je en fronçant le nez.
Elle se leva et monta l'escalier, me criant qu'elle allait prendre sa douche. Je hochai la tête en silence en sortant de ma poche mon portable. Carlisle avait été dans l'obligation de m'en acheter un - bien que je ne l'utilise presque jamais - car ces derniers temps, j'avais l'habitude de m'isoler. Non parce que je voulais suivre l'exemple de mon frère mais parce que cette vie m'oppressait parfois. Je partais loin, me fixant quand même la limite de ne pas dépasser la frontière des États-Unis. Ce que j'aimais dans ma nouvelle vie, c'était que j'étais libre. Avant, si j'avais annoncé à ma mère que je partais pour Miami parce que j'avais envie d'être seule, elle aurait installé des barreaux à ma fenêtre et m'aurait privé de sorties jusqu'à mes dix-huit ans.
Je composais le numéro de Rosalie mais mon téléphone s'éteignit. Je tapotais sur les touches, furieuse. J'aurais dû vérifier ma batterie avant de partir. Au lieu de lancer mon portable à travers la pièce pour calmer ma rage, je sortis mon iPod. Je mettais la chanson 'Je saigne encore' de Kyo au maximum. Je connaissais les paroles par c½ur mais mon accent était toujours aussi mauvais. J'avais tellement aimé cette chanson que je l'avais traduite en anglais. Une fois que j'avais compris les paroles - parlant d'une fille qui va trouver l'amour dans les bras d'un homme alors que son ex l'aime toujours, ressemblance flagrante avec mon histoire - je l'avais tout de suite moins appréciée. Cependant, elle m'apaisait.
- Et ça fait mal, crois-moi, une lame enfoncée loin dans mon âme ; Regarde en toi, même pas l'ombre d'une larme...
C'était la phrase qui m'avait le plus touché. Je faisais bien sûr référence à ce que je ressentais envers Jack et lui envers Grace. Ils étaient toujours ensemble. Au début, j'avais égoïstement souhaité qu'ils se séparent au plus vite mais ces deux-là avaient l'air très amoureux. Je n'arrivais toujours pas à m'en remettre au bout de six mois de séparation. J'étais folle. Follement amoureuse, oui. Mais, chaque jour, la plaie dans mon c½ur se refermait peu à peu. Le jour où elle serait complètement guérie serait ma libération personnelle. Je le fêterais seule. Enfin, pour l'instant, il n'était pas près d'arriver.
- Je sais que ce qui ne tue pas nous rend plus fort ; Mais moi, mais moi je suis déjà mort...
Je ris en pensant à la vérité de ces vers pour mon cas. Bella décida de faire son apparition à ce moment là. Je remarquais son air faussement étonné de me trouver là, à écouter de la musique. J'étais pratiquement sur que cela faisait une bonne minute qu'elle m'écoutait chanter. Je lui souris alors qu'elle prenait place dans le fauteuil en face de moi. J'enlevai mes écouteurs.
- Je n'ai jamais entendu cette chanson. C'est de qui ? demanda-t-elle.
- Kyo, un groupe français. Il n'est pas très connu en dehors de son pays d'origine, expliquai-je.
- Que voulaient dire les paroles ?
Je me mordillais la lèvre inférieure. C'était une question assez gênante pour moi malgré que ce fût idiot. Je me décidais à lui répondre quelques secondes plus tard.
- Ca parle d'une fille qui quitte son petit ami pour un autre. Elle est très amoureuse du nouveau alors que l'ancien continu à l'aimer. Il raconte ce qu'il éprouve, révélai-je, prudente.
Elle resta muette un moment. Elle me scruta de ses petits yeux curieux avant qu'ils ne s'éclairent, compréhensifs.
- Et ça t'es arrivé ? souffla-t-elle, doucement.
Je haussai les épaules, ne voulant pas en parler plus. Même quand Alice et Rosalie abordaient le sujet, je mettais fin à la conversation. C'était insoutenable pour moi de parler de lui.
- Il faut que je fasse à manger à Charlie..., soupira-t-elle en se levant. Tu veux m'aider ?
- Charlie ?
- C'est mon père. Je n'aime pas l'appeler papa mais devant lui, j'y suis obligée.
- En parlant de surnom, t'en as pas marre que tout le monde t'appelle Bella ?
Elle me regarda, incrédule. Elle devait surement croire que je n'aimais pas ce prénom mais c'était faux.
- Je pourrais t'appeler Isa ? demandai-je après une minute de réflexion. Comme tu veux, sache que j'aime bien Bella aussi.
Elle réfléchit une seconde.
- D'accord. Au moins, je saurais qui m'appelle, lança-t-elle en riant.
Je lui envoyai un sourire en la suivant jusqu'à la cuisine. Je ne l'aidai pas beaucoup car je voyais qu'elle n'en avait pas besoin. Je finis par m'asseoir sur l'une des chaises branlantes autour de la table, observant chacun de ses gestes.
- Edward reviendra, j'en suis sûre, soufflai-je.
Elle lâcha la cuillère qu'elle tenait, me faisant volte-face. Elle avait l'air déstabilisée.
- Il t'a toujours aimé.
Un sourire qui ressemblait davantage à une grimace se dessina sur ses lèvres. J'eus envie de la prendre dans mes bras, de la rassurer.
- Vraiment ?
J'éclatai d'un rire légèrement hystérique. Je ne pris même pas la peine de lui répondre car elle connaissait déjà la réponse. Depuis le début.
Alice se matérialisa à mes côtés, ce qui arracha un cri de surprise à la jeune fille.
- J'avais oublié à quel point les pumas de la région étaient délicieux, lança-t-elle.
- Je vais vous préparer le canapé, fit Bella en s'éclipsant.
- Le fauteuil me suffira, je ne dors pas beaucoup en ce moment, lui criai-je.
Je l'entendis éclater de rire.
- Alors ? commença Alice.
- Alors quoi ?
- Que penses-tu de Bella ?
- Elle fera une belle-s½ur formidable, repris-je en rappelant la vision qu'avait eut Alice il y avait quelques semaines.
Elle avait prévu qu'Edward et Isa se marieraient. Bien sûr, elle n'en avait pas parlé à ce dernier et nous avions partagé ce secret avec excitation. Rosalie n'avait pas été informée car j'avais pu observer son comportement à chaque fois que l'on parlait de la jeune fille. Elle était toujours froide et distante.
- Et moi ?
- Je t'ai déjà comme s½ur, ça va comme ça !
- Non, mais tu penses que je ferais une bonne belle-s½ur ? s'inquiéta-t-elle en riant.
- Ce n'est pas à moi qu'il faut demander ça.
Bella revint dans la cuisine en souriant. Alice l'attrapa par les épaules.
- Qu'allons-nous faire de toi ?
- Aucune idée. Tu sais, j'ai vraiment essayé, murmura-t-elle.
- Je te crois, convint Alice.
Il y eut un silence.
- Est-ce qu'il... qu'il...
Je savais qu'il était très dur pour elle d'arriver à prononcer son prénom. Depuis combien de mois n'avais-je pas prononcé celui de Jack ? Un bon moment. Mais je me permettais d'y penser, malgré les dégâts que cela causait en moi.
- Edward est-il au courant de votre voyage ici ?
- On est bonnes pour la mort, répondis-je.
Alice leva les yeux au ciel mais en hochant tout de même négativement la tête.
- Il n'habite pas chez Carlisle et Esmé ?
- Il passe les voir tous les deux ou trois mois.
- Oh.
Nous ne parlions pas pendant un moment. Je me demandais bien à ce à quoi pouvait bien penser Bella.
- Tu penses que Charlie n'aura rien contre notre présence ?
- Il te trouve merveilleuse, Alice. Quant à toi, Kim, il apprendra à te connaître.
Je souris. Des crissements de pneus retentirent près de l'entrée. C'était surement lui. Isa sauta de sa chaise et partit ouvrir la porte. Elle sortit dehors alors que j'échangeais un regard avec Alice. Elle me renvoya un sourire apaisant.
- Je suis désolée pour Harry, papa.
- Il va me manquer, répondit une voix d'homme, bourrue.
- Sue tiens le coup ?
Bella en avait parlé tout à l'heure. Je me souvenais que c'était la femme du dénommé Harry.
- Elle a l'air hébétée, comme si elle n'avait pas encore réalisé. Sam est resté auprès d'elle... Pauvres gosse. Leah n'a qu'un an de plus que toi, et Seth quatorze...
Encore de prénoms qui ne m'étaient pas connus.
- Heu... Papa ? Tu ne devineras jamais qui est là.
Alice se leva, m'attrapant par le col. Je lui ordonnais de ma lâché d'une tape sur l'épaule et elle obéit. Je lui emboîtais le pas jusqu'à la porte.
- Bonsoir. Désolée d'arriver à un si mauvais moment, fit ma s½ur.
- Alice Cullen ? Les yeux de l'homme s'ouvrirent en grand. C'est bien toi ?
- Oui. J'étais de passage dans les environs. J'ai amené ma cousine qui était avec moi. Je vous présente Kim.
- Carlisle est-il...
- Non, je suis seule.
Il soupira mais je reconnus que ce n'était pas de soulagement. Qu'avait-il contre mon père ?
- Ca ne t'ennuie pas qu'Alice et Kim logent chez nous, hein ? Je me suis permis de les inviter.
- Pas du tout. Ce sera un plaisir.
- Merci, Charlie. Encore une fois, je sais à quel point nous tombons mal.
- Ce n'est pas grave. Je risque d'être très occupé dans les prochains jours. Tant mieux si Bella a un peu de compagnie.
- Je t'ai préparé à dîner, l'informa-t-elle.
- Super, chérie.
Ils s'éclipsèrent dans la cuisine, nous laissant seules, Alice et moi. Nous ne parlions pas beaucoup. Je lui signalai juste que mon portable était à sec.
Bella nous rejoignit quelques minutes plus tard et nous parlèrent des derniers mois. Il était réellement difficile pour elle de nous en parler mais à chaque fois qu'elle racontait quelque chose qu'elle avait vécu avec Jacob, son visage s'éclairait. Il était celui qu'il l'avait aidé à surmonter cette douloureuse épreuve et je le remerciai intérieurement. Il l'avait maintenue en vie.
Alice l'envoya se coucher une heure plus tard et je passai ma soirée à écouter mon iPod. Alice était partie au milieu de la nuit sans me dire où elle allait mais je savais qu'elle n'avait pas prit la voiture car je n'avais rien entendu.
Au matin, j'enlevai mes écouteurs, m'apercevant que je n'avais plus de batterie. Alice était rentrée et discutait avec Charlie dans la cuisine.
- Ca a été vraiment terrible ? demanda-t-elle.
- Pire que tu ne l'imagines.
Je compris qu'ils parlaient de la séparation d'Edward et Bella. Elle lui demanda ensuite de tout lui expliquer depuis le début alors que je montais doucement à l'étage. Guidée par l'odeur de la jeune fille, je poussai la porte au bout du couloir. Elle dormait encore, emmitouflée dans ses couvertures. Je m'assis sur le rocking-chair sans la quitter du regard.
- Edward... Edward... murmura Bella.
Je la fixais en sursautant, croyant l'avoir réveillée. En fait, elle parlait simplement dans son sommeil. Je posais un pied par terre, glissant au sol. Quelque chose avait bougé dans le plancher. Je vérifiais que Bella dormait toujours avant de me relever. En effet : une latte du plancher s'était soulevée. Curieuse, je le retirai complètement. Je découvris alors un CD, des photos et des billets d'avion. Je regardai attentivement les photos. Sur toutes, Edward s'y trouvait, seul ou bien aux côtés de Charlie ou d'elle. Je me demandais si c'était elle qui les avait fait disparaître pour l'oublier ou bien lui qui les avait caché pour qu'elle l'oublie. Je replaçai toutes les affaires sous la latte alors que la jeune fille s'éveillait en baillant.
Je m'approchais silencieusement et quand elle me vit, penchée au dessus d'elle, elle hurla. Elle étouffa son cri sous sa couette alors que j'éclatais de rire.
- Ne t'avise plus jamais de me faire peur comme ça ! s'exclama-t-elle.
- Pardon, j'aurais dû me douter que tu préférais les réveils d'Ed !
- C'est sûr qu'il est beaucoup plus délicat que toi, fit-elle.
- Je suis délicate ! m'indignai-je.
Elle s'assit sur son lit, collant son dos contre le mur. Nous nous regardâmes pendant quelques secondes avant qu'elle se décide à briser le silence.
- Que vas-tu faire de ta journée ? demanda-t-elle.
Je haussai les épaules en observant la pièce. Mon regard s'arrêta à la fenêtre et je découvris qu'il pleurait. Toujours aussi accueillante, cette ville. Je soupirai alors qu'une idée germait dans mon esprit.
- Je pense que je vais sortir un peu. Découvrir Forks. Il le faut bien si je veux commencer à m'habituer à cette ville. Je vais sûrement chasser aussi. Tu veux bien donner un message à Alice pour moi ? demandai-je.
Elle hocha la tête et attendit.
- Qu'elle ne me cherche pas. Je prends congé pour aujourd'hui. Je reviendrai ce soir, soufflai-je en ouvrant la fenêtre.
Je lui jetai un dernier regard avant de m'engouffrer dehors. J'escaladais la façade de la maison, faisant bien attention à éviter la fenêtre de la cuisine. J'atterris en silence sur les pavés, enfonçant mes mains dans les poches de mon blouson. Je relevai mes cheveux en queue-de-cheval, vérifiant mon apparence dans la vitre de la Mercedes de Carlisle. Je partis donc à la découverte de la ville. Je découvris des rues dont je ne retenais même pas le nom jusqu'à tomber devant le lycée. Celui de Bella, d'Edward, d'Alice... bientôt le mien. Je souris. Peut-être allais-je retrouver une vie légèrement normale où je serais moins isolée qu'à Ithaca. Peut-être me ferais-je des amis... non, les petits amis n'étaient pas au programme du jour. Une image de Jack s'infiltra dans mon esprit pendant une seconde, le temps que je la renvoie se terrer dans un coin de mon subconscient d'un hochement de tête. Il fallait que je passe à autre chose. Ca faisait six mois que je me répétais la même chose et pourtant... non, je ne craquerais pas maintenant, pas en plein milieu d'une ville. Je me l'étais interdit, n'importe où. Je continuai donc à avancer, luttant contre les larmes, lèvres pincées.
Je marchais pendant une longue heure, sans voir où j'allais, sans savoir où j'étais. Hors de Forks, en tous cas. Continuant quelques mètres, j'aperçus un panneau où il était marqué 'La Push' . Une ville voisine surement. Qu'es-ce que cela me coûtait d'aller voir ? Avec un sourire, je passai la frontière, bien loin de me douter que j'étais en train de faire une énorme bêtise...
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# Posté le samedi 21 mars 2009 15:54

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